La couronne d’épines
Allant une fois à la sainte communion, la sainte hostie me parut resplendissante comme un soleil dont je ne pouvais supporter l’éclat ; et Notre-Seigneur au milieu, tenant une couronne d’épines, laquelle il me mit sur la tête, un peu après que je l’eus reçu, en me disant :
« Reçois, ma fille, cette couronne, en signe de celle qui te sera bientôt donnée par conformité avec moi. » Je ne compris pas alors ce que cela voulait dire ; mais je le sus bientôt par les effets qui s’en suivirent de deux terribles coups que je reçus par la tête Elle était alors maîtresse des Sœurs du petit habit. Comme elle puisait de l'eau à l'intérieur du cloître, au puits du préau, le seau lui échappa étant plein, et retombant de tout son poids dans le puits, le bras de fer qui sert à faire marcher la roue, allant de grande raideur, la frappa sur la mâchoire. La violence du coup emporta plusieurs dents, tandis qu'un morceau de la joue, gros et long comme la moitié du doigt, pendait à l'intérieur de la bouche. Cette douleur et cette commotion, qui durent être excessives, ne firent que lui arracher ce cri : « Mon Dieu ! » Et, sans faire d'autre cérémonie, elle pria une des « Petites Sœurs » de lui couper ce morceau de chair. Ces enfants, effrayées, refusèrent. Alors, prenant elle-même ses ciseaux, elle coupa tranquillement la pièce. La plaie qui se forma dans la bouche lui donna bonne matière à souffrir.
Cet accident ne fut pas le seul. Elle reçut encore à la tête trois terribles coups : « L'un que portant deux cruches d'eau, elle tomba des escaliers qu'elle montait, donnant la tête contre l'escalier, y étant abouchée ; l'autre, une grosse perche lui tomba sur la même partie ; le troisième, un furieux coup qu'elle prit contre un travon. » — Cfr. Vie, Paray, 1914, p. 185. — T. I, p. 165, 198 ; t. II, p. 114. , en telle sorte qu’il me semble depuis avoir tout le tour de la tête entouré de très poignantes épines de douleur, dont les piqûres ne finiront qu’avec ma vie, dont je rends grâce infinie à mon Dieu, qui fait de si grandes grâces à sa chétive victime. Mais, hélas ! comme je lui dis souvent, les victimes doivent être innocentes, et moi je ne suis qu’une criminelle. Mais je confesse que je me sens plus redevable à mon Souverain de cette couronne précieuse que s’il m’avait fait présent de tous les diadèmes des plus grands monarques de la terre ; et d’autant plus que personne ne me la peut ôter, et qu’elle me met souvent dans l’heureuse nécessité de veiller et m’entretenir avec cet unique objet de mon amour, ne pouvant appuyer ma tête sur le chevet, à l’imitation de mon bon Maître, qui ne pouvait appuyer la sienne adorable sur le lit de la Croix ; cela me faisait sentir des joies et des consolations inconcevables, quand je me voyais quelque conformité avec lui ; et c’était par cette douleur qu’il voulait que je demandasse à Dieu son Père, par le mérite de son couronnement d’épines, auquel j’unissais la mienne, la conversion des pécheurs, et l’humilité pour ces têtes orgueilleuses dont l’élévation lui était si déplaisante et injurieuse T. II, p. 114. .