Elle veut faire brûler ses écrits
Sur le soir, une dernière pensée d’humilité commença à la préoccuper. Elle fit appeler la Sœur de Farges, qui avait été sa novice, et lui dit : « Je vous prie, ma chère Sœur, de brûler le cahier qui est dans une telle armoire, écrit de ma main, par ordre de mon confesseur, le R. P. Rolin, jésuite ; car il m’a défendu de le faire moi-même avant qu’il l’eût examiné. » — Ce cahier n’était autre que sa Vie écrite par elle-même. — La Sœur sentit le péril, et lui insinua doucement qu’il serait plus parfait d’en remettre la clef entre les mains de la supérieure et d’en faire un sacrifice à Dieu, à quoi elle consentit, quoique cela lui coûtât beaucoup.
Ses derniers instants
Une heure avant qu’elle expirât, elle fit appeler sa supérieure, à laquelle elle avait promis qu’elle ne mourrait point sans la faire avertir ; et comme celle-ci voulait envoyer chercher le médecin : « Ma Mère, dit Marguerite-Marie, je n’ai plus besoin que de Dieu seul, et de m’abîmer dans le Cœur de Jésus-Christ. » Elle pria la Sœur qui était près d’elle de ne la pas quitter et avertit qu’il était temps de lui donner l’Extrême-Onction. Le prêtre entre et commence la cérémonie. La Sainte se soulève pour présenter ses membres aux dernières onctions. A ce moment, deux Sœurs se précipitent pour la soutenir dans leurs bras, emportées par le seul mouvement de l’affection qu’elles avaient pour elle : c’étaient celles mêmes auxquelles Marguerite-Marie avait prédit qu’elle mourrait dans leurs bras C'était Sœur Françoise-Rosalie Verchère et Sœur Péronne-Rosalie de Farges. . A la quatrième onction, elle expira doucement dans leurs bras, en prononçant le saint nom de Jésus. C’était le 17 octobre 1690, environ les sept heures du soir. Elle était âgée de quarante-trois ans, deux mois et vingt-quatre jours, professe de dix-huit ans En 1690, l'infirmerie où mourut Marguerite-Marie se trouvait à l'angle intérieur formé par le bâtiment qui longe la rue et le côté perpendiculaire qui donne sur l'entrée du jardin. La fenêtre de la chambre occupée par la Bienheureuse est au-dessus de la seconde arcade. La petite cellule d'où cette sainte âme prit son essor vers les cieux a été transformée en une riche chapelle, où les artistes, sans rien changer au corps de l'appartement, ont couvert les murs de peintures et d'arabesques d'un grand fini. L'autel est en bois ; sur le devant on a peint l'effigie, telle qu'elle est dans la grande châsse. L'intérieur et les gradins à jour de cet autel ont été disposés pour recevoir et conserver avec un juste respect toutes les reliques et souvenirs de la Sainte autres que les ossements et le cerveau. — T. III, p. 174. — Hamon, Vie, p. 500. .
Ses funérailles
La mort de cette parfaite religieuse fit dans l’esprit de tout le monde ces impressions d’admiration et de piété qui suivent ordinairement la mort des justes dont la mémoire est en bénédiction, laissant une odeur universelle de sainteté. On entendait par toute la maison et par toute la ville : La sainte est morte ! Le concours du peuple fut si grand à ses funérailles, que les prêtres qui les faisaient furent souvent interrompus par le bruit de ceux qui demandaient qu’on fît toucher leurs chapelets à son corps. Les obsèques se firent le soir du 18 octobre. Les ecclésiastiques entrèrent dans la maison pour la sépulture. Imitant la dévotion du peuple, chacun de ces Messieurs voulut emporter quelque relique de la défunte : ils allèrent donc jusqu’à couper des morceaux de ses habits ou de son voile. Un d’eux, ayant enlevé le petit crucifix qu’elle tenait entre ses mains, refusa constamment de le rendre au monastère, disant que c’était le plus précieux trésor qu’il pût acquérir et laisser à sa famille Cfr. Les Contemporaines, t. I, p. 291-297. — Mgr Bougaud, p. 367-373.
Pour célébrer l'heureux moment où la Sainte, brisant ses liens mortels, s'abîma dans le Cœur de Jésus, chaque année, le 17 octobre, entre sept et huit heures du soir, la communauté se rend processionnellement à la chambre, convertie en chapelle, où elle rendit le dernier soupir. Après quelques prières dans lesquelles l'Institut a la plus grande part, la fête se termine par un cantique dont voici quelques lignes :
Dans les ardeurs du saint amour
Marguerite finit sa vie,
Le Ciel, avant la fin du jour,
A la terre l'aura ravie.
Ah ! dans le bienheureux séjour,
Allez, fidèle amante,
Vous, qui du Cœur sacré fûtes la confidente, etc. .