III. La Garde d’Honneur
Depuis la sainte mort de Marguerite-Marie, les associations en l’honneur du Sacré Cœur se sont multipliées d’une façon merveilleuse. Le culte et l’amour dus à Jésus-Christ sont toujours les mêmes, ils ne sauraient changer en ce qu’ils ont d’essentiel ; mais ils revêtent des modalités diverses, selon les circonstances et le temps. Quand la chapelle provisoire du Vœu national s’ouvrit à Montmartre, le 3 mars 1876, du même jour la Garde d’Honneur y fut installée avec le Cadran tout proche de la statue du Sacré-Cœur. C’était la réparation au Sacré Cœur, la réparation effective, s’échelonnant tout le long de la journée avec les heures de garde successives de millions de Gardes d’Honneur français. A ce titre, il ne sera pas inopportun d’en retracer ici brièvement la touchante histoire.
Au mois de janvier 1863, le Sacré Cœur ayant été solennellement intronisé dans le monastère de la Visitation de Bourg-en-Bresse (Ain), une religieuse de cette maison, la Sœur Marie du Sacré-Cœur Barnaud (1825-1903), tout particulièrement impressionnée par une parole de saint François de Sales écrivant à sainte Jeanne de Chantal : « L’autre jour, considérant le côté ouvert de Notre-Seigneur et voyant son Cœur, il m’était avis que nos cœurs étaient tous à l’entour d’icelui et lui faisaient hommage comme au souverain Roi de nos cœurs », eut tout à coup l’idée d’une grande image où le Sacré Cœur, avec la lance, la couronne d’épines et la croix, figurerait au milieu de plusieurs circonférences concentriques de noms d’adorateurs, distribués en toutes les heures de la journée. C’était une méthode très ingénieuse pour mettre la dévotion au divin Cœur à la portée de toutes les âmes, les plus simples et les plus élevées dans le chemin de la perfection. C’était une forme pratique du Divin Rendez-Vous, imaginé par les premiers adorateurs du Sacré Cœur Voir Appendice I, page 229. .
Dans le même temps, sans entente préalable, sans aucun échange de vues, la Visitation de Paray-le-Monial, se souvenant que Marguerite-Marie avait écrit un jour à la Mère de Saumaise : « Comme ce divin Cœur s’entretenait avec son indigne esclave, il lui montra et fit entendre qu’il se ferait une couronne de douze de ses plus aimés et qui lui auraient procuré plus de gloire sur la terre ; qu’il les rendrait comme douze étoiles brillantes autour de son sacré Cœur » ; avait confectionné un cadran semblable, sauf inversion des saints Patrons de l’heure de garde. En vertu du droit de priorité, celui de Bourg fut adopté.
De toutes parts les adhésions arrivèrent, favorisées surtout, à ces premières heures, par les monastères de la Visitation qui, non contents de s’inscrire, firent connaître l’œuvre au dehors. Mgr de Langalerie, évêque de Belley, de sa propre initiative, érigea la pieuse Association en Confrérie ; elle fut inaugurée le 13 mars 1863, troisième vendredi de carême, en la fête des Cinq Plaies.
Pour soutenir et encourager la piété des Associés, la Sœur Marie du Sacré-Cœur composa, avec une rapidité et un à-propos qui semblent tenir du prodige, différentes séries de petits billets, qui étaient distribués mensuellement par les chefs de section. Ces Billets portaient un texte de l’Evangile, indiquaient une pratique et fixaient une heure d’adoration ; ils devaient faire l’office de Zélateurs, d’où leur vint la dénomination caractéristique qu’ils gardèrent depuis lors. C’était comme le mot d’ordre tombé du Cœur de Jésus à l’adresse de chaque Garde d’Honneur. Ces Billets-Zélateurs sont classés en cinq séries ; chaque série renferme 33 billets différents : ce nombre en l’honneur des 33 années que Notre-Seigneur a passées sur la terre. La première série fut composée vers 1860, pour le seul usage de la communauté, mais elle fut bien vite éditée pour tous les Ordres religieux, sur les instances et avec la coopération de Mlle Deluil-Martigny, la première zélatrice de Marseille, âme héroïque qui tomba sous les balles d’un anarchiste, à la Servianne, près de Marseille, dans une propriété de famille où, depuis cinq ans, elle avait fondé la troisième maison des Filles du Cœur de Jésus Les détails de ce drame émouvant se trouvent relatés dans la Vie de Mère Marie de Jésus, par M. le chanoine Laplace. Lyon. Emm. Vitte. . — La deuxième série, appropriée au commun des fidèles, obtint un éclatant succès ; elle a été traduite en plus de vingt langues. — La troisième série, destinée aux enfants et aux pensionnats, fut provoquée par la Visitation de Paray-le-Monial ; attendue avec impatience, elle eut un succès qui va chaque jour grandissant. — La quatrième série, approuvée et encouragée par Mgr de Langalerie, évêque de Belley, s’adresse tout particulièrement aux prêtres ; elle fut traduite en latin par un brillant humaniste et éditée simultanément à Marseille et à Moutiers. — Un certain nombre d’hommes, parmi lesquels plusieurs officiers, estimant que les billets-zélateurs en usage pour les séculiers, étaient « une nourriture par trop délicate pour leurs estomacs » en réclamaient d’autres plus appropriés à leurs besoins ; telle fut l’origine de la cinquième série, destinée aux chrétiens militants. Comme on le voit, ces billets s’adressent à toutes les situations et à tous les âges. Jetés chaque mois comme une semence de vie aux quatre vents du ciel, ils s’envolent sous tous les climats, pour éclairer, consoler, ou raffermir les âmes.
