Le Cœur de Jésus régnera malgré Satan
« Ah ! que de bonheur pour ceux qui contribuent à le faire connaître et aimer ! Ils s’attirent par là l’amitié et les bénédictions éternelles de cet aimable Cœur. Pour vous, vous attirez un puissant protecteur pour notre patrie. Il n’en fallait pas un moindre pour détourner le fiel de la juste colère de Dieu sur tant de crimes qui se commettent. Mais j’espère que ce divin Cœur s’y rendra une source inépuisable de miséricorde… puisqu’il ne veut établir son règne nouveau parmi nous que pour nous départir plus abondamment ses grâces de sanctification et de salut Lettre 97, à la Mère de Saumaise, t. II, p. 424. . »
« Il régnera cet aimable Cœur, malgré Satan. Ce mot me transporte de joie et fait toute ma consolation… Il m’a fait voir cette dévotion de son Cœur adorable comme un bel arbre qu’il avait destiné de toute éternité pour prendre son germe et ses racines au milieu de notre Institut…, mais il veut ce divin Cœur que les Filles de la Visitation distribuent les fruits de cet arbre sacré avec abondance à tous ceux qui désireront en manger, sans craindre qu’il leur manque ; parce qu’il prétend, comme il l’a fait entendre à son indigne esclave, de redonner la vie à plusieurs par ce moyen, en les retirant du chemin de perdition, en ruinant l’empire de Satan dans les âmes, pour y établir celui de son amour, qui n’en laissera périr aucune de toutes celles qui lui seront consacrées pour lui rendre tous leurs hommages et amour d’une sincère et franche volonté, et lui en procurer selon l’étendue de leur pouvoir Marguerite-Marie ne devait pas être témoin sur la terre du triomphe complet du Sacré Cœur. La fête du Sacré Cœur fut bientôt célébrée en beaucoup d'endroits, avec l'autorisation des Ordinaires. Dès l'année 1689, on la célébrait à Dijon ; puis en 1693, à Mons, en Hainaut et à Aix en Provence ; en 1699, à Bordeaux, à Brioude, à Marseille, et avant la fin du XVIIe siècle, dans plusieurs autres lieux de la France et de l'étranger. L'évêque d'Autun, Mgr d'Hallencourt, sollicité par six monastères à la fois, n'accorda la permission de solenniser cette fête, avec Messe et Office propres, qu'en l'année 1713. En 1721, Mgr de Moncley, successeur de Mgr d'Hallencourt, ordonna enfin de célébrer la fête du Sacré-Cœur dans tout son diocèse. Ainsi se réalisait la prédiction de Marguerite-Marie qui avait souvent affirmé que le diocèse d'Autun serait le dernier où le Sacré-Cœur serait honoré, parce qu'elle s'y croyait un obstacle. — Ce ne fut qu'en 1765 que les Evêques de Pologne obtinrent de Clément XIII la concession d'un office propre et d'une messe du Sacré Cœur. Depuis lors, la fête du Sacré Cœur a été accordée à tous les pays et à toutes églises qui l'ont demandée ; elle fut étendue à l'Eglise universelle par Pie IX en 1856, et enfin, le 28 juin 1889, Léon XIII l'éleva pour l'Eglise universelle au rite double de première classe. — T. I, p. 276. — T. II, p. 414. .
Mais il ne veut pas s’en arrêter là : il a encore de plus grands desseins qui ne peuvent être exécutés que par sa toute-puissance, qui peut tout ce qu’elle veut.
