Elle reçoit l’ordre de demander la santé pour cinq mois

Et comme mes infirmités étaient si continuelles qu’elles ne me laissaient pas quatre jours de suite sans que je fusse malade, et une fois, comme je l’étais beaucoup et que l’on ne m’entendait presque pas parler, notre Mère me vint trouver le matin et me donna un billet, en me disant de faire ce qu’il contenait ; qui était qu’elle avait besoin de s’assurer si tout ce qui se passait en moi était de l’esprit de Dieu. Que si cela était, qu’il me mettrait dans une parfaite santé pendant cinq mois, [sans] que j’eusse besoin d’aucun soulagement pendant tout [ce] temps-là. Mais que si au contraire c’était de l’esprit du démon ou de la nature, je demeurerais toujours dans mes mêmes dispositions. Il ne se peut dire combien ce billet me fit souffrir ; d’autant que ce qui [y] était contenu m’avait été manifesté avant que de l’avoir lu. L’on me fit donc sortir de l’infirmerie avec des paroles telles que Notre-Seigneur les inspirait pour les rendre plus sensibles et mortifiantes à la nature. Je présentai donc ce billet à mon Souverain, lequel n’ignorait pas ce qu’il contenait. Et il me répondit :

« Je te promets, ma fille, que, pour preuve du bon esprit qui te conduit, je lui aurais bien accordé autant d’années de santé qu’elle m’a demandé [de mois], et même toutes les autres assurances qu’elle m’aurait voulu demander. »

Et droit à l’élévation du saint Sacrement, je sentis, mais très sensiblement, [que] toutes mes infirmités m’étaient ôtées, à la façon d’une robe que l’on m’aurait dévêtue, et laquelle serait demeurée suspendue. Et je me trouvai dans la même force et santé d’une personne très robuste, laquelle depuis longtemps n’aurait été malade, et je passai ainsi le temps que l’on avait souhaité, après lequel je fus remise dans les dispositions précédentes T. II, 111. — D'après une lettre de la Sainte à la Mère de Saumaise (Lettre 9), ce fut le 20 juin 1680, fête du Saint Sacrement, qu'eut lieu cette guérison. — Languet-Gauthey, p. 289. .