3 – À la fête des Tentes
23 août 1944
Vision du mercredi 23 août 1944.
3.1 - Avant de poursuivre, je fais une remarque.
La maison ne m’a pas semblé être celle de Nazareth, que je connais bien. Du moins la pièce est-elle très différente. Le jardin potager, lui aussi, est plus vaste; en outre, on voit des champs, pas beaucoup, mais tout de même il y en a. Plus tard, après le mariage de Marie, il n’y aura plus que le jardin, grand mais limité au potager; et je n’ai jamais vu la pièce que je viens de voir dans d’autres visions En aout 1944, Maria Valtorta a déjà eu d'autres visions de la maison de Nazareth, d'où son étonnement, qui peut être retenu comme indice d'authenticité de cette vision. On apprend au chapitre 19, page 82 que la maison natale a été en partie détruite pour le passage d'une voie romaine, et que les champs ont été vendus à Alphée de Sara . Je ne sais si je dois penser que, pour quelque motif pécuniaire, les parents de Marie se sont séparés d’une partie de leurs biens, ou si Marie, une fois sortie du Temple, a pris une autre maison, qui lui aurait peut-être été donnée par Joseph. Je ne me rappelle pas si, dans les visions et les enseignements passés, j’ai eu l’indication certaine que la maison de Nazareth était aussi sa maison natale.
J’ai la tête très fatiguée. Et j’oublie aussitôt les paroles des dictées en particulier, bien que les commandements restent très nets à mon esprit et que la lumière demeure dans mon âme. Mais les détails s’effacent immédiatement. S’il me fallait une heure après répéter ce que j’ai entendu, je ne me rappellerais plus rien, mis à part une ou deux phrases principales.
En revanche, les visions restent vivantes à mon esprit, parce que j’ai dû les observer moi-même. Les dictées, je les reçois. Mais les visions, c’est à moi de les percevoir. C’est pourquoi elles demeurent vivantes à mon esprit, qui a fait l’effort de les noter au fur et à mesure.
J’espérais une dictée sur la vision d’hier. Mais rien.
3.2 - Je commence à voir et j’écris.
Hors des murs de Jérusalem, une grande foule se trouve sur les collines et au milieu des oliviers Le "Champ des galiléens" sur le mont des Oliviers. C'est là où se regroupent les galiléens pour les fêtes (voir le Tome 4, chapitre 143 /vo 279.1) . On dirait un immense marché. Mais il n’y a ni tables ni boutiques, ni cris de charlatans et de vendeurs, et pas davantage de jeux. Il y a quantité de tentes en laine rêche, certainement imperméables, étendues sur des pieux fixés au sol; des feuillages attachées à ces pieux servent d’ornement et donnent de la fraîcheur. D’autres, au contraire, sont constituées de branchages fixés au sol et attachés de cette manière, formant ainsi de petites galeries vertes Lors de la fête de Soukkot, appelée également fête des Tentes ou fête des Tabernacles, chaque famille construit une cabane (ou sukkha) faite de quatre sortes de branches liées entre elles. Leur nom évoque les huttes sous lesquelles on campait pendant la récolte . Sous chacune, des gens de tout âge et de toute condition discutent paisiblement, dans un recueillement troublé uniquement par quelque cri d’enfant.
Le soir descend et déjà les lueurs de petites lampes à huile brillent ici et là sur cet étrange campement. Autour des lumières, des familles prennent leur repas, assises à même le sol; les mères tiennent leurs plus petits enfants sur leur sein, et nombre d’entre eux, épuisés, s’endorment en ayant encore quelque morceau de pain entre leurs doigts roses; leur tête tombe sur la poitrine de leur mère comme les poussins sous les ailes de la poule; les mères terminent leur repas tant bien que mal avec leur seule main libre pendant que l’autre serre leur enfant sur leur cœur. En revanche, d’autres familles n’ont pas encore commencé à manger et discutent dans la semi-obscurité du crépuscule en attendant que le repas soit prêt. Des feux s’allument ici et là, autour desquels les femmes s’affairent. Une berceuse très lente, presque une complainte, berce un enfant qui tarde à s’endormir.
