L’Ecce Homo du Carnaval

Et une autre fois, dans un temps de carnaval, c’est-à-dire environ cinq semaines devant le mercredi des cendres On ne s'étonnera pas de ces dernières paroles, si l'on se rappelle la définition du dictionnaire. Carnaval : temps destiné aux divertissements, depuis le jour des Rois ou Epiphanie, jusqu'au mercredi des Cendres, par imitation des bacchanales et des saturnales des anciens. (Dict. Larousse.) Aujourd'hui, en France, le Carnaval est généralement limité aux trois premiers jours de la semaine de Quinquagésime, et c'est pendant ce temps qu'a lieu, dans les églises, l'exposition solennelle du très Saint Sacrement, en esprit de réparation. , il se présenta à moi après la sainte communion sous la figure d’un Ecce Homo, chargé de sa croix, tout couvert de plaies et de meurtrissures. Son sang adorable découlait de toute part, disant d’une voix douloureusement triste :

« N’y aura-t-il personne qui ait pitié de moi et qui veuille compatir et prendre part à ma douleur dans le pitoyable état où les pécheurs me mettent, surtout à présent Ces plaintes si touchantes que Notre-Seigneur faisait entendre alors au moment du carnaval, il peut bien nous les adresser aujourd'hui à tout instant, au milieu du débordement effroyable de l'impiété et de l'immoralité dont nous sommes les témoins attristés. ? » Et je me présentai à lui, me prosternant à ses pieds sacrés avec larmes et gémissements, et me chargeant cette lourde croix sur les épaules, toute hérissée de pointes de clous ; et me sentant accablée sous ce poids, je commençai à mieux comprendre la grièveté et la malice du péché, lequel je détestais si fort dans mon [cœur] que j’aurais mille fois mieux aimé me précipiter dans l’enfer que d’en commettre un volontairement. « O maudit péché », disais-je, « que tu es détestable pour l’injure que tu fais à mon souverain Bien ! » lequel me fit voir que ce n’était pas assez de porter cette croix, mais qu’il fallait m’y attacher avec lui, pour lui tenir une fidèle compagnie en participant à ses douleurs, mépris, opprobres et autres indignités qu’il souffrait. Je m’abandonnai d’abord pour tout ce qu’il désirerait faire en moi et de moi, m’y laissant attacher à son gré par une maladie qui me fit bientôt sentir les pointes aiguës de ces clous dont cette croix était hérissée, par de très cuisantes douleurs, qui n’avaient pour compassion que des mépris et humiliations, et plusieurs autres suites très pénibles à la nature. Mais, hélas ! que pourrais-je souffrir qui pût égaler la grandeur de mes crimes, qui me tiennent continuellement dans un abîme de confusion, depuis que mon Dieu m’a fait voir l’horrible figure d’une âme en péché mortel, la grièveté du péché qui, s’attaquant à une bonté infiniment aimable, lui est extrêmement injurieux. Cette vue me fait plus souffrir que toutes les autres peines T. II, p. 114, 115.

Force pour jeûner le Carême

Ces dispositions de souffrance dont j’ai parlé ci-dessus me duraient ordinairement tout le temps de carnaval jusqu’au mercredi des cendres, qu’il semblait que j’étais réduite à l’extrémité, sans que je pusse trouver aucune consolation ni soulagement qui n’augmentât encore plus mes souffrances. Et puis, tout d’un coup, je me trouvais assez de force et de vigueur pour jeûner le carême ; ce que mon Souverain m’a toujours fait la miséricorde de faire, quoique je me trouvasse quelquefois accablée de tant de douleurs, qu’il me semblait souvent qu’en commençant un exercice, je n’y pourrais pas subsister jusqu’au bout ; et puis, de celui-[ci], j’en recommençais un autre avec les mêmes peines, disant : « O mon Dieu, faites-moi la grâce de pouvoir aller jusqu’à la fin », que je rendais grâce à mon Souverain de quoi il mesurait ainsi mes moments par l’horloge de ses souffrances, pour en faire toutes sonner les heures avec les roues de ses douleurs T. II, p. 116. .