La Béatification

Les fêtes de la Béatification furent célébrées à Rome le 18 septembre 1864. Tous les monastères de la Visitation les célébrèrent à leur tour l’année suivante. A Paray, on eut l’heureuse pensée de faire coïncider le triduum avec la fête du Sacré-Cœur. Les 23, 24 et 25 juin furent des journées inoubliables. La vieille basilique bénédictine était intérieurement revêtue des riches tentures de velours qui avaient décoré Notre-Dame de Paris Dans la porte latérale de la Basilique, qui s'ouvre dans le transept de gauche, et par conséquent du côté de la Visitation, on remarque un vaste encadrement où sont sculptées beaucoup de marguerites. L'inspiration est belle, et, au dire de M. Cucherat, presque prophétique : c'était vers 1140, donc plus de cinq cents ans avant Marguerite-Marie ! — Châtelet, Guide, 1897. pour le baptême du prince impérial. La Visitation avait transformé sa chapelle restaurée déjà depuis dix ans. Pendant ces grands jours il semblait qu’un coin du Ciel était descendu sur la terre. Plus de cent mille personnes vinrent s’agenouiller sur cette nouvelle terre sainte. Ce que Dieu avait promis était donc réalisé. L’Eglise de France était là, sous tous les yeux, vivante, fervente, renouvelée et réchauffée par les rayons du Sacré Cœur. La Bienheureuse montait sur les autels. Le Cœur de Jésus régnait, malgré tous ses ennemis. Il irradiait le monde Bougaud, Histoire, 1875, p. 432. !

A partir de ce moment, ce fut en France et dans tout le monde catholique, une véritable explosion de dévotion envers le Sacré Cœur, manifesté de mille manières : Érection de Confréries — il y en avait déjà plus de mille au milieu du XVIIIe siècle ; on ne dirait peut-être pas assez en centuplant le chiffre au milieu du XIXe ; — inaugurations de statues, d’autels, de chapelles dédiées au Sacré-Cœur ; Instituts, Congrégations d’hommes et de femmes, fondées sous son vocable ; collèges, pensionnats, écoles, asiles, orphelinats abrités sous son nom. Ce fut surtout à la suite de la désastreuse guerre de 1870, que tous les catholiques français se tournèrent d’instinct vers le Sacré Cœur.

En 1873, l’Esprit de Dieu, comme un vent violent, entraîna la France à Paray-le-Monial ; elle y fit entendre des cris de prière et de pénitence, qui ont eu un long retentissement dans le Cœur de Dieu. Quand les villes de France eurent creusé le sillon, la Belgique, la Hollande, l’Angleterre, etc., y passèrent à leur tour. Nul ne quittait Paray sans s’être agenouillé auprès de la châsse d’or où repose Marguerite-Marie, sans emporter quantité de souvenirs pieux Au monastère de la Visitation de Paray-le-Monial, on peut se procurer différents souvenirs pieux, difficiles à trouver ailleurs, comme des feuilles et du bois du bosquet de noisetiers, des photographies, des images, etc. S'adresser aux Sœurs tourières. , d’abord déposés sur la sainte châsse, comme pour les y imprégner de bénédictions. Et puis, tous ces pèlerins étaient avides de retrouver partout les traces de la Servante de Dieu. De là, le grand empressement pour visiter l’enclos du monastère, dont le désir unanime des pèlerins fit pour ainsi dire forcer les portes, le bosquet de noisetiers, la chapelle du jardin, la cour de la sacristie ou des séraphins. Sur le registre des messes, ouvert à la sacristie, le clergé de toutes les nations est venu s’inscrire : image de la catholicité de l’Eglise dans un même amour.

Ce qu’il importe de noter, c’est que, à la suite de l’élan donné en France en 1873, on s’est ému à l’étranger, dans tout le monde catholique, et l’on peut dire en vérité que toutes les nations sont venues en pèlerinage à Paray. Il serait impossible de donner une liste complète des innombrables petits cœurs en vermeil offerts par la piété des pèlerins, qui ornent les arcatures du sanctuaire, ainsi que celles de la nef. La difficulté serait la même, si l’on voulait énumérer les ex-voto en marbre, avec inscription or ou rouge, qui couvrent les murs de la pieuse chapelle.

Il serait non moins difficile de dresser la liste totale des bannières qui tapissent l’intérieur de la dévote église.

Tous les vendredis de l’année, à 7 heures moins un quart, la sainte Messe est célébrée au maître-autel de l’église de la Visitation aux intentions suivantes : 1er Vendredi : pour le retour des Eglises d’Orient à l’unité catholique (œuvre sainte due à l’initiative du célèbre comte russe Grégoire Schouvaloff, mort religieux Barnabite Mgr Baunard a tracé de main de maître l'attrayant portrait de cet illustre converti. (La Foi et ses victoires. Paris, de Gigord.) Le P. Schouvaloff lui-même a écrit de sa vie intime un récit admirable, que l'on a comparé aux Confessions de saint Augustin. (Ma Conversion et ma Vocation. Paris, Téqui.) ) ; 2e Vendredi, pour le Souverain Pontife et ses intentions ; 3e Vendredi, pour Monseigneur l’Evêque d’Autun ; 4e Vendredi, pour tous les Evêques de France.

La Canonisation

Dès l’année 1865, la Cause de Canonisation fut reprise. A la grande joie du monde chrétien, elle vient enfin d’aboutir, après cinquante-six ans d’attente. L’approbation des deux miracles requis La Congrégation des Rites classe les miracles en trois genres : 1° ceux qui paraissent exiger la puissance du Créateur et sont impossibles à toute nature créée, comme la résurrection d'un mort ; 2° ceux qui dépassent les forces humaines, mais ne sont peut-être pas impossibles à des êtres supérieurs à nous. Il faut, dans ces cas, appliquer tous les principes qui font distinguer les œuvres de Dieu des prestiges du démon ; 3° les faits que l'homme peut quelquefois produire par les secours de l'art, ou qui peuvent être l'effet des forces de la nature. Alors on exige des conditions très précises qui ne permettent pas de les confondre avec les effets de l'art ou le cours ordinaire de la nature. — Languet-Gauthey, 1890, p. 564. pour la canonisation eut lieu le 6 janvier 1918. Ces deux miracles sont : 1° la guérison instantanée et complète de Louise Agostini-Coleschi de Valle di Pompei, d’une méningo-myélite transversale chronique dans la région lombaire ; et 2° la guérison instantanée et complète de la comtesse Antonia Artorri, ancienne élève de la Visitation de Milan en 1863, veuve du député Pavesi mort en 1890, d’un néoplasme papillaire droit.

Enfin, le 13 mai 1920, jour de l’Ascension, au milieu de splendeurs incomparables, l’humble Marguerite-Marie fut solennellement placée au nombre des saints.

Pour conserver le souvenir de ce grand événement et en témoignage de sa toute particulière dévotion, Sa Sainteté Benoît XV a voulu que l’un des grands tableaux exécutés en mosaïque, qui surmontent la plupart des autels dans la Basilique Saint-Pierre, soit consacré à l’apparition de Notre-Seigneur manifestant son Cœur adorable à sainte Marguerite-Marie.

Ce tableau sera placé au-dessus de l’autel qui se trouve en face du monument d’Alexandre VII, dans la partie ouest du bas côté de gauche, autel appuyé à l’un des quatre énormes piliers sur lesquels repose la coupole de Saint-Pierre et qui supporte la très belle statue de sainte Véronique. Il remplacera le tableau peint par Vanni, représentant la chute de Simon le Magicien, — le seul de toute la basilique qui ne soit pas en mosaïque.

Le tableau destiné à servir de modèle à la mosaïque et peint sur toile par le comte Muccioli, directeur de la fabrique des ateliers de mosaïques au Vatican, a été exposé sur l’autel que nous avons dit, l’après-midi du 13 mai, le jour même où la bienheureuse Marguerite-Marie a été canonisée. L’exécution de la mosaïque demandera quatre années. On sait que ces tableaux, tels qu’on les voit dans la Basilique Vaticane, sont des œuvres d’art d’une finesse incomparable, d’un dessin parfait et d’une merveilleuse richesse de coloris.

Après l’effroyable guerre qui vient de bouleverser le monde entier, la Canonisation de l’humble Vierge de Paray est comme un pur et vivifiant rayon de soleil qui va réchauffer et embraser les âmes. Que sa prière nous obtienne de connaître et d’aimer le divin Cœur de notre Sauveur comme elle et avec elle !