Les derniers sacrements pour la Sœur de Sennecé
Une autre fois, comme il y avait une de nos Sœurs C'est-à-dire une Sœur du petit habit, ainsi qu'on désignait alors les quelques jeunes enfants admises à demeurer au monastère comme pensionnaires. Conformément aux coutumes de l'Institut, cette institution avait le double but de former des femmes solidement chrétiennes et de fournir des sujets au monastère. Dès qu'une jeune fille annonçait des dispositions pour la vie religieuse, on la revêtait déjà d'un habit religieux, ce qui leur faisait donner le nom de « Sœurs du petit habit ». A cette époque, les plus illustres familles de Bourgogne avaient pris l'habitude d'envoyer leurs enfants à Paray. Nous connaissons trois des jeunes pensionnaires de 1674 : Françoise-Angélique de Damas de Barnay, qui prit l'habit à la Visitation de Paray, en 1679 ; Marie Chevalier de Montrouan de Saint-Etienne et Catherine Billet de Saint-Xavier, qui entrèrent chez les Ursulines de Paray. Toutes trois déposèrent au procès de 1715, et par elles, nous savons que quatorze pensionnaires se trouvaient alors sous la conduite de la Servante de Dieu.
Celle dont il est ici question, se nommait Antoinette-Rosalie de Sennecé. Enfant prédestinée, elle avait fait vœu de chasteté dès l'âge de sept ans. Elle n'en avait que treize lorsqu'elle mourut, le 26 avril 1684. Dans sa dernière maladie, elle eut la consolation de prononcer les trois vœux de religion conditionnels ; « c'est pourquoi, disent les Actes du monastère, elle a été inhumée avec l'habit de professe dans un caveau de notre sépulture. » — Cfr. t. I, p. 109 et 557 ; t. II, p. 188, 269, 384. — Hamon, Vie, p. 152. — Berry, Les monastères du diocèse d'Autun, p. 248. dans un sommeil léthargique, hors d’espérance de lui pouvoir faire recevoir les derniers sacrements, ce qui tenait la communauté dans une très grande peine, sur[tout] notre Mère, laquelle m’ordonna de promettre à Notre-Seigneur tout ce qu’il lui plairait me faire connaître désirer pour cela. Mais je n’eus pas plutôt accompli cette obéissance, que ce Souverain de mon âme me promit que cette Sœur ne mourrait point sans recevoir les grâces que nous lui souhaitions avec raison, pourvu que je lui promisse trois choses, lesquelles il voulait absolument de moi : la première, de ne jamais refuser d’emploi dans la religion ; la seconde, de ne point refuser d’aller au parloir ; ni d’écrire, qui était la troisième. A cette demande, je confesse que tout mon [être] frémit, pour grande répugnance et aversion que j’y sentais. Et je répondis : « O mon Seigneur ! vous me prenez bien par mon faible, mais je demanderai permission », laquelle ma supérieure me donna d’abord, quelque peine que je lui en pusse faire paraître, et il m’en fit faire une promesse en forme de vœu pour ne m’en pouvoir plus dédire ; mais, hélas ! combien d’infidélités n’y ai-je pas commises, car il ne m’ôta pas pour cela la peine que j’y sentais, qui a duré toute ma vie T. II, p. 193-196. , mais la Sœur reçut ses sacrements.
Grâces insignes dans la retraite de 1684
Dans ma solitude de l’année 1684, mon souverain Maître me fit la miséricorde de me départir ses grâces avec tant de profusion, qu’il me serait difficile de m’en exprimer. Pour obéir je dirai seulement ce mot : plusieurs jours avant que d’y entrer, mon Dieu m’en imprima tellement l’esprit et le désir, que tout mon être spirituel et corporel ne respirait que ce bonheur ayant si fortement retiré toutes mes puissances au dedans de lui-même, qu’il ne me restait plus de liberté que pour m’abandonner à cette souveraine puissance qui me tenait toute ensevelie au dedans de soi-même.