Triomphe de la dévotion au Sacré Cœur
Le temps qu’il avait destiné pour cela étant arrivé, il disposa tous les cœurs de cette communauté, qu’il changea si bien, que de la grande opposition qu’on y avait l’année précédente, crainte de contrevenir à ce qui est marqué, il parut un changement merveilleux dans toutes, surtout dans celle même qui avait formé plus d’obstacles. Voici comme la chose arriva. Dieu voulut se servir, pour cette sainte entreprise, d’une Sœur ancienne, c’était ma Sœur Marie-Madeleine des Escures, qui était une règle vivante et qui est morte en odeur de sainteté. Cette sainte religieuse avait été jusqu’alors fort opposée à cette dévotion. Cela n’empêchait pas notre vénérable Sœur Alacoque de s’adresser à elle en toute occasion, par l’estime qu’elle faisait de sa vertu. Ma Sœur des Escures la vint trouver, le dernier jour de l’octave du Saint Sacrement [20 juin 1686] pour lui demander la petite image qu’elles avaient au noviciat, que la Très-Honorée Mère Greyfié lui avait envoyée pour la dévotion de ses novices Le 16 janvier 1686, la Mère Greyfié écrivait à Marguerite-Marie : « Vous verrez par celle que j'écris à la communauté à ce commencement d'année comme nous avons solennisé la fête auprès de l'oratoire où est le tableau du sacré Cœur de notre divin Sauveur, dont je vous envoie le dessin en miniature. Je fais faire une douzaine de petites images… « pour en faire les étrennes à nos chères Sœurs : « Claude-Marguerite… etc. » — Une miniature, c'est-à-dire un petit tableau fait avec des couleurs à l'eau de colle. Cette miniature fut aussitôt mise sur l'autel du noviciat, à la place de la petite image « crayonnée avec de l'encre » qui fut rendue à la sainte maîtresse.
A la fin de l'année 1686, Marguerite-Marie quittait son cher noviciat ; plusieurs de ses novices qui le quittaient avec elle, voulurent emporter la précieuse miniature et trouvèrent, pour la placer, un lieu retiré qui donnait sur l'escalier conduisant à la tour du noviciat, presque à la porte de la chambre de communauté. La niche carrée, ou fenêtre murée, dans laquelle les novices et amies de la Sainte exposèrent les touchants symboles de leur dévotion au sacré Cœur avait environ 80 centimètres de hauteur sur 60 centimètres de largeur, et la chapelle elle-même 2m20 cent. de hauteur sur 1m20 cent. de largeur. Les ferventes disciples du Sacré Cœur se plurent à l'embellir et à l'environner de plus en plus des témoignages de leur tendre piété. Plus tard, les novices y peignirent des cœurs, des étoiles, et autres symboles, comme si elles eussent voulu réunir tous les cœurs autour de ce Cœur sacré. Ces peintures se voient encore aujourd'hui. La miniature, remplacée peu après par une fine peinture à l'huile de 40 centimètres de hauteur sur 30 de largeur, a disparu depuis la Révolution et demeure absolument introuvable. Il en est de même du tableau de Semur, dont parle la Mère Greyfié. Quelle consolation pour les âmes pieuses, si on pouvait en retrouver les traces ! — Cfr. t. I, p. 252, 255, 604. — T. II, p. 331, 332. — Vie, Paray, 1914, p. 256.
N. B. — Les images que fit faire la Mère Greyfié, pour les donner à la sainte Maîtresse et à ses novices, semblent avoir été la représentation alors courante des cinq Plaies. On sait que cette représentation groupait tout, autour du Cœur percé, et qu'on avait ainsi, pour ainsi dire, l'image du Sacré Cœur avant la lettre : ce fut une des préparations providentielles à la dévotion. — Bainvel, La dévotion au Sacré Cœur de Jésus. Paris, Beauchesne, 1911, p. 44.
Le monastère de Semur-en-Auxois (Côte-d'Or), 60e de l'Ordre, avait été établi par celui de Dijon le 27 août 1633. Les Visitandines en furent expulsées vers la fin de septembre 1792. Dans cette pittoresque petite ville de Bourgogne, voisine du château de Bourbilly où vécut sainte Chantal pendant les neuf années de son mariage (1592-1601), il n'existe plus aucune trace de la fervente communauté qui s'y abrita pendant cent soixante ans et qui la première reçut ou plutôt pratiqua la dévotion au Sacré Cœur, alors contredite dans le lieu où elle était née. Combien on aimerait à savoir ce qu'est devenu le tout premier tableau du Sacré Cœur, dont la Mère Greyfié, alors supérieure, écrivait à sa sainte fille de Paray les paroles citées plus haut ! Tableau et miniature, qui ont joué un si grand rôle et qui ont inspiré toutes les premières compositions relatives à l'iconographie du Sacré Cœur, sont demeurés jusqu'à ce jour absolument introuvables. Le très digne Archiprêtre de Semur en recherche les traces avec une inlassable patience et réclame à cet effet les prières de tous ceux qui liront ces lignes. , disant qu’elle voulait en faire un petit autel au chœur, pour inviter les Sœurs à cette dévotion. Notre précieuse Sœur Alacoque fut charmée de cette proposition, mais dissimula la surprise où la mettait une telle entreprise, dont elle ne lui fit rien connaître, attendant avec patience quelle en serait l’issue, ne cessant de prier et de faire prier pour qu’elle fût heureuse.
La première fête du Sacré Cœur — 1686
Le lendemain [vendredi, 21 juin 1686], jour destiné à honorer ce divin Cœur, la Sœur des Escures ne manqua pas de porter une chaise, où elle mit un tapis fort propre, sur quoi elle posa cette petite miniature, qui était dans un cadre doré, qu’elle orna de fleurs et la mit ainsi devant la grille, avec un billet de sa main, pour inviter toutes les épouses du Seigneur à venir rendre leurs hommages à son Cœur adorable, et celles qui pourraient avoir quelque chose de Messieurs leurs parents, de le demander pour contribuer à en faire faire un tableau.
La surprise fut agréable ; mais elle le fut bien plus d’apprendre que celle qui faisait cette invitation était la même qui avait jusque-là animé toutes les autres pour s’y opposer fortement. Notre vénérable Sœur Alacoque eut la consolation entière de voir en un moment toutes les difficultés qu’il y avait, être changées d’une manière si admirable qu’elle ne cessait d’en bénir le Seigneur…
Cette dévotion ne fut pas établie — dans la communauté — que l’on vit un renouvellement de ferveur et de zèle pour la pratique des observances. Depuis ce temps, elle y a fait toujours de nouveaux progrès. Le Seigneur, pour faire connaître combien cette action lui avait été agréable, a répandu jusques à présent ses bénédictions sur cette communauté, d’une manière très particulière ; et, en peu de temps, donna les moyens de faire bâtir une chapelle qui est très belle Les Contemporaines, t. I, p. 252-255. …