Ses souffrances au temps du carnaval

  1. — « Votre dernière m’a été bien utile dans l’état pitoyable où je me suis vue réduite depuis environ les Rois. Il me semblait que l’on m’attachait à une croix très douloureuse, où j’ai souffert ce qu’il me serait bien difficile d’exprimer car je ne me connaissais pas moi-même, surtout les trois derniers jours de carnaval, où il me semblait être proche de ma fin. Mais comme la pensée me venait toujours que mes peines seraient adoucies en carême, je m’abandonnais à la volonté de mon Sauveur, qui voulait que je lui tinsse compagnie sur la Croix, où il demeurait seul dans ce temps de divertissements, où il n’y avait point pour moi, ni de consolation ou soulagement à mes maux, ne pouvant dormir ni manger ; et ne pouvant parler qu’avec une extrême violence Cfr. de Curley, Marie-Françoise de Saumaise. Lille, 1884, p. 239. — Hamon, Vie, Paris, 1909, p. 401. — Lettre 62, à la Mère de Saumaise, t. II, p. 348. . »

Désir ardent de la Communion

« Je ne puis m’empêcher de vous dire la grâce que je reçus le jour du vendredi saint, que me trouvant dans un désir ardent de recevoir Notre-Seigneur, je lui dis avec beaucoup de larmes ces paroles :

« Aimable Jésus, je me veux consommer en vous désirant, et ne vous pouvant posséder en ce jour, je ne cesserai de vous désirer ! »

Il vint me consoler de sa douce présence me disant :

« Ma fille, ton désir a pénétré mon Cœur si avant, que si je n’avais pas institué ce Sacrement d’amour, je le ferais maintenant pour me rendre ton aliment. Je prends tant de plaisir d’y être désiré, qu’autant de fois le cœur forme ce désir, autant de fois je le regarde amoureusement pour l’attirer à moi. »

Cette vue s’imprima si vivement en moi, que je souffrais une grande peine de voir mon Jésus si peu désiré dans cet auguste sacrement ; surtout quand on en parlait avec froideur et indifférence, ce m’était une peine insupportable Nous connaissons la date exacte de ce dialogue ineffable entre Jésus et Marguerite : c'était le 28 mars 1687, jour du Vendredi Saint. La Sainte en fait le récit à la Mère de Saumaise, dans une lettre écrite peu après l'événement, au commencement d'avril 1687. — T. II. Lettre 71, p. 363. (Voir à la fin du chapitre, page 192, note A.) . »