Tentations de désespoir, d’orgueil et de gourmandise

Je souffris pendant ce temps-là de rudes combats de la part du démon, qui m’attaquait particulièrement sur le désespoir, me faisant voir qu’une aussi méchante créature que moi ne devait point prétendre de part dans le paradis, puisque je n’en avais déjà point dans l’amour de mon Dieu, duquel je serais privée pour une éternité. Cela me faisait verser des torrents de larmes. D’autres fois, il m’attaquait de vaine gloire, et puis de cette abominable tentation de gourmandise : me faisant sentir des faims effroyables ; et puis il me représentait tout ce qui est le plus capable de contenter le goût, et cela dans le temps de mes exercices, ce qui m’était un tourment étrange. Et cette faim me durait jusqu’à ce que j’entrais au réfectoire pour prendre ma réfection, dont je me sentais d’abord dans un dégoût si grand, qu’il me fallait faire une grande violence pour prendre quelque peu de nourriture. Et d’abord que j’étais sortie de table, ma faim recommençait plus violente qu’a[u]paravant. Et ma supérieure, à qui je ne cachais rien de ce qui se passait en moi, pour la grande crainte que j’ai toujours eue d’être trompée, elle m’ordonna de lui aller demander à manger lorsque je me sentirais le plus pressée de la faim ; ce que je faisais avec des violences extrêmes, par la grande confusion que je sentais. Et au lieu de m’envoyer manger, elle me mortifiait et humiliait fortement là-dessus, en me disant, que je garderais ma faim pour la contenter lorsque les autres iraient au réfectoire. Après je demeurais en paix dans ma souffrance. Et on ne me laissa pas achever cette fois-là ma pénitence du boire ; mais après que j’eus obéi, l’on me fit recommencer ; et je passai les cinquante jours sans boire, et de même je passais les vendredis.

Je [me] trouvais toujours également contente, soit que l’on m’accordât ou refusât ce que je demandais ; pourvu que j’obéisse, cela me suffisait T. II, p. 98, 99. .

Elle tient la place du Roi devant le Saint Sacrement

Et mon persécuteur ne cessait de m’attaquer de toute part, à la réserve de l’impureté, dont mon divin Maître lui avait défendu, quoiqu’une fois il me fit souffrir des peines épouvantables, et voici comment. C’est qu’une fois ma supérieure me dit : « Allez tenir la place de notre roi devant le Saint Sacrement. » Et y étant, je m’y sentis si fortement attaquée d’abominables tentations d’impureté qu’il me semblait être déjà dans l’enfer. Et je soutins cette peine plusieurs heures de suite, et elle me dura jusqu’à ce que ma supérieure m’eût levé cette obéissance, en me disant, que je ne me tiendrais plus en la personne de notre roi, devant le Saint Sacrement, mais en celle d’une bonne religieuse de la Visitation. Aussitôt mes peines cessèrent là-dessus. Et me trouvai noyée dans un déluge de consolations, où mon Souverain me donna les enseignements de ce qu’il souhaitait de moi T. II, p. 99. .