Tout le monde rentre et Anne se retire pendant que Joachim, rejoint par ses aides, parle, sur le seuil, de l’eau tant attendue qui est bénédiction pour la terre desséchée. Mais la joie fait place à la crainte parce qu’il s’élève une effroyable tempête qu’accompagnent les éclairs et des nuages chargés de grêle. “Si la nuée se déchire, le raisin et les olives seront broyés comme sous la meule. Malheur pour nous! En Provence, les olives se récoltent vers octobre. ”
Une autre angoisse saisit ensuite Joachim, pour son épouse pour qui le moment est venu d’accoucher. La parente lui donne la nouvelle rassurante qu’Anne ne souffre pas du tout Conforme à la Tradition, qui rapporte que Anne ne connut pas les douleurs de l'enfantement (voir Charland, Madame saincte Anne, 1898; chapitre 6, page 136). . Mais lui est troublé. La parente ou d’autres femmes, et parmi elles la mère d’Alphée, sortent de l’appartement d’Anne pour revenir ensuite avec des bassins d’eau chaude et des linges séchés à la flamme du feu*,* qui jaillit joyeux et splendide du foyer au milieu de la grande cuisine, et à chacune Joachim demande des nouvelles et ne se tranquillise pas à leurs déclarations. Même l’absence de cris de la part d’Anne le préoccupe. Il dit:
“Je suis un homme et n’ai jamais assisté à un enfantement, mais je me souviens avoir entendu dire que l’absence de douleurs est un très mauvais signe.”
La nuit arrive, avancée par la tempête qui est d’une extraordinaire violence. Torrents d’eau, vent, éclairs, tout à la fois, sauf la grêle qui est allée s’abattre ailleurs.
Un des garçons Il s'agit de Joseph, futur époux de Marie. Cf. EMV 577.7. remarque cette violence et déclare:
“On dirait que Satan est sorti de la Géhenne Géhenne, d'après l'hébreu Gehinnon ou vallée de Hinnom, située au sud de Jérusalem, près de la porte des Potiers. Lieu de puanteur et de pourriture. La vallée de Géhinnon fut pour les Juifs l'emblème de l'enfer. avec tous ses diables. Regarde ces nuées noires! Sens l’odeur de soufre répandue dans l’air, ces sifflements sinistres, ces cris de lamentation et de malédiction. Si c’est lui, il est furieux ce soir!”
L’autre garçon rit et répond:
“Une grande proie lui aura échappé, ou bien Michel l’a frappé d’un coup de foudre de Dieu Cette allusion à l'Archange Michel terrassant Lucifer est tirée d'une tradition rabbinique immémoriale. Exemple : "Quant à Michel, Gabriel, Raphaël et Phanuel, ils seront confirmés en ce jour; et ils seront chargés de jeter dans la fournaise tous les anges rebelles" (Livre d'Hénoch, chapitre 53, n° 6). Cette tradition est évoquée dans Jude 1,9 à propos de L'Ascension de Moïse (un apocryphe) et surtout dans Apocalypse 12,7-13. et il en a les cornes et la queue tranchées et brûlées.”
Passe en courant une femme et elle crie:
“Joachim, il va naître! Et tout a été aisé et heureux!” et elle disparaît avec une petite amphore dans les mains.
5.4 – La tempête tombe tout d’un coup, après un dernier coup de foudre si violent qu’il lance contre le mur les trois hommes; et sur le devant de la maison, dans le sol du jardin, il en reste en souvenir un trou noir et fumant. Cependant un vagissement, qui semble être la plainte d’une tourterelle qui pour la première fois ne criaille plus mais roucoule, traverse la porte de la chambre d’Anne, en même temps un gigantesque arc-en-ciel déploie son demi-cercle sur toute t’étendue du ciel Dans la Genèse (9,11-19), larc-en-ciel apparaît comme le signe de lalliance entre Dieu et lhumanité après le déluge. C'est un attribut de Marie liée à une interprétation allégorique de la dévotion mariale ou de certaines exégèses. Aucun texte biblique n'établit formellement Marie comme "l'Arc-en-Ciel", mais la typologie des alliances (de Noé à David, puis à Christ) permet une lecture symbolique où Marie, pleine de grâce, est le pont de miséricorde. Cest ce quétablissent, dans une perspective eschatologique, les Leçons sur l'épître de St Paul aux Romains, Leçon 17. Cet arc-en-ciel est évoqué par Alphée de Sara en EMV 100.3, puis par Jésus au EMV 196.7 . Il sort, ou du moins paraît sortir, de la cime de l’Hermon qui, baisée par un coup de soleil, semble d’une couleur d’albâtre d’un blanc rose des plus délicats. Il s’élève jusqu’au très clair ciel de septembre Selon les indications du EMV 4.2, Marie a été conçue lors de