Le Cœur de Jésus fournaise d’amour
Le premier jour il me présenta son sacré Cœur comme une ardente fournaise, où je me sentis jetée et d’abord pénétrée et embrasée de si vives ardeurs, qu’il me semblait m’aller réduire en cendres. Ces paroles me furent dites :
« Voici le divin purgatoire de mon amour, où il te faut purifier le temps de cette vie purgative ; puis je t’y ferai trouver un séjour de lumière et ensuite d’union et de transformation. » Ce qu’il m’a fait éprouver si efficacement pendant toute ma solitude, que je ne savais parfois si j’étais au ciel ou en la terre, tant je me sentais remplie et abîmée dans mon Dieu, ce qui me fit souffrir le premier jour, ne pouvant penser à mes péchés.
Douleur extrême de ses péchés
Mais la nuit du jour de ma confession, je me sentis réveiller, et d’abord tous mes péchés me furent représentés comme tout écrits que je n’eus qu’à les lire, en me confessant, mais avec tant de larmes et de contrition qu’il me semblait que mon chétif cœur s’allait fendre de regret d’avoir offensé cette bonté infinie qui ne laissait pas de se faire sentir sensiblement présente à mon âme. Pendant tout ce temps, ma douleur s’augmentait au delà de tout ce que je puis dire…
Mais après ces trois jours de vie purgative, j’ai été mise en un séjour de gloire et de lumière où moi, chétif néant, ai été comblée de tant de faveurs qu’une heure de cette jouissance est suffisante pour récompenser les tourments de tous les martyrs.
Elle doit être victime
Premièrement, il épousa mon âme en l’excès de sa charité, mais d’une manière et union inexplicables, changeant mon cœur en une flamme du feu dévorant de son pur amour, afin qu’il consume tous les amours terrestres qui s’en approcheraient ; me faisant entendre que m’ayant toute destinée à rendre un continuel hommage à son état d’hostie et de victime au très saint Sacrement, je devais en ces mêmes qualités lui immoler continuellement mon être par amour d’adoration, d’anéantissement et de conformité à la vie de mort qu’il a dans la sainte Eucharistie, pratiquant mes vœux sur ce sacré modèle, lequel est dans un tel dénûment de tout, qu’il est mis en état de recevoir de ses créatures tout ce qu’elles voudront lui donner et lui rendre.
Pauvreté, obéissance, pureté. — De même, par mon vœu de pauvreté, je ne dois pas seulement être dépouillée des biens et commodités de la vie, mais encore de tous plaisirs, consolations, désirs et affections de tout propre intérêt, me laissant ôter et donner comme si j’étais morte ou insensible à tout.
Qu’y a-t-il de plus obéissant que mon Jésus en la sainte Eucharistie ? où il se trouve à l’instant que les paroles sacramentelles sont prononcées, que le prêtre soit bon ou mauvais, ou quel usage qu’il en veuille faire, souffrant d’être porté en des cœurs souillés de péchés dont il a tant d’horreur. De même, à son imitation, il veut que je m’abandonne entre les mains de mes supérieures quelles qu’elles puissent être… Je veux donc obéir jusqu’au dernier soupir de ma vie pour rendre hommage à l’obéissance de Jésus en l’hostie, dont la blancheur m’apprend qu’il faut être une pure victime sans tache, pour le posséder pure, pour lui être immolée pure de corps, de cœur, d’intention, d’affection ; et pour se transformer toute en lui, il faut mener une vie sans curiosité, d’amour et de privation, me réjouissant de me voir méprisée et oubliée, pour réparer l’oubli et le mépris que mon Jésus reçoit dans l’hostie.
Silence, réfection, repos. — Mon silence intérieur et extérieur sera pour honorer le sien. Lorsque je parlerai, ce sera pour rendre hommage à cette parole du Père, ce Verbe divin qui est caché dans l’hostie.
Lorsque j’irai prendre ma réfection, je l’unirai à cette nourriture divine dont il sustente nos âmes dans la sainte Eucharistie, lui demandant que tous les morceaux soient autant de communions spirituelles qui m’unissent et me transforment toute en lui-même.
Mon repos sera pour honorer celui qu’il prend dans l’hostie ; mes peines et mortifications, pour réparer les outrages qu’il reçoit dans la sainte hostie.
Oraisons. — J’unirai toutes mes oraisons à celles que le sacré Cœur de Jésus fait pour nous dans l’hostie ; de même, l’Office divin, aux louanges que ce Cœur adorable y donne à son Père éternel, et en faisant la génuflexion, je penserai à celles que l’on lui faisait par dérision en sa Passion, et je dirai : Que tout fléchisse devant vous, ô grandeur de mon Dieu, souverainement abaissée dans l’hostie ! Que tous les cœurs vous aiment, que tous les esprits vous adorent et que toutes les volontés vous soient soumises ! et en baisant terre, je dirai : C’est pour rendre hommage à votre grandeur infinie que je baise terre, en confessant que vous êtes tout, et que je ne suis rien.
Dans toutes les actions. — En tout ce que je ferai ou souffrirai, j’entrerai dans ce sacré Cœur pour y prendre ses intentions, pour m’unir à lui et pour demander son secours. Après chaque action, je l’offrirai à ce divin Cœur pour réparer tout ce qu’il y trouvera de défectueux, surtout mes oraisons.
Lorsque je commettrai des fautes, après les avoir punies sur moi par pénitences, j’offrirai au Père éternel une des vertus de ce divin Cœur pour payer l’outrage que je lui aurai fait, afin d’acquitter ainsi peu à peu ma dette ; et le soir, je mettrai dans cet adorable Cœur tout ce que j’aurai fait le jour, afin qu’il purifie ce qu’il y aura d’impur et d’imparfait dans mes actions, pour les rendre dignes de les lui approprier et les mettre dans son divin trésor, lui laissant disposer de tout selon son désir ; ne me réservant que celui de l’aimer et le contenter…
Après tout ce que je viens de dire, je frémissais de crainte de ne le pouvoir mettre en pratique, et comme j’allais à la sainte communion, il me fit entendre qu’il venait lui-même imprimer dans mon cœur la sainte vie qu’il mène en l’Eucharistie, vie toute cachée et anéantie aux yeux des hommes, vie de mort et de sacrifice, et qu’il me donnerait la force de faire ce qu’il désirait de moi.