10 février 1946 — Mon calendrier mystique

Ces notes sont de la même date qu’EMV 381.

Note Cette note a été rédigée sur un feuillet qui fut attaché par la suite au cahier. La date est déduite de ce qui précède et de ce qui suit, mais la note pourrait être aussi du 9 février 1946. . Après avoir lu cette description du jeune servite inconnu élevé dans la gloire par Marie, le Père Migliorini m’apporte ce matin un livret dont la couverture représente un jeune servite dans lequel je reconnais tout de suite celui que j’ai vu Dans la vision de la veille, 9 février 1946. . Comme seule différence, il ne portait pas de lunettes dans la vision, et son visage était légèrement plus maigre. Mais de bien peu.

J’ignorais qu’il ait jamais existé un frère Venanzio M. Quadri Venanzio Antonio Maria Quadri, clerc profès de l'ordre des servites de Marie (1916-1937). Note biographique sur Santi e beati. Sur le site des Servites de Marie. , et qu’il était mort en odeur de sainteté. Il m’était totalement inconnu, à tel point que j’étais incertaine: est-ce que j’avais vu une extase du bienheureux Giovanni Angelo? Ou est-ce que le Père Pennoni était mort, auquel cas la Vierge voulait-elle me faire comprendre que la miséricorde de son sacré Cœur maternel et mes prières avaient obtenu l’absolution de toutes ses fautes, si bien que sa mort signifiait son entrée au paradis? Voilà quelles étaient mes deux pensées à la suite de cette vision.

Je suis heureuse de savoir qui est ce bienheureux. Et je n’hésite pas à affirmer que, comme je l’ai reconnu dans le portrait de la couverture ainsi que dans le dessin de M. Barberis à la page 47, à la position de ses bras et de sa tête légèrement inclinée vers la droite, je suis persuadée qu’il est dans la gloire et qu’il jouit de la vision du Dieu un et trine et de celle de Marie, qui me l’a montré enveloppé d’un rayon plein d’amour et très pur qui jaillissait de son Cœur; et aspiré au ciel par elle, par cette Mère belle et toute pure…

Notre Seigneur m’enjoint de mettre par écrit mon acte d’offrande, l’hymne à Jésus crucifié et d’autres choses spirituelles qui ont préparé mon état actuel. J’obéis en le faisant précéder de ces quelques brèves notes.

J’avais fait solennellement l’acte de victime de l’Amour miséricordieux Sainte Thérèse de l'Enfant Jésus (Thérèse de Lisieux), à qui Maria Valtorta vouait une grande dévotion, fut la première à faire l'offrande d'elle-même à «l'Amour Miséricordieux», amorçant ainsi un tournant dans les actes d'offrande généralement tournés vers la «Justice Divine». Sainte Thérèse conclut son acte d'offrande en ces termes que reprend Maria Valtorta : "Afin de vivre dans un acte de parfait Amour, je m'offre comme victime d'holocauste à votre Amour miséricordieux, vous suppliant de me consumer sans cesse, laissant déborder en mon âme les flots de tendresse infinie qui sont renfermés en vous et qu'ainsi je devienne Martyre de votre Amour ô mon Dieu !". le jour de la sainte Trinité, en 1925 Maria Valtorta le fait le jour de la sainte Trinité 1925, soit exactement trente ans après celui prononcé par sainte Thérèse qui le fit le jour de la sainte Trinité 1895. . Mais plus tard, sous l’effet d’une force qui m’y poussait et d’une prémonition - de juillet 1930 à mai 1931 - des événements mondiaux qui se sont réalisés par la suite, j’avais ressenti le besoin de préconiser, par le biais de la presse de l’Action catholique féminine, une véritable croisade d’âmes victimes pour sauver le monde C'est une époque particulière où Jésus appelle des âmes victimes : sœur Joséfa Menéndez (Un appel à l'Amour, 1921-1923), sœur Faustine (Petit journal, 1935-1936) ou Mère Amélie de Gibergues (1938-1939). . Ma proposition (que je sentais inspirée par Dieu), fut rejetée durement le 17 mai 1931 sous prétexte que, en Italie comme dans les autres pays, tout se passait bien entre Église et État ainsi qu’entre nations.