Au-dessus, un beau ciel serein se teinte de plus en plus de bleu sombre jusqu’à paraître un immense voile de velours soyeux d’un noir azuré, sur lequel, tout doucement, des artificiers et des décorateurs invisibles fixent des joyaux lumineux, les uns isolés, les autres formant d’étranges lignes géométriques dont la première place revient à la Grande Ourse et à la Petite, avec leur forme de chariot dont le timon s’appuie au sol après que les bœufs ont été délivrés de leur joug Bel indice d'authenticité : cette position de la Grande Ourse est caractéristique des soirées d'octobre et de novembre. À toute autre époque de l'année, cette position serait incompatible avec un début de soirée . L’étoile Polaire scintille de tous ses feux.
Je comprends qu’on est en octobre Octobre : La fête des tentes (Soukkot) est célébrée au début de l'automne du du 15 au 21 Tichri (du 24/9 au 2/10 en l'an -22). «Parfois, écrit Maria Valtorta sur une copie dactylographiée, les noms sont exprimés en italien pour que le lecteur comprenne mieux.» Notre mois doctobre est à cheval sur les mois hébreux de Tisri (ou Etanim) et de Marchesvan (ou Bul). Le calendrier juif se basait en effet sur lannée lunaire, qui commence au printemps (comme on le voit en 68.4), et le nôtre sur lannée solaire, si bien que les correspondances sont approximatives. Voici le nom des mois : 1. Nisan ou Abib comme en 413.6 (mars-avril) ; 2. Ziv ou Iyyar comme en 461.7 (avril/mai) ; 3. Sivân (mai-juin) ; 4. Tammuz comme en 442.3 et 461.16 (juin-juillet) ; 5. Ab ou Av (juillet-août) ; 6. Elul (août-septembre) ; 7. Tishri ou Tisri ou Etanim (septembre-octobre) ; 8. Marchesvân ou Bul (octobre-novembre), nom qui nest jamais cité dans luvre : celle-ci semble plutôt lui donner le nom dEtanim, en le distinguant de Tishri ; 9. Kisleu ou Casleu (novembre-décembre) ; 10. Tébèt (décembre-janvier) ; 11. Shebat (janvier-février) ; 12. Adar (février-mars). Cest la nouvelle lune, appelée néoménie, qui marquait le début du mois. Pour faire coïncider au mieux le cycle lunaire et le cycle solaire, on redoublait parfois le mois dAdar, pour obtenir une année de treize mois, dite embolismique (114.8). , parce qu’une grosse voix d’homme le dit:
«Un beau mois d’octobre, comme on en voit rarement!»
3.3 - Anne revient d’un feu avec des choses dans les mains, étendues sur un pain large et plat comme une de nos galettes et qui fait office de plateau. Alphée, agrippé à sa jupe, fait entendre sa petite voix. Joachim, qui se tient sur le seuil d’une petite cabane faite de feuillages, parle avec un homme d’une trentaine d’années, que, de loin, Alphée salue avec un cri aigu:
«Papa! L'époux de Sara de Nazareth - sur de Marie de Cléophas - est présent pour la fête. Il est donc né vers -52 »
Voyant Anne s’approcher, Joachim se hâte d’allumer une lampe.
Anne passe comme une reine au milieu des rangées de cabanes. Royale Elle est de la lignée d'Aaron, frère aîné de Moïse , elle est pourtant humble. Elle ne se montre hautaine avec personne. Elle relève le marmot d’une pauvresse qui a fait une chute à ses pieds en trébuchant dans une course espiègle. Comme il a le visage tout barbouillé de terre et qu’il pleure, elle le nettoie, le console et le rend à sa mère qui accourt. Devant ses excuses, Anne dit:
«Oh, ce n’est rien! Je suis heureuse qu’il ne se soit pas fait mal. C’est un bel enfant. Quel âge a-t-il?
– Trois ans. C’est l’avant-dernier et d’ici peu j’en aurai un autre. J’ai six garçons. Maintenant, je voudrais une fille Pour une maman, une fille compte beaucoup
– Le Très-Haut t’a bien consolée!»
Anne soupire.
«Oui, répond la femme. Je suis pauvre, mais les enfants font notre joie et les plus grands nous aident déjà au travail. Et toi, madame (tout montre qu’Anne est d’une condition plus élevée et la femme l’a bien remarqué), combien d’enfants as-tu?
– Aucun.