la fête de la Lumière (Hanoukka). Cette fête, selon les années, tombe début décembre. Neuf mois après correspond bien au début septembre. En Orient, selon ce qu'avait décrété l'empereur Maurice (582 + 602), le synaxaire (recueil de la vie des saints) de Constantinople marquait au 8 septembre la Nativité de Marie. et, passant par des espaces purifiés de toute souillure, survole les collines de la Galilée et de la plaine qui apparaît au sud entre deux figuiers et encore une autre montagne, et semble poser son extrémité au bout de l’horizon, là où une chaîne de montagnes abruptes arrête totalement la vue De Nazareth (alt +400/450m) si on tourne le dos au soleil couchant (Azimut 278° ce soir-là) pour pouvoir observer un arc-en-ciel, on a le mont Hermon (+2800m) à gauche, le lac de Tibériade (-200m), la plaine et les collines de Galilée (0 à +100m) en face, et les monts Ebal (+938m) et Garizim (+868m) à droite. Dans des circonstances favorables, un arc en ciel peut être double, et même exceptionnellement triple. La physique indique qu'un arc en ciel ne peut être observé que le matin ou le soir. Il couvre un champ de 80° à 84.8° s'il est simple, et de 102° à 107.4° s'il est double. Un simple rapporteur placé sur une carte de Palestine, point zéro sur Nazareth et perpendiculairement à l'azimut 278° permet de vérifier la plausibilité extraordinaire de cette description : elle serait fausse à toute autre époque de l'année, compte tenu de l'orientation du soleil à son coucher. .
“Quel spectacle jamais vu!”
“Regardez! Regardez!”
“Il semble qu’il encercle toute la terre d’Israël, et déjà, mais regardez, voilà une étoile alors que le soleil n’est pas encore disparu. Quelle étoile Ce phénomène renvoie au titre marial de Marie, "étoile de la mer", repris par un chant très ancien "Ave, maris stella, Dei Mater alma, Atque semper Virgo, felix coeli porta". Cette symbolique a été reprise par plusieurs papes dont Benoît XVI. Dans l'encyclique Spe Salvi §49 (2007), il approfondit ce symbolisme : la vie est un "voyage sur la mer de l'histoire, souvent obscure et orageuse", et Marie est l'"Étoile de l'espérance" par son "oui" à Dieu, ouvrant la porte du monde à l'Incarnation. Elle devient ainsi l'"Arche d'Alliance vivante", guidant vers le Christ, lumière suprême. ! Elle brille comme un énorme diamant!… Très certainement la planète Jupiter, très brillante (magnitude -2,25) et située le 8 septembre -21 au-dessus de l'horizon Sud, au coucher du soleil (source RedShift5). Dans cette configuration, Jupiter est la première "étoile" visible en soirée, comme on peut l'observer encore de nos jours. ”
“Et la lune, voilà. C’est la pleine lune alors qu’il manque encore trois jours pour y arriver Ce signe est à rapprocher de la description de la Vierge de lApocalypse (12,1) : "Un grand signe apparut dans le ciel : une Femme, ayant le soleil pour manteau, la lune sous les pieds, et sur la tête une couronne de douze étoiles". . Mais regardez quelle splendeur! Selon le logiciel d'astronomie RedShift5 , la pleine lune a lieu le 11 septembre -21. Trois jours avant, c'est donc le samedi 8 septembre, en total accord avec la date retenue par la Tradition unanime (Benoît XIV (Cardinal Prospero Lambertini) - De Festis Beata Virgine Mariae, volume 3, chapitre 9, § 16). Marie d'Agreda fixe la naissance au 8 septembre à minuit. Baronius, Sepp, Tillemont, etc. fixent tous la date de la naissance de Marie au samedi 8 septembre 733 de la fondation de Rome. ”
5.5 – Les femmes surviennent joyeuses avec un poupon rose dans un linge tout blanc.
C’est Marie, la Maman! Une Marie toute petite qui pourrait dormir entre les deux bras d’un enfant. Une Marie pas plus longue que le bras, une petite tête d’ivoire teinté légèrement de rose et des petites lèvres de carmin qui déjà ne pleurent plus mais esquissent l’instinctive succion, mais si petites qu’on ne voit pas comment elles pourront faire pour saisir l’extrémité du sein, un petit bout de nez entre deux joues arrondies et, quand avec une sensation lui font ouvrir ses petits yeux, deux morceaux de ciel, deux points innocents qui ont la couleur de l’azur, qui regardent, sans voir, entre des cils si fins et d’un blond presque rose à force d’être blond. Même les petits cheveux sur la tête ronde ont la teinte rose blonde de certains miels blancs.
