La chapelle du jardin

« Il faut vous dire une chose qui me donne bien de la joie : c’est que notre communauté a pris dévotion de se mettre particulièrement sous la protection de l’adorable Cœur de Jésus, et on lui fait édifier une chapelle toute dédiée à son honneur Lettre 53, à la Mère de Soudeilles, t. II, p. 330. — Cette chapelle, élevée dans le jardin du monastère, est en réalité le premier édifice élevé dans l'univers à la gloire du Cœur de Jésus. La bénédiction en fut faite le 7 septembre 1688, avec une solennité extraordinaire. La tradition rapporte que pendant les trois heures environ que dura cette pieuse cérémonie, Marguerite-Marie fut toujours immobile comme une statue, ravie et abîmée en Dieu.

Le tableau promis par la communauté, sur l'initiative de la Sœur des Escures, le 21 juin 1686, est une très belle peinture à l'huile de 1m80 de hauteur sur 1m40 de largeur. Au milieu d'un flot de lumière apparaît le Cœur de Jésus entouré d'une couronne d'épines, surmonté d'une croix et dardant des flammes ; de la blessure s'échappent des gouttes de sang. Dans le haut, quelques têtes d'anges, puis le Père éternel reposant sur des nuages ; d'une main il tient le globe terrestre, de l'autre il indique le divin Cœur avec une expression de tendresse très bien adaptée à la légende tracée sur une banderole et portant ces mots : Voici le Cœur qui vous a tant aimé. Le Saint-Esprit, sous la forme d'une colombe, plane sur le Sacré-Cœur. Des deux côtés et sur des nuages, des anges adorateurs indiquent, par leurs différentes attitudes, les sentiments de respect, de confiance et d'amour dont ils sont remplis.

Ce tableau, exécuté à Dijon pendant l'année 1687, d'après la miniature de la Mère Greyfié et sous la surveillance de la Mère de Saumaise, fut envoyé à Paray au commencement de 1688 et ensuite placé sur l'autel de la petite chapelle du jardin le 7 septembre de la même année, pour la bénédiction solennelle du nouveau sanctuaire. Il y demeura jusqu'à la Révolution. C'est maintenant l'église paroissiale de Semur-en-Brionnais qui a le bonheur de le posséder. La Visitation de Paray en a fait faire une copie très exacte qui remplace l'original dans la chapelle de l'enclos.

Le nouveau sanctuaire devint un lieu de constant pèlerinage pour la communauté, qui aimait à s'y rendre en procession les premiers vendredis de chaque mois, chantant les litanies du Sacré Cœur et renouvelant chaque fois un acte d'amende honorable et de consécration. Il n'est pas jusqu'à des personnes du monde qui, attirées vers cette modeste chapelle, mais ne pouvant y pénétrer, à cause de la clôture, se mettaient à genoux, à l'extérieur des murailles, poussées par un double sentiment de révérence et de confiance. Cet exemple fut imité, environ un siècle plus tard, par le plus admirable des pèlerins, saint Benoît-Joseph Labre. A sa sortie de Septfonds, en 1770, le noble pauvre de Jésus-Christ resta trois semaines dans l'ancien hôpital de Paray ; il y revint ensuite, à différentes reprises, au cours de ses nombreux pèlerinages. — Aujourd'hui, l'accès à ce mur de clôture a été supprimé, par mesure de précaution. Mais comme cette petite chapelle se trouve en ligne droite perpendiculaire avec l'église du monastère, qui empêche les pieux pèlerins, agenouillés devant l'autel des apparitions, de laisser courir leur pensée jusqu'à ce lieu des prédilections de Marguerite-Marie, dans lequel la Sainte aimait à « voyager » pour ceux qui se recommandaient à ses prières, et d'y solliciter sa protection pour tous les absents ? — Cfr. T. I, p. 254 ; t. II, p. 390 ; t. III, p. 195, 330. — Petite Vie, Paillart, 1890, p. 25.
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Vision du 2 juillet 1688

Le 2 juillet 1688, la chère Sœur Marguerite-Marie reçut de son divin Maître une grande consolation.

Ayant passé tout ce jour devant le très saint Sacrement, il lui fut représenté un lieu fort éminent, spacieux et admirable, avec au centre un trône de flammes dans lequel était l’aimable Cœur de Jésus avec sa plaie toute rayonnante. La très sainte Vierge était d’un côté, et saint François de Sales de l’autre, avec le saint Père de La Colombière. Et les filles de la Visitation paraissaient dans ce lieu, leurs bons anges à leurs côtés, qui tenaient chacun un cœur en main.

La sainte Vierge leur adressa de maternelles paroles, les invitant à l’amour du Sacré-Cœur et les engageant à le faire connaître au monde entier.

Elle parla aussi au Père de la Colombière, lui disant entre autres choses qu’il avait « grande part à ce précieux Trésor T. II, p. 405. Lettre 90, à la Mère de Saumaise. ».