II. Archiconfrérie de prière et de pénitence

« Dès le début de la formidable guerre, les regards des croyants se tournèrent vers le Sacré Cœur et vers son sanctuaire national, comme vers « l’espoir et le salut » de la France. A plusieurs reprises, l’Episcopat proclama cet espoir, dans des manifestations publiques, notamment aux fêtes du Sacré-Cœur de 1915, de 1916, de 1917, où tous les Evêques renouvelèrent la consécration de la France et de ses armées à ce Cœur divin et firent le vœu de célébrer solennellement sa fête chaque année au jour marqué par lui. Les pèlerinages à Montmartre devinrent plus fréquents et plus nombreux que jamais ; des milliers de fidèles y accouraient, pour supplier le Cœur de Jésus de protéger leurs soldats dans les combats et de nous donner la victoire. Les consécrations des familles au Sacré Cœur se multiplièrent par dizaines de mille. Dans les rangs de nos armées, et des armées italienne, britannique, canadienne, depuis les plus grands chefs jusqu’aux plus humbles soldats, des centaines de mille hommes se recommandèrent à lui et voulurent porter ses insignes. Répondant aux appels du zélé supérieur des Chapelains de Montmartre, plus de 300.000 membres nouveaux s’enrôlèrent, au cours de ces années, dans l’Archiconfrérie de prière et de pénitence Lettre pastorale de S. E. le Cardinal Amette, Archevêque de Paris, annonçant la consécration solennelle de l'église du Vœu national au Sacré Cœur. 15 août 1919. . »

Cette Association, si répandue aujourd’hui, remonte déjà à l’année 1870. Mgr Rivet, évêque de Dijon, avait établi dans l’église paroissiale de Saint-Michel, de sa ville épiscopale, une Confrérie de prière et de pénitence, en l’honneur du Cœur de Jésus. Les promoteurs de cette œuvre, convaincus que le monde coupable avait besoin de victimes pour obtenir grâce et miséricorde, ne cessaient de répéter que tant que les hommes ne pratiqueraient pas la mortification, en union avec Jésus-Christ, le bras de Dieu resterait levé pour les punir. Le plan, la forme, les pratiques de l’œuvre, avaient été indiqués d’une façon que l’on a tout lieu de croire surnaturelle, et avec un ordre, une suite, un enchaînement, des caractères de vérité capables de subjuguer les plus exigeants. En peu de temps, cette association de réparation et de pénitence, embrassée avec une incroyable ardeur par un nombre incalculable de chrétiens, devint un grand arbre, fort et vigoureux, dont les rameaux couvrent le monde entier. En 1894, le Souverain Pontife Léon XIII qui, depuis 1882, en avait autorisé le transfert dans la Basilique de Montmartre comme en son siège principal, l’enrichit de précieuses indulgences et l’érigea en Archiconfrérie universelle, pouvant agréger des membres et même des associations similaires dans le monde entier.

Cette Archiconfrérie, dit le texte latin du Bref d’institution, a été établie : in obsequium Sacratissimi Cordis Jesu ; c’est-à-dire, au sens étymologique du mot, non pas simplement en l’honneur du Cœur de Jésus, mais pour répondre à ses désirs, en gage d’absolue dépendance, en témoignage de soumission à toutes ses volontés.

Bossuet nous apprend, avec la vigueur et la netteté ordinaires de sa pensée et de sa parole, que « s’il y a des choses que Dieu veut que nous fassions par choix, il veut aussi qu’il y en ait d’autres que nous souffrions par nécessité 2e Sermon sur la Purification de la Sainte Vierge, Lebarq, t. V, p. 14. ». Nous ne nous sauverons sûrement que si nous participons dans une certaine mesure au sacrifice de l’Homme-Dieu. Il est des cas où il faut faire de nécessité vertu. Sainte Marguerite-Marie conseillait d’accueillir alors les peines, les afflictions ou les mortifications en disant : « Prends ce que le Sacré Cœur de Jésus t’envoie pour t’unir à lui Lettre 122e, à la Sœur de la Barge, 27 mai 1690. T. II, p. 193. Voir le Manuel à l'usage des membres de l'Archiconfrérie de prière et de pénitence. Aux Bureaux de la Basilique de Montmartre. . » C’est simple à retenir et c’est une perfection de le pratiquer.

En approuvant le règlement de l’Archiconfrérie, en 1894, le très pieux cardinal Richard ajouta ces mots à sa lettre d’envoi : « Je vous prie de m’inscrire parmi les Associés de la première série ; je choisis le vendredi pour mon jour de prière et de pénitence. » Quel admirable exemple et quelle leçon !

N. B. — L’image du Sacré Cœur, adoptée par l’Archiconfrérie de prière et de pénitence, est celle que S. E. le Cardinal de Paris, sauf de très légères modifications, a fait reproduire sur une large bannière, placée pendant les fêtes de la Consécration, au-dessus de l’exposition du grand autel. La Maison Bouasse-Lebel, 27-29, rue Saint-Sulpice, en a mis en vente de différents formats. — Voir Appendice II, p. 237.