Puissance de son intercession

Déjà, sa renommée de sainteté faisait prévoir que ces ossements seraient un jour élevés aux honneurs des autels. Dans une lettre particulière de 1769, la Mère Françoise-Madeleine Lullier, supérieure de Paray, écrivait à ce propos : « Le recours que l’on a à ses intercessions est très fréquent et augmente la peine de nos Sœurs portières, tant pour faire toucher des linges à ses reliques que pour faire la distribution de petits pains, composés des cendres de son tombeau, que l’on ramassa soigneusement à cet effet, lorsque l’on releva son précieux corps. Le reste de ses reliques n’aurait pu suffire pour contenter la dévotion du public T. III, p. 187, note. . »

Plus on s’éloignait du jour de sa mort, par la succession du temps, plus le souvenir de la Vénérable Sœur, au lieu de s’effacer, se gravait profondément dans les esprits et dans les cœurs. Ses révélations n’étaient plus un secret pour personne et la dévotion au Sacré Cœur de Jésus se répandait de plus en plus. Les écrits de la Servante de Dieu passaient de mains en mains et animaient les âmes ferventes d’un saint zèle pour communiquer au loin les enseignements de la bien-aimée de ce divin Cœur.

Sa Vie, par Mgr Languet

La guérison subite et surprenante de Sœur Claude-Angélique Desmoulins, d’une paralysie de la moitié du corps, en 1713, fut un événement prodigieux qui excita un saint enthousiasme, non seulement parmi les habitantes du cloître, mais encore parmi les personnages les plus graves et qualifiés. L’illustre abbé Languet, alors vicaire général d’Autun Jean-Joseph Languet de Gergy était né à Dijon, le 25 août 1677, d'une famille qui avait fourni des membres distingués à la magistrature. Compatriote de Bossuet, il eut la bonne fortune de mériter l'estime et d'obtenir la bienveillance du grand évêque de Meaux, alors à l'apogée de sa gloire. En 1711, nous le trouvons vicaire général d'Autun, en résidence à Moulins. En 1712, il vint faire la visite canonique du monastère de Paray ; il s'en acquitta avec tant de dignité, de bonté et de piété, que la communauté le demanda pour supérieur. Louis XIV, qui avait discerné son mérite, ne tarda pas à l'appeler à l'évêché de Soissons en 1715. Il fut élu membre de l'Académie française en 1721, à la place du garde des sceaux d'Argenson. Transféré à l'archevêché de Sens en 1730, il y mourut le 11 mai 1753, âgé de 76 ans.

Dans le XVIIIe siècle, Languet tient le premier rang parmi les évêques, les docteurs et les écrivains ; les Jansénistes n'eurent pas de plus constant adversaire ; son œuvre restera immortelle.

Cfr. Languet-Gauthey. 1890. Préface.
, se donna des peines inouïes pour préparer la grande Procédure canonique de 1715 et entreprit d’écrire la Vie de la Vénérable Sœur, qu’il publia en 1729, sans se soucier de toutes les furies d’enfer déchaînées contre lui à cette occasion, surtout par les Jansénistes. Les fruits de salut opérés dans les âmes par la lecture d’une Vie si merveilleuse et si sainte, furent immenses. Le culte du divin Cœur faisait des progrès incessants. Les deux Causes, celle du Maître divin et celle de sa fidèle disciple, devaient marcher ensemble, d’un pas inégal, et finir par se rejoindre dans un triomphe commun.

A ce propos, la Mère Marie-Hélène Coing, supérieure de la Visitation de Paray en 1732, fait remarquer l’étonnante conduite de Dieu pour manifester sa fidèle amante et dit : « Une fille qui ne respirait que les humiliations et le désir d’un éternel oubli de toutes les créatures, est aujourd’hui connue, non seulement de toute la France, mais, comme on nous l’assure, de toute l’Europe. Les uns la jouent, les autres la louent, et ces sentiments si différents font voler son nom jusque dans les pays les plus éloignés ; et, contre l’attente de ceux qui se déclarent contre elle, leurs railleries les plus piquantes servent à la faire connaître et estimer des sages, et même de ceux qui n’ont pas tout à fait renoncé au bon sens. »