Grâce reçue un jour de l’Ascension
Comme on allait au chœur, un jour de l’Ascension 30 mai 1680. , pour honorer celui auquel Notre-Seigneur monta au Ciel, étant devant le Saint Sacrement, je me trouvai dans une grande quiétude qui produisit aussitôt une ardente lumière, qui renfermait en soi mon aimable Jésus qui, s’approchant de moi, me dit ces paroles :
« Ma fille, j’ai choisi ton âme pour m’être un ciel de repos sur la terre ; et ton cœur me sera un trône de délices à mon divin amour. »
Depuis, tout était calme en mon intérieur et j’avais encore crainte de troubler le repos de mon Sauveur. Je lui disais de temps en temps, parmi cette sainte familiarité qu’il me pressait d’avoir avec lui : — Mon Dieu ! parmi toutes ces caresses amoureuses, je ne puis oublier les injures que je vous ai faites, et que vous êtes tout et que je ne suis rien.
Marques pour discerner l’esprit de Dieu
Dans la crainte que j’ai toujours eue qu’il n’y eût quelque illusion dans les grâces que je recevais de Dieu, mon souverain Maître a bien voulu me donner certaines marques par lesquelles je pourrais aisément distinguer ce qui vient de lui d’avec ce qui vient du démon, ou de l’amour-propre ou de quelque autre mouvement naturel.
Premièrement, que ces grâces et faveurs particulières seront toujours accompagnées en moi de quelques humiliations, contradictions ou mépris de la part des créatures ;
Secondement, qu’après avoir reçu quelques-unes de ces communications divines dont mon âme est si indigne, je me sentirai plongée dans un abîme d’anéantissement et de confusion intérieure qui me ferait sentir autant de douleur dans la vue de mon indignité que j’ai eu de consolation par les libéralités de mon divin Sauveur, étouffant ainsi toute vaine complaisance et tout sentiment de propre estime ;
Troisièmement, que ces grâces et communications, soit pour moi, soit pour les autres, ne produiront jamais le moindre sentiment de mépris pour qui que ce soit. Et, quelque connaissance qu’il me donne de l’intérieur des autres, je ne les estimerai pas moins, quelque grandes que me paraissent leurs misères. Mais que tout cela ne me porterait qu’à des sentiments de compassion et à prier plus instamment pour eux.
Que toutes ces grâces quelque extraordinaires qu’elles soient ne m’empêcheraient jamais d’observer mes Règles et d’obéir aveuglément, mon divin Sauveur m’ayant fait connaître qu’il les avait tellement soumises à l’obéissance, que si je venais à m’éloigner tant soit peu, il se retirerait de moi avec toutes ses faveurs. Enfin que cet Esprit qui me conduit et qui règne en moi avec tant d’empire me porterait à cinq choses :
1° À aimer d’un amour extrême mon Sauveur Jésus-Christ ;
2° À obéir parfaitement, à l’exemple de mon Sauveur Jésus-Christ ;
3° À souffrir sans cesse pour l’amour de Jésus-Christ ;
4° À vouloir souffrir sans qu’on s’en aperçoive, s’il se peut, que je souffre ;
5° À avoir une soif insatiable de communion et d’être devant le Saint Sacrement.
Il me semble que toutes ces grâces, jusqu’ici, ont produit en moi tous ces grands effets. Au reste, je vois plus clair que le jour qu’une vie sans amour de Jésus-Christ, c’est la dernière de toutes les misères T. I, p. 266-268. . »