L’âme souffrante d’un religieux bénédictin
Une autre fois, comme j’étais devant le Saint Sacrement le jour de sa fête, tout d’un coup il se présenta devant moi une personne toute en feu, dont les ardeurs me pénétrèrent si fort, qu’il me semblait que je brûlais avec elle. L’état pitoyable où elle me fit voir qu’elle était en purgatoire, me fit verser abondance de larmes. Elle me dit qu’il était ce religieux bénédictin qui avait reçu ma confession une fois, qu’il m’avait ordonné de faire la sainte communion, en faveur de laquelle Dieu lui avait permis de s’adresser à moi pour lui donner du soulagement dans ses peines, me demandant, pendant trois mois, tout ce que je pourrais faire et souffrir ; ce que lui ayant promis, après en avoir demandé la permission à ma supérieure, il me dit que le sujet de ses grandes souffrances, était qu’il avait préféré son propre intérêt à la gloire de Dieu, par trop d’attache à sa réputation ; la seconde était le manquement de charité envers ses frères ; et la troisième le trop d’affection naturelle qu’il avait eue pour les créatures et le trop de témoignages qu’il leur en avait donné dans les entretiens spirituels, ce qui déplaisait beaucoup à Dieu.
Mais il me serait bien difficile de pouvoir exprimer ce que j’eus à souffrir pendant ces trois mois. Car il ne me quittait point, et du côté où il était, il me semblait de l’avoir tout en feu, mais avec de si vives douleurs d’en gémir et pleurer presque continuellement. Et ma supérieure, touchée de compassion, m’ordonnait de bonnes pénitences, surtout de discipline ; car les peines et souffrances extérieures que l’on me faisait souffrir par charité soulageaient beaucoup les autres, que cette sainteté d’amour imprimait en moi comme un petit échantillon de ce qu’elle fait souffrir à ces pauvres âmes. Et au bout de trois mois je le vis bien d’une autre manière ; car tout comblé de joie et de gloire, il s’en allait jouir de son bonheur éternel ; et, en me remerciant, il me dit qu’il me protégerait devant Dieu. Mais j’étais tombée malade, et comme ma souffrance cessa avec la sienne, je fus bientôt guérie T. II, p. 105. .