Pour oreilles, deux petites coquilles rosées et transparentes, parfaites. Et comme mains… qu’est-ce que ces deux petites choses qui s’agitent en l’air et vont vers la bouche? Elles sont fermées maintenant comme deux boutons de rose mousse qui ont fendu les sépales verts et présentent leur soie de rose pâle; et ouvertes on les dirait deux joyaux d’ivoire ou d’albâtre à peine rosée avec cinq ongles grenat clair. Comment feront-elles ces mains pour essuyer tant de larmes?
Et les pieds, où sont-ils? Pour l’instant, ce ne sont que de petits petons enfuis dans les langes de lin. Mais voilà que la parente Cette parente pourrait être Élisabeth, la nièce d'Anne, alors trentenaire. s’assied et les découvre. Oh! les petits pieds! Quatre centimètres, et leur plante c’est une coquille couleur de corail, le dessus c’est encore une coquille comme de la neige veinée d’azur. Les doigts sont des chefs-d’œuvre de sculpture lilliputienne couronnés aussi de petites écailles grenat clair. Mais, comment trouvera-t-on des sandalettes quand ces petits pieds de poupée feront leurs premiers pas, ces pieds si petits qu’on se demande comment peuvent-ils permettre de rester debout? Et comment feront-ils ces petits pieds pour faire un si dur chemin et soutenir tant de douleur sous une croix?
Mais maintenant, cela ne se sait pas, et on rit et sourit en regardant s’agiter et se démener de belles jambettes, des cuisses en miniature qui toutes grassouillettes forment avec le petit ventre des fossettes et des replis, une nuque qui surgit d’une petite poitrine parfaite. Sous la soie très blanche on voit le mouvement de la respiration et si, comme le père heureux, on applique la bouche pour la baiser, en entend battre un petit cœur…un petit cœur qui est le plus beau que la terre ait possédé au cours des siècles: l’unique cœur humain immaculé.
Et le dos? Voici qu’on la retourne et qu’on voit la courbure des reins, puis les épaules grassouillettes et la nuque rose. Mais voici: la petite tête se dresse sur l’arc des vertèbres et on dirait la tête d’un oiseau qui regarde autour de lui le monde nouveau qu’elle découvre. Elle pousse un petit cri pour protester qu’on la montre ainsi, elle la pure, la chaste, aux yeux de bien des personnes, elle qu’on ne verra plus jamais nue, la Toute Vierge, la Sainte et Immaculée. Couvrez, Couvrez ce bouton de lys qui ne s’ouvrira jamais sur la terre et qui donnera sa Fleur encore plus belle qu’elle, tout en restant un bourgeon.
Ce n’est qu’au Ciel que le lys du Dieu Trine ouvrira tous ses pétales, parce que là-haut il n’y a pas la poussière des fautes qui pourrait involontairement profaner cette candeur. Parce que là-haut on aura à accueillir, à la vue du Ciel entier, Celui qui maintenant, sous peu d’années, caché dans un cœur sans tache, habitera en Elle: Père, Fils, Époux.
La voilà de nouveau entre les linges et dans les bras de son père de la terre, à qui elle ressemble. Pas maintenant. Maintenant elle n’est qu’une ébauche d’être humain. Je veux dire qu’elle lui ressemblera devenue femme. De la mère, elle n’a rien. Du père le teint et la couleur des yeux et aussi des cheveux qui, blanchis maintenant, étaient assurément blonds, comme l’indiquent les sourcils. Du père, les traits, plus parfaits et plus affinés parce que c’est une femme, et cette Femme! Du père, le sourire et le regard, les gestes et la taille. En pensant à Jésus, comme je le vois, je trouve qu’Anne a donné sa taille à son Petit-fils et la couleur plus ivoire foncé de la peau. Marie n’a pas la prestance d’Anne - un palmier élevé et souple - mais la gentillesse du père.
5.6 – Les femmes parlent encore de la tempête et du prodige de la lune, de l’étoile, du gigantesque arc-en-ciel, pendant qu’avec Joachim elles entrent dans la chambre de l’heureuse mère et lui remettent la petite créature.
Anne sourit à sa pensée:
“C’est l’Étoile, dit-elle. Son signe est dans le ciel. Marie, arc-en-ciel de la paix! Marie, mon étoile! Marie, lune brillante! Marie, notre perle!”
“Tu l’appelle Marie?”
“Oui. Marie, étoile, perle, lumière, paix…”
“Mais ce nom veut dire aussi amertume… Ne crains-tu pas qu’il lui porte malheur?”
“Dieu est avec elle. Elle est à Lui avant d’exister. Il la conduira par ses chemins et toute amertume se transformera en un miel paradisiaque. Maintenant, tu es chez ta maman… encore un peu de temps avant d’être toute à Dieu… Rappel de la promesse de conduire Marie au temple (Cf. EMV 2.4). ”