2 – Joachim et Anne font un vœu au Seigneur

22 août 1944

Vision du mercredi 22 août 1944

2.1 - Je vois l’intérieur d’une maison. Une femme d’un certain âge est assise devant un métier à tisser. À voir ses cheveux qui étaient sûrement noirs autrefois mais sont devenus grisonnants, et son visage sans rides mais déjà marqué par cette gravité qui vient avec les années, je dirais qu’elle peut avoir de cinquante à cinquante-cinq ans tout au plus En marge de l'édition originale, Maria Valtorta précise que cette estimation personnelle est faite d'après sa propre mère et qu'elle peut faire erreur. Son estimation est toutefois conforme à la Tradition. Selon Marie d'Agréda, Anne avait 45 ans (La Cité mystique de Dieu, Livre 1, Chapitre 15, § 209, page 518) .

Pour donner des indications sur l’âge des femmes, je me base sur le visage de ma mère, dont l’image m’est plus que jamais présente à cette époque qui me rappelle ses derniers jours à côté de mon lit… Cela fera demain un an que je ne la vois plus…

Le visage de ma mère était très frais, sous des cheveux précocement blanchis. À cinquante ans, elle était blanche et noire comme à la fin de sa vie. Mais, hormis la gravité du regard, rien ne dénonçait son âge. Il se peut donc que je me trompe quand j’attribue aux femmes d’un certain âge tel ou tel nombre d’années.

Je vois celle-là qui tisse, dans une pièce bien éclairée par une lumière qui pénètre par la porte, ouverte sur un vaste jardin potager, une petite propriété, dirais-je même, car il se prolonge en ondulations qui aboutissent à une pente verte Les descriptions de la maison et du jardin de Nazareth, contenues dans ce chapitre, s'avèrent d'une cohérence remarquable. Voir par exemple EMV 5.1 ; EMV 12.8 ; EMV 14.3, puis tout au long de l'œuvre. . Cette femme est belle, avec des traits typiquement juifs Elle vient de Judée. .

Dessin de Lorenzo Ferri réalisé d’après les descriptions de Maria Valtorta.

Je ne sais pourquoi, ses yeux noirs, profonds, me rappellent ceux de Jean-Baptiste Anne est la tante d’Élisabeth, celle qui sera la mère du Baptiste. . Mais ce regard a beau être aussi noble que celui d’une reine, il est également plein de douceur. C’est comme si un voile d’azur s’étendait sur l’éclat d’un regard d’aigle. Il est doux et un peu triste, comme si elle pensait à des choses perdues et regrettées. Son teint est mat, mais sans plus. La bouche, un peu large mais bien dessinée, a une expression austère mais sans dureté. Son nez est long et fin, légèrement courbé en bas, c’est un nez aquilin qui s’harmonise avec ses yeux. Elle est robuste sans être grosse, bien proportionnée et, me semble-t-il, grande, d’après ce que je peux en juger à sa façon d’être assise.

Il me semble qu’elle tisse un rideau ou un tapis. Les navettes multicolores vont et viennent rapidement sur une trame marron foncé, et la partie déjà finie montre un vague enlacement de grecques et de rosaces dans lesquelles le vert, le jaune, le rouge et le bleu s’entrecroisent et se fondent comme sur une mosaïque. La femme porte un vêtement très simple et foncé, d’un violet rouge qui paraît emprunté à certaines pensées.

2.2 - Entendant frapper à la porte, elle se lève. Effectivement, elle est grande. Elle ouvre. Une femme lui demande:

«Anne, veux-tu me donner ton amphore? Je te la remplirai.»

La femme est accompagnée d’un petit gamin de cinq ans C'est Alphée de Sara, neveu d'Alphée et de Marie de Cléophas (voir EMV 12.2). Il doit être né vers -26 (voir EMV 12.6). Sarah, sa mère, est probablement la sœur de Marie de Cléophas. . Il s’attache aussitôt au vêtement de celle qu’on vient de nommer Anne; celle-ci le caresse, tout en allant dans une autre pièce d’où elle rapporte une belle amphore en cuivre Cette amphore sera conservée par la Vierge Marie en souvenir de sa mère (voir EMV 16.1 et EMV 156.3). , qu’elle tend à la femme en disant:

«Tu es toujours bonne avec la vieille Anne, toi. Que Dieu t’en récompense dans ce petit et dans les enfants que tu as et auras encore, car tu es bienheureuse!»

Anne pousse un soupir.

La femme la regarde, sans savoir que dire après ce soupir; pour adoucir la peine qu’elle devine, elle dit:

«Je te laisse Alphée, si cela ne t’ennuie pas; cela me permettra de faire plus vite et de remplir un bon nombre de brocs et de jarres.»

Alphée est tout content de rester, on en comprend aisément la raison. Sa mère partie, Anne le prend dans ses bras et l’emmène dans le jardin, l’élève à la hauteur d’une tonnelle de raisins dorés comme la topaze, et lui dit:

«Mange, mange, c’est bon!»

Elle couvre de baisers le petit visage tout barbouillé du jus des raisins que le petit garçon avale avidement. Puis elle rit de bon cœur et paraît soudain plus jeune grâce à la belle denture qu’elle révèle et sous l’effet de la joie qui éclate sur son visage, effaçant les ans, quand l’enfant lui demande, en écarquillant ses grands yeux d’un bleu-gris sombre:

«Et maintenant, que vas-tu me donner?»

Elle rit, plaisante et, s’inclinant jusqu’à hauteur des genoux, elle dit:

«Que me donneras-tu si je te donne… si je te donne… devine quoi!»

L’enfant, battant des mains, tout rieur, lui répond: