Pérégrinations

Durant huit années, les religieuses vécurent isolées les unes des autres. Après le Concordat de 1801, elles commencèrent d’actives démarches pour rentrer en possession de leur monastère ; mais il avait été vendu comme bien national et partagé entre plusieurs propriétaires. Plus de vingt années se passèrent en tentatives inutiles. A la fin, vers 1817, une maison leur ayant été offerte à la Charité-sur-Loire, presque toutes se décidèrent à y aller Le monastère de la Visitation de Moulins, fondé en 1616 par la vénérable Mère Jeanne-Charlotte de Bréchard, troisième compagne de sainte Chantal, fut dispersé, comme tant d'autres, à l'époque de la grande Révolution de 1793. Il se reforma en 1818, à la Charité-sur-Loire (Nièvre), et y résida jusqu'en 1854. Transférées à Nevers les religieuses y vécurent heureuses jusqu'au 11 octobre 1907, où un décret de dissolution vint les frapper. Après avoir gagné successivement tous leurs procès, même à la Cour de Cassation et au Conseil d'Etat, la force armée vint les mettre à la porte de leur monastère et les obligea à prendre le chemin de l'exil. Elles sont réfugiées à Mons-en-Hainaut depuis le 4 février 1908. — En 1876, un nouveau monastère de la Visitation a été fondé à Moulins. Les bâtiments de l'ancien monastère font aujourd'hui partie du Lycée. . Et comme on voit au moyen âge que les moines, fuyant devant les incursions des barbares, mettaient sur leurs épaules les reliques de leurs saints, ainsi, en quittant Paray, elles résolurent d’emporter avec elles l’humble cercueil qui contenait les restes précieux de Marguerite-Marie.

La ville de Paray s’oppose au départ de la châsse

Mais à peine ce bruit fut connu dans la ville, qu’il y excita une émotion extraordinaire. Les magistrats intervinrent et mirent opposition au départ. Le maire alla jusqu’à faire apposer à la châsse en bois les sceaux de la ville, et, comme aux âges de foi, on monta la garde alentour. Les deux châsses demeurèrent alors quelque temps dans une tribune du transept de l’église paroissiale et ensuite dans la propre demeure du Curé. Les choses demeurèrent ainsi jusqu’au 16 juin 1823, où, sous la pression de l’opinion publique, et avec les secours de la charité, les Sœurs purent enfin reprendre possession de leur ancienne maison L'intégrité essentielle du monastère avait été conservée. On avait toujours respecté l'église publique, dans laquelle on entrait rarement. La chapelle du Sacré Cœur du fond du jardin n'avait pas subi d'autres dommages que ceux du temps. L'acquéreur, le sieur Brigaud, qui n'était rien moins qu'un bon chrétien, la respecta. Il y fit inhumer ses parents, et plus tard, il mit comme clause à la vente, l'obligation de n'en jamais retirer leurs cendres. — Cfr. Languet-Gauthey, p. 501, 525. . La ville entière reconduisit en procession les trois anciennes religieuses, qui étaient demeurées à Paray, gardant fidèlement l’humble châsse de Marguerite-Marie Parmi les prêtres qui assistaient à cette reprise de possession, se trouvait — c'est lui-même qui nous l'apprend — celui qui fut le premier curé de Semur-en-Brionnais (Saône-et-Loire) après la Révolution, l'heureux possesseur du tableau de la chapelle du jardin, M. François Bonnardel, l'un des plus grands serviteurs du Cœur de Jésus et l'un des plus zélés propagateurs de son culte. Ayant reçu de M. Hébert, supérieur général des Eudistes, qui fut massacré à la prison des Carmes, le 2 septembre 1792, une copie du Vœu de Louis XVI dont il était le confesseur, M. Bonnardel la publia dès que ce fut possible, après 1815, à la suite de son livre célèbre, qui avait paru pour la première fois en 1798, sous le titre d'Exercices de la dévotion au Sacré Cœur de Jésus, et qui eut plus de deux cents éditions. — Cfr. Languet-Gauthey, p. 584. — Bonnardel, édition de 1843. Lyon, Lesne. .