— Je veux la Vie. Oh! Mon Jésus, ouvre-moi le ciel! Viens, Amour éternel!
— Jetez-la dans le Tibre! L’eau calmera ses ardeurs.”
Les bourreaux la soulèvent brutalement. La douleur des membres brisés doit être atroce. Pourtant, elle sourit. Ils l’enveloppent de ses vêtements, non pas par pudeur mais pour l’empêcher de se maintenir à la surface de l’eau. Précaution inutile!
Avec les membres dans un tel état, on ne peut pas nager. Seule sa tête émerge de l’enchevêtrement des vêtements. Son pauvre corps, jeté sur les épaules d’un bourreau, pend comme si elle était déjà morte. Mais elle sourit à la lumière des flammes, car le soir est maintenant venu.
Parvenus au Tibre, comme s’il s’agissait d’un animal à supprimer, ils la prennent et, du haut du pont, la précipitent dans les eaux sombres. Elle refait deux fois surface puis coule sans un cri.
Jésus dit:
“J’ai voulu te faire connaître ma martyre Phénicule pour t’apporter quelques enseignements à toi comme à tous.
Tu as vu le pouvoir de la prière dans la mort de Pétronille — la compagne et la maîtresse de Phénicule, beaucoup plus âgée que cette dernière — ainsi que le fruit d’une sainte amitié.
Pétronille, qui était une fille spirituelle de Pierre, avait été imprégnée de l’esprit de foi grâce à la vivante parole de mon apôtre. Pétronille faisait la joie de Pierre, elle était sa perle romaine, sa première conquête romaine. Par sa dévotion respectueuse et aimante de l’apôtre, elle l’a consolé de toutes les souffrances de son évangélisation de Rome.
Par amour pour moi, Pierre avait quitté sa maison et sa famille. Mais celui qui ne ment pas lui avait fait trouver en cette enfant réconfort, soin et douceurs féminines, et cela de manière surabondante, débordante, pressante, conformément à mes promesses. Luc 6,38 Tout comme moi à Béthanie, il trouvait dans la maison de Pétronille aide, hospitalité et surtout de l’amour. La femme est la même, dans le bien comme dans le mal, sous tous les cieux et à travers toutes les époques. Pétronille fut la Marie Marie de Magdala, sœur de Lazare et de Marthe de Béthanie. de Pierre, avec en plus sa pureté d’enfant que le baptême, reçu alors que son innocence n’avait pas encore connu d’outrage, avait portée à une perfection angélique.
Écoute, Maria. Pétronille, dans son désir d’aimer le Maître de tout son être sans que son charme et le monde puissent troubler cet amour, avait prié son Dieu de faire d’elle une crucifiée. Dieu l’a exaucée. La paralysie crucifia ses membres angéliques. Pendant sa longue infirmité, c’est sur ce sol baigné de douleur que fleurirent les plus belles vertus et, en particulier, l’amour pour ma Mère.
Écoute encore, Maria. Quand cela fut nécessaire, sa maladie connut un répit, pour montrer que Dieu est le maître des miracles. Puis, passé ce moment, elle revint la crucifier.
Ne connais-tu pas une autre femme, Maria, à qui son Maître dit quand cela lui est nécessaire, comme Pierre à Pétronille: “Lève-toi, écris, sois forte” et qui, quand cesse ce besoin, redevient une pauvre infirme en perpétuelle agonie?
Une fois l’apôtre mort et Pétronille guérie, elle trouva que sa vie ne lui appartenait plus à elle-même, mais au Christ. Elle n’était pas de ceux qui, une fois le miracle obtenu, s’en servent pour offenser Dieu. Au contraire, elle mit sa santé au service des intérêts de Dieu.
Votre vie est toujours mienne. C’est moi qui vous la donne. Vous devriez vous le rappeler. Je vous la donne comme vie animale en vous faisant naître et en vous gardant en vie. Je vous la donne comme vie spirituelle par la grâce et les sacrements. Vous devriez toujours vous en souvenir et en faire bon usage. Quand ensuite je vous rends la santé, je vous fais presque renaître après une maladie mortelle, et vous devriez vous rappeler encore davantage que cette vie, qui refleurit alors que la chair semblait proche de la tombe, m’appartient. Il vous incombe alors, par reconnaissance, de l’utiliser pour le Bien.
Pétronille a su le faire. Ce n’est pas en vain qu’elle avait assimilé mon enseignement. Elle est semblable au sel qui préserve du mal, de la corruption, elle est la flamme qui réchauffe et éclaire, l’aliment qui nourrit et fortifie, la foi qui rend sûr. Quand viennent l’épreuve, l’assaut des tentations, la menace du monde, Pétronille prie. Elle invoque Dieu. Elle veut appartenir à Dieu. Le monde la veut-il? Que Dieu la défende contre le monde!
Le Christ l’a dit: “Si vous avez de la foi, grosse comme un grain de sénevé, vous direz à cette montagne: ‘Déplace-toi d’ici à là”. Matthieu 17,20 - Marc 11,23 - Luc 17,6 Pierre le lui a répété bien des fois. Elle n’a pas demandé à la montagne de se déplacer. Elle a demandé à Dieu de l’enlever du monde avant qu’elle ne soit écrasée par une épreuve supérieure à ses forces. Et Dieu l’écoute. Il la fait mourir pendant une extase. Pendant une extase, Maria, avant que l’épreuve ne l’écrase. Souviens-t’en, ma petite disciple!
Phénicule était [pour Pétronille] une amie, plus qu’une amie même, une fille ou une sœur, étant donné leur petite différence d’âge d’une dizaine d’années. L’on ne vit pas avec une sainte sans en être sanctifié. Comme l’on ne devient pas dépravé en vivant avec un dépravé. Si le monde se rappelait cette vérité! Au contraire, le monde néglige les saints ou les maltraite, et il suit les satans en le devenant eux-mêmes toujours plus.
Tu as vu la fermeté et la douceur de Phénicule. Qu’est la faim pour celui qui a le Christ pour nourriture? Qu’est la torture pour celui qui aime le Martyr du Calvaire? Qu’est la mort pour celui qui sait qu’elle ouvre les portes de la Vie?
Ma martyre Phénicule est méconnue des chrétiens d’aujourd’hui. Mais elle est bien connue des anges de Dieu qui la voient joyeuse au ciel derrière l’Agneau divin. J’ai voulu te la faire connaître pour pouvoir te parler également de sa maîtresse spirituelle et pour t’encourager à souffrir.
Répète avec elle: “En vérité, je commence maintenant, parmi ces douleurs, à voir Jésus, mon époux, en qui j’ai mis tout mon amour”, et pense que j’ai suscité pour toi aussi un Nicomède, C'est le nom du prêtre qui récupéra le corps de la sainte martyre Phénicule. Les notices historiques sur lui semblent correspondre au récit sur la martyre Phénicule ici présenté. Le "Nicomède" de l'écrivain, suscité pour son soutien spirituel, est le P. Migliorini. pour sauver des eaux des passions ton ‘moi’ que je voulais pour moi, et pour recueillir ce qui, en toi, mérite d’être conservé, ce qui est mien, ce qui peut faire du bien à l’âme de tes frères.”