Son cœur doit être comme la lampe du sanctuaire
(Je priais Notre-Seigneur que mon cœur ne sortît pas de sa présence.) Il me dit un jour, faisant la génuflexion :
« Tu t’en vas donc sans cœur, car le tien ne sortira plus d’ici ; je le remplirai d’un baume précieux qui y entretiendra sans cesse le feu de mon amour. La bonne volonté doit être la mèche qui ne doit jamais finir. Tout ce que tu pourras faire et souffrir avec ma grâce, tu le dois mettre dans mon Cœur, pour y être converti en ce baume qui doit être l’huile de cette lampe, afin que tout y soit consommé dans le feu de mon divin amour. » Je tâchai de faire ce qu’il m’enseignait. « Ma fille, me dit-il, je prends tant de plaisir de voir ton cœur, que je veux me mettre en sa place et te servir de cœur. » Et cela se fit si sensiblement qu’il ne m’était pas permis d’en douter. Depuis ce temps, sa bonté me donne un si libre accès auprès de sa grandeur que je ne le peux exprimer. « As-tu perdu au change que tu as fait avec moi, me dit Notre-Seigneur, en me donnant tout ? Aie soin de remplir ta lampe et j’y allumerai le feu. » Me faisant jouir après ces paroles de ses caresses divines, mon âme en ressentait de si grands transports de joie qu’il me semblait qu’elle allait se séparer de mon corps. D’autres fois il me disait : « Prends bien garde de ne jamais laisser éteindre cette lampe ; car si une fois elle s’éteint, tu n’auras plus de feu pour la rallumer T. II, p. 152. . »
La disciple bien-aimée du Cœur de Jésus. — Mon Seigneur se présentant à moi me découvrit son Cœur amoureux : « Voici le Maître que je te donne, lequel t’apprendra tout ce que tu dois faire pour mon amour. C’est pourquoi tu en seras la disciple bien-aimée. » J’en ressentis une grande joie et ne savais quelle action de grâces en rendre à mon libérateur. Je me trouve si abandonnée à ce divin Maître d’amour que je n’ai pas le pouvoir de recourir ailleurs dans mes nécessités ou difficultés, pour grandes ou petites qu’elles soient. Je me tenais prosternée à ses pieds, en esprit, lorsque je ne le pouvais de corps dans tous mes exercices, lui faisant amende honorable pour tous les cœurs qui lui étaient consacrés, pour les injures qu’il en recevait, me tenant devant lui en qualité de la disciple bien-aimée de son Cœur qui était mon repos, ma retraite et ma force dans mes faiblesses, lorsque, me trouvant accablée de peine et de douleur, causées par sa sainteté de justice, qui me réduisait à deux doigts de la mort. Mais, lorsqu’il me voyait à cette extrémité, il me disait : « Viens prendre du repos, pour souffrir plus courageusement. » Je me sentais abîmée dans cette fournaise d’amour où je ne pensais plus qu’à l’aimer, m’en sentant des mouvements si forts et violents, qu’il me semblait que mon âme s’allait séparer de mon corps, qui se trouvait si lassé, que je ne pouvais mettre un pied devant l’autre. Il me fallait faire une violence continuelle, crainte qu’on ne s’en aperçût. Il me semblait que la tranquillité de la nuit n’était que pour me faire jouir des embrassements et amoureux entretiens de mon divin Époux, avec lequel les heures ne m’étaient que des moments. Quand je sens mes forces épuisées, je l’appelle à mon secours, lui disant : « Vous êtes ma force et mon soutien ! » Ce qu’il m’a fait sentir sensiblement T. II, p. 145. .
Participation au mystère du Crucifiement. — Un jour, pendant mon oraison, me sentant un grand désir de souffrir quelque chose pour Dieu, le considérant sur l’arbre de la croix, il me tenait fortement attachée à lui, me disant amoureusement :
« Reçois, ma fille, la croix que je te donne et la plante dans ton cœur, l’ayant toujours devant les yeux et la portant entre tes bras. Les plus rigoureux tourments qu’elle te fera, seront inconnus et continuels : une faim sans te rassasier, une soif sans te désaltérer, une ardeur sans rafraîchissement. » Et, ne pouvant comprendre ces paroles, je dis : « Mon Dieu, donnez-moi l’intelligence de ce que vous voulez que je fasse. — L’avoir dedans ton cœur, c’est qu’il faut que tout y soit crucifié ; l’avoir devant tes yeux, c’est qu’il faut être crucifiée en toute chose ; et la porter entre tes bras, c’est l’embrasser amoureusement toutes les fois qu’elle se présente, comme le plus précieux gage de mon amour que je te peux donner en cette vie. Cette faim continuelle des souffrances est pour honorer celle que j’avais de souffrir pour glorifier mon Père éternel. Cette soif sera de moi et du salut des âmes, en mémoire de celle que j’ai eue sur l’arbre de la Croix T. II, p. 154. . »