Le Message au Roi et à la France
« Il désire donc, ce me semble, entrer avec pompe et magnificence dans la maison des princes et des rois, pour y être honoré autant qu’il y a été outragé, méprisé et humilié en sa Passion, et qu’il reçoive autant de plaisir de voir les grands de la terre abaissés et humiliés devant lui, comme il a senti d’amertume de se voir anéanti à leurs pieds. Et voici les paroles que j’entendis sur ce sujet :
« Fais savoir au fils aîné de mon sacré Cœur — parlant de notre roi — que, comme sa naissance temporelle a été obtenue par la dévotion aux mérites de ma sainte Enfance, de même il obtiendra sa naissance de grâce et de gloire éternelle par la consécration qu’il fera de lui-même à mon Cœur adorable, qui veut triompher du sien, et par son entremise de celui des grands de la terre. Il veut régner dans son palais, être peint dans ses étendards et gravé dans ses armes, pour les rendre victorieuses de tous ses ennemis, en abattant à ses pieds ces têtes orgueilleuses et superbes, pour le rendre triomphant de tous les ennemis de la sainte Eglise Lettre 100, à la Mère de Saumaise. Juin 1689, t. II, p. 436. Voir à la fin du chapitre, p. 193, la note B. . »
« Il faut poursuivre l’œuvre de Dieu sans désister, ni nous lasser, quelque obstacle et contradiction qui s’y puissent rencontrer, car il est assez fort et puissant pour les vaincre, et confondre ses ennemis ; mais ce divin Cœur n’est que douceur, humilité et patience, c’est pourquoi il faut attendre ; il saura bien faire chaque chose en son temps Lettre 104, à la Mère de Saumaise, t. II, p. 447. …… »
« Le Père éternel voulant réparer les amertumes et angoisses que l’adorable Cœur de son divin Fils a ressenties dans la maison des princes de la terre, parmi les humiliations et outrages de sa Passion, veut établir son empire dans la cour de notre grand monarque, duquel il se veut servir pour l’exécution de ce dessein qu’il désire s’accomplir en cette manière, qui est de faire faire un édifice où serait le tableau de ce divin Cœur pour y recevoir la consécration et les hommages du roi et de toute la Cour…… Comme Dieu a choisi le R. P. de la Chaise Pendant trois ans, de 1671 à 1674, le P. de la Colombière avait eu pour Recteur, au collège de la Trinité, à Lyon, le P. François d'Aix de la Chaise qui, en 1675, devint confesseur de Louis XIV et qui, en 1676, désigna lui-même au roi le supérieur de Paray comme prédicateur de la duchesse d'York. Il est donc plus que probable que son nom dut être prononcé plus d'une fois dans les entretiens des deux Serviteurs de Dieu. — Hamon, Vie, p. 438. pour l’exécution de ce dessein, par le pouvoir qu’il lui a donné sur le cœur de notre grand roi, ce sera donc à lui de faire réussir la chose, en procurant cette gloire à ce sacré Cœur de Notre-Seigneur Jésus-Christ…… Il me semble, ma chère Mère, que vous ferez chose fort agréable à ce divin Cœur, de vous servir du moyen qu’il vous a inspiré, d’écrire à ma très honorée Sœur la supérieure de Chaillot Depuis 1685, c'était la T. H. Mère Marie-Louise Croiset, d'une famille très illustre par ses alliances, ses charges, son opulence, et surtout par son honneur et sa piété héréditaires, qui gouvernait le célèbre monastère de Chaillot, fondé en 1651, par la reine d'Angleterre, Henriette de France, femme de Charles Ier. (Hamon, Vie, p. 438.) La Visitation de Chaillot, disparue, occupait l'emplacement des jardins du Trocadéro. (Pisani, L'Eglise de Paris et la Révolution, t. I, p. 323.) pour le dessein que Votre Charité nous marque… Lettre 107, à la Mère de Saumaise, 28 août 1689, t. II, p. 454. — Que se passa-t-il ? La Mère de Saumaise, comme elle le proposait à sa sainte fille, dut prendre pour intermédiaire la supérieure du monastère de Chaillot ; celle-ci ne put-elle réussir à mettre en cause le P. de la Chaise, ou bien le P. de la Chaise ne remplit-il pas sa mission ? le champ est libre aux hypothèses : ce qu'il y a de sûr, c'est que Louis XIV ne fit rien, au moins publiquement. Il est possible qu'il ait profité du Message pour sa piété privée, et qu'il ait trouvé des grâces pour triompher de son cœur. Nous serions portés à croire que Louis XIV reçut bien le Message, mais qu'il n'eut pas le courage de l'accomplir ; il ne nous semble pas téméraire de penser que, plus tard, quand la pieuse reine Marie Leczinska (1703-1768) déployait tant de zèle pour le Sacré Cœur, elle avait pour but d'accomplir, autant qu'il était en elle, le Message inexécuté au temps du grand roi. — Languet-Gauthey, p. 578.
On sait que le Dauphin, Louis, fils de Louis XV et de Marie Leczinska, fit ériger une chapelle du Sacré Cœur au palais de Versailles. Commencée du vivant de ce prince, elle fut achevée en 1773, après sa mort (1765), en vertu d'un legs de trente mille francs fait par lui. — Trésor du S. Cœur, t. I, p. 458. »