À peine quatorze jours plus tard, Dieu, par une douloureuse épreuve (la lutte contre l’Action Catholique) démentait ceux qui péchaient par excès d’optimisme Le 29 juin 1931, Pie XI condamne le fascisme italien dans son encyclique Non abiamo bisogno (en italien sur le site du Vatican, en français sur la Porte latine) sur l'Action catholique italienne. En réaction, les chemises noires s'en prennent à l'Action catholique italienne, une œuvre promue par le pape et qu'il qualifiait, dans son encyclique, de seule organisation non-fasciste d'Italie. , si bien que j’ai pensé faire toute seule ce que les autres jugeaient inutile de faire. Je tremblais un peu à l’idée de m’offrir à la Justice, car je me souvenais des paroles de sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus: “Si vous vous offriez à la Justice, vous devriez trembler, mais pas pour vous offrir à l’Amour miséricordieux. Il vous traitera avec miséricorde”. Pendant que j’hésitais entre le oui et le non arriva le jour du Sacré-Cœur de Jésus, en juin 1931. À la grand-messe chantée par les jeunes filles de l’Action Catholique, aussitôt après le Gloria, une vision mentale accompagnée de la connaissance mentale de toutes les catastrophes qui nous ont torturés au cours de ces dix dernières années se présente à moi. Une contemplation apocalyptique… Je suis saisie de larmes irrépressibles et d’une telle angoisse que je ne vois plus rien.

Plus rien, si ce n’est le gouffre où le monde se précipite et la nécessité de dresser des victimes en guise de contreforts pour empêcher, ou du moins ralentir, la course du monde vers le précipice. On est obligé de me porter, de me mener hors de l’église à la fin de la messe, car je ne vois rien tellement je pleure… Arrivée à la maison, j’écris mon acte d’offrande, que j’ai fait plus tard solennellement le jour de la fête du Très-Précieux Sang. Le voici:

Acte d’offrande en victime à la Justice et à l’Amour.

Oh mon Dieu, origine et fin de toute puissance, de toute sagesse et de tout bien, Amour éternel et incréé, Trinité sainte, sois bénie maintenant et toujours, aimée et adorée pour les siècles des siècles.

Afin que cet amour pour toi s’étende et envahisse toute la terre et que le Royaume du Christ s’y instaure en apportant aux hommes la paix, cette paix qui vient de toi seul, afin que les âmes se tournent vers toi, la fontaine d’eau vive qui désaltère toutes les soifs et procure la vie éternelle, moi, malgré ma misère et mes péchés, j’ose, de l’abîme de mon néant, élever mon cœur et ma vie, tout mon être, vers toi, Trinité bienheureuse, et t’offrir ce néant en hostie d’expiation et d’amour pour l’avènement de ton règne, pour que fleurisse ta paix, pour la rédemption des âmes, de ceux que j’aime et que je connais, de celles qui me sont chères entre toutes en raison des liens qui m’unissent à elles, comme aussi de celles qui me sont inconnues ou ennemies.

Puisse ce sacrifice que je t’offre te plaire, ô Dieu, par l’intercession de Marie et de saint Joseph, malgré sa petitesse. C’est tout ce que je peux te donner, mais je le fais avec joie pour la conversion des âmes, la paix du monde, la prospérité, tranquillité, paix et tout autre bien de ma patrie, pour le triomphe de l’Église sur ses ennemis, pour le retour à Dieu de ces nations qui sont devenues la proie de Satan et des schismes, pour la perfection du sacerdoce, mon salut éternel, celui de mes parents et de toutes les âmes que j’ai aimées, instruites dans ta Loi et dirigées vers toi.

Si je comparais la splendeur de ta puissance à ma misère, je serais anéantie devant une telle toute-puissance; si je confrontais ma nullité et ma faute à ta perfection, il me faudrait fuir comme un indigne loin de ta face; mais j’ai confiance en toi, comme cela te plaît, et je me donne à toi tout entière, avec mon passé, mon présent, mon avenir, mes fautes, mes efforts vers le bien, mes chutes, mes immenses désirs d’amour pour toi et pour les âmes. Je pense que tu es Amour; Miséricorde, Bonté; tu es le Père, le Frère, l’Epoux de nos âmes, tu es la Charité faite chair et tu ne repousses personne de ton sein débordant d’amour. Je suis donc sûre que tu te pencheras avec pitié sur ta petite esclave pour en accueillir l’offrande, en entendre la prière et consentir à ses désirs.

Ah! Je resterai à tes pieds aussi longtemps qu’il te plaira, en attendant ton sourire qui me révélera que mon offrande est acceptée; l’attente ne m’effrayera pas, car je sais qu’elle est une épreuve que tu m’envoies pour éprouver ma foi, pas plus que ne m’effrayera ma nullité, puisque je la recouvre des mérites de mon Bien-Aimé qui vit en moi. Et je reprends les mots ineffables de mon Verbe adoré, de mon Maître et Rédempteur pour te présenter ma prière, à toi, l’Eternel: “Père, pardonne aux hommes parce qu’ils ne savent pas ce qu’ils font, pardonne en raison des mérites du Christ, de Marie, des martyrs et des saints; et si, pour apaiser ta Justice offensée, de nouvelles hosties d’expiation sont nécessaires, me voici, ô Père, immole-moi pour la paix entre l’homme et Dieu, entre l’homme et l’homme, pour l’avènement de ton règne”.