Le sentiment populaire a compris la nécessité d’offrir à Dieu des satisfactions pour les outrages dont il est l’objet ; aussi le petit Cadran de la Garde d’Honneur s’est développé dans des proportions immenses. Suspendu aux yeux des fidèles dans toutes les églises où la Confrérie est établie, il a pris des dimensions incommensurables. Ses douze divisions vont s’étendant, s’élargissant des Pôles à l’Equateur, comme des méridiens d’adoration et de réparation qui enveloppent le monde, et dans la dépendance desquels tous les pieux fidèles connaissent l’heure du divin Soleil, et vivent dans sa lumière et sa chaleur.
Qui donc, eût-il un cœur de bronze, ne se sentirait point pressé de rendre amour pour amour à ce Cœur plein de suavité, transpercé et blessé par la lance ? combien de fois, le 1er vendredi, devant le Très Saint Sacrement exposé, n’avons-nous pas remarqué l’émotion intense produite par la récitation publique de l’amende honorable dialoguée qui est comme une réponse du peuple fidèle à l’Amour blessé du Sauveur : « De l’oubli et de l’ingratitude des hommes, de votre délaissement au saint Tabernacle, des crimes des pécheurs : Nous vous consolerons, Seigneur ! »
En 1878, S. S. Léon XIII a élevé la confrérie de la Garde d’Honneur au titre d’Archiconfrérie pour la France et la Belgique, et en a fixé le centre au monastère de la Visitation de Bourg-en-Bresse (Ain). Depuis lors, les progrès de l’œuvre sont jalonnés, pour ainsi dire, presque chaque année, par la création d’un ou plusieurs centres d’Archiconfréries nationales, en Angleterre, en Italie, en Espagne, aux Etats-Unis, jusque sur les bords de l’Océan glacial comme sous le ciel de feu de la Cafrerie ou de Ceylan, etc., etc. Combien d’heures ont été sanctifiées, par ce moyen, dans la réparation et l’amour, par les millions de Gardes des vingt-deux archiconfréries qui forment à cette heure au divin Roi une couronne d’honneur !
Fondatrice de l’œuvre, l’humble Visitandine en fut également l’infatigable apôtre jusqu’à sa mort (1903) ; non seulement elle travailla, mais elle souffrit pour elle un véritable martyre. Ayant surtout en vue la réparation due aux douleurs et aux outrages infligés au Cœur de Jésus par les pécheurs, son amour lui inspira, au printemps
de 1882, la touchante pensée d’établir un cadran spécial, placé dans la clôture et surmonté de l’inscription : Mon Jésus, miséricorde ! On y inscrit les noms ou simplement les initiales des pécheurs recommandés et on fait pour eux des heures de garde supplémentaires. Les demandes d’inscription affluèrent d’une façon surprenante. Les cloîtres, les congrégations enseignantes et leurs enfants, les religieuses hospitalières et leur personnel, les grands et les petits séminaires, ainsi que bon nombre de personnes du monde, apportent chaque jour leur contingent à cette armée du zèle, laquelle, selon la parole de la Sainte de Paray, arrache à Satan un grand nombre d’âmes qu’il croyait déjà tenir.
Dans la Basilique de Montmartre, la 3e chapelle en continuant à remonter le collatéral de droite (entre le Bureau des messes et les Sacristies) est dédiée à Sainte Marguerite-Marie. Cette chapelle fixe l’attention par la richesse et par le fini de sa décoration. L’autel, en particulier, est un vrai chef-d’œuvre de l’art chrétien. Il a été offert par les Gardes d’Honneur du monde entier et consacré par Mgr l’Evêque d’Autun, au cours des grandioses solennités du 16 octobre 1919. Sur la porte du tabernacle, l’Agneau immolé, blessé au cœur. Au rétable, en beau relief, avec de vastes proportions, le cadran symbolique de l’œuvre, où les émaux et les ors de tons divers, employés à profusion, forment un ensemble parfait. Deux chérubins, aux ailes déployées, soutiennent d’une main le cadran, et de l’autre une banderole portant ces mots : Garde d’Honneur du Sacré Cœur, répondant à la devise de l’œuvre qui domine dans le haut : Gloire ! Amour ! Réparation ! Tout autour, une multitude d’anges semblent descendus du ciel pour adorer sans fin le Cœur blessé de Jésus et solliciter à tout instant sa miséricordieuse bonté, en faveur des justes et des pécheurs.
Que la terre Tout entière Forme la Garde d’honneur. Qu’elle chante, Triomphante : Gloire, Amour au Sacré Cœur !
Les imprimés de la Garde d’Honneur sont en dépôt, à Paris : 1° Aux Bureaux de la Basilique de Montmartre. 2° Chez MM. Boumard et fils, 15, rue Garancière. Cfr. Commentaires des Billets-Zélateurs. Avant-propos. 3e édit. Paris, Boumard, 1908. — Cinquantenaire de la fondation de la Garde d'Honneur. Bourg, 1913. — Manuel de l'Archiconfrérie de la Garde d'Honneur. Bourg, 1917. — Pour de plus amples détails, s'adresser au Monastère de la Visitation. Bourg-en-Bresse (Ain).