Ô mon Bien-Aimé, ton Cœur saigne d’être sans cesse blessé par cette marée de fautes qui envahit la terre, et ta soif d’amour augmente chaque jour alors que l’humanité s’éloigne de toi. Oh! Prends-moi comme hostie consolatrice de ton amour bafoué. Je voudrais renouveler cette offrande chaque fois qu’une faute te blesse et qu’une nouvelle offense est proférée contre la sainte Trinité, je voudrais être innocente et riche de mérites pour être plus à même de te consoler; je voudrais avoir à mes côtés des multitudes d’âmes prêtes à s’offrir à ton amour. Mais je suis pauvre et seule, coupable moi aussi.

Toutefois, mon incapacité, ma misère, ma solitude ne m’effraient pas; je suis comme cela te plaît, cela me suffit et m’encourage à m’offrir à toi. C’est toi qui as mis dans mon cœur cette soif toujours croissante d’amour et d’immolation, et cela m’apprend que tu me veux moi aussi, pauvre et faible comme je le suis, un vrai rien, perdu face à ton immensité.

Consciente de cette petitesse qui est la mienne, je te prie de ne pas me traiter en épouse ou en sœur. Tu es le Maître du ciel et de la terre, je suis un grain de poussière… Tu es le Roi des rois, moi le dernier de tes Sujets. Mais de même que, dans un palais royal, il y a d’une part les intimes du souverain qui passent leurs journées avec lui, unis par l’affection, et d’autre part les serviteurs dont le seul devoir est d’obéir, je désire, mon Bien-Aimé, que tu me considères comme une servante — ou encore moins —. Je veux être l’esclave dont le seul but est de servir son Seigneur avec humilité et fidélité. Je veux être l’instrument aveugle utilisé pour le triomphe de l’Amour miséricordieux sur terre, l’humble servante qui se donne tout entière pour la cause de son roi, la créature qui se tient dans la poussière au pied de ton trône pour recouvrir de son pauvre chant les hurlements blasphématoires des pécheurs, pour consoler par son fidèle amour ton Cœur transpercé, pour te gagner une multitude d’âmes par son sacrifice ignoré. Tu l’as dit toi-même, mon Jésus bien-aimé: celui qui montre le plus grand amour est celui qui donne sa vie pour ses amis. Voici, je viens, je m’offre à toi, mon seul et parfait ami, afin que ton Règne s’établisse sur la terre comme dans les cœurs des hommes.

Tu as encore dit: “Quand je serai élevé de terre, j’attirerai tout à moi”. Je désire moi aussi, à ton imitation, être élevée sur la croix de souffrance, sur ta croix de salut que la plupart fuient avec terreur; crucifiée avec toi, pour toi, je veux expier pour ceux qui pèchent, t’obéir pour ceux qui se rebellent, te bénir pour ceux qui te maudissent, t’aimer pour ceux qui te haïssent, te supplier pour ceux qui t’oublient, vivre, en un mot, dans un acte d’amour parfait, en rapportant tout à toi, en te reconnaissant en tout, en aimant tout par toi et en toi, enfin en acceptant tout de toi, mon Bien infini.

Ô mon Bien-Aimé, par la croix que je te demande, par la vie que je t’offre, par l’amour auquel j’aspire, fais de moi une heureuse victime de ton Amour miséricordieux. Que je vive en lui et de lui, que j’agisse sous son impulsion, que chacun de mes actes, paroles, pensées et actions portent le sceau de cet amour.

Qu’il soit mon bouclier et ma purification, ma joie et mon martyre, qu’il soit fusion toujours plus intime avec toi, jusqu’à cette fusion ultime dans laquelle l’âme, libérée, s’envole pour s’unir à toi afin de t’adorer et t’aimer parfaitement pour l’éternité bienheureuse.

Mes deux petits chapelets aux cinq plaies..

Nous t’adorons, ô Christ, et nous te bénissons, parce que par ta sainte croix tu as sauvé le monde.

J’adore, ô mon Jésus, la sainte plaie de ta main droite et je te prie, par sa douleur; de m’accorder l’esprit de charité. Notre-Père, Je vous salue, Marie, Gloire à Dieu.

J’adore, etc… de ta main gauche et je te prie… de m’accorder l’esprit de contrition. Notre-Père, Je vous salue, Marie, Gloire à Dieu.