Le Cœur de Jésus parterre délicieux

Une autre fois que je me sentais dans une agonie douloureuse, mon Seigneur, m’honorant de sa visite, me dit :

« Entre, ma fille, dans ce parterre délicieux pour ranimer ton âme languissante. » Je vis que c’était son sacré Cœur, dont la diversité des fleurs était autant aimable que leur beauté était admirable. Après les avoir considérées sans oser les toucher, il me dit : « Tu peux en cueillir à ton gré. » Me jetant à ses pieds : « O mon divin amour, je n’en veux point d’autres que vous, qui m’êtes un bouquet de myrrhe que je veux porter continuellement entre les bras de mes affections. » — « Tu as bien su choisir, me dit-il, car toutes les autres fleurs sont passagères et ne peuvent longtemps durer en cette vie mortelle sans se flétrir. Il n’y a que la myrrhe que tu choisis qui puisse conserver sa beauté et son odeur, et cette vie est sa saison ; il n’y en a point dans l’éternité, elle y change de nom T. II, p. 151. . »

Elle porte pour une âme le poids de la sainteté de justice. — Sortant de l’oraison pour aller couper le pain Étant réfectorière. des épouses de mon Bien-Aimé qui me suivait avec un pesant fardeau qu’il voulait mettre sur mes épaules, qui auraient succombé sous le faix si lui-même n’avait été ma force ; il me dit :

« Si tu veux supporter le poids de ma sainteté de justice, je suis prêt de l’appesantir sur cette personne. »

Me la faisant voir, aussitôt je me jetai à ses pieds, disant : « Consommez-moi plutôt jusqu’à la moelle des os que de perdre cette âme qui vous a coûté si cher… » Et, me relevant de terre, chargée d’un poids qui m’accablait si fort que je ne pouvais me traîner, je me sentais brûlée d’un feu si ardent qu’il me pénétrait jusqu’à la moelle des os. Et me voyant réduite dans le lit, Dieu seul sait ce que je souffris ! Mes maux étaient grands et ne recevaient que de l’accroissement par les remèdes que l’on me faisait et le trop de soin que l’on avait de moi, qui aurais désiré de me voir délaissée de toutes les créatures, pour être conforme à mon amour crucifié.

Grande faim de la Sainte Eucharistie. — Je me sentais une si grande faim de le recevoir, que je ne savais que faire, sinon de m’en prendre à mes yeux par leurs larmes, ([ce qui] ne faisait qu’augmenter ma peine qui m’était représentée souvent par Celui-là même qui en était l’objet), semblable à celle des pauvres âmes du purgatoire [qui] souffrent de la privation du souverain Bien ; car, nonobstant cet ardent désir qui me consommait, mon divin Maître me faisait voir mon indignité à le loger dans mon cœur, ce qui ne m’était pas une moindre peine que la première qui me pressait de m’en approcher T. II, p. 148.

Horreur pour la communion indigne. — Une fois, après la sainte communion, il me dit : « Ma fille, lequel aimerais-tu mieux : me recevoir indignement, et, qu’après, je te donnerais mon paradis ; ou bien, te priver de la communion pour me voir plus glorifié, et après cette privation que l’enfer fût prêt à t’engloutir ? » Mais l’amour eut à l’instant fait le choix et la réponse, disant de la plus forte ardeur de mon cœur : « O mon Seigneur, ouvrez ces abîmes et vous verrez que le désir de vous glorifier m’y aura bientôt précipitée ! » tant je sentais de peine que ce pain de vie ne fût mangé indignement ; depuis surtout qu’il me fit voir le mauvais traitement qu’il recevait dans une âme où je le vis comme lié et foulé aux pieds et méprisé, me disant d’une voix triste : « Regarde comme les pécheurs me traitent ! » Une autre fois il me fit voir la posture qu’il tenait dans un cœur qui résistait à son amour. Il avait les mains sur ses oreilles sacrées et les yeux fermés, disant : « Je n’écouterai point ce qu’il me dit ni ne regarderai point sa misère, afin que mon Cœur n’en soit touché et qu’il soit insensible pour lui comme il l’est pour moi T. II, p. 150. . »

Pieuse pratique pour les vendredis. — Un vendredi, pendant la sainte messe, je me sentais un grand désir d’honorer les souffrances de mon Époux crucifié. Il me dit amoureusement :

« Je désire que, tous les vendredis, tu viennes m’adorer trente-trois fois sur la croix, qui est le trône de ma miséricorde, te prosternant humblement à mes pieds, tâchant de t’y tenir dans la même disposition qu’y était la Sainte Vierge au temps de ma Passion, les offrant au Père éternel avec les souffrances de mon divin Fils, pour lui demander la conversion de tous les cœurs endurcis et infidèles qui résistent au mouvement de ma grâce ; et ceux qui se voudront rendre fidèles à cette pratique, je leur serai favorable à la mort T. II, p. 154. . »

Dispositions pour trois exercices. — Une autre fois, il m’enseigna trois dispositions qu’il me fallait apporter en trois de mes exercices les plus importants. Le premier est la sainte messe, que je devais entendre dans la même disposition de la sainte Vierge au pied de la croix (la priant de nous obtenir la participation des mérites du sacrifice, de la mort et passion de son divin Fils, en qualité de son esclave, lui demandant la même grâce aux stations que je ferais au pied de la Croix). — Pour la sainte communion, il me faut demander les dispositions qu’elle avait au moment de l’Incarnation, tâchant d’y entrer le plus qu’il me sera possible par son intercession, disant avec elle : « Voici la servante du Seigneur : me soit fait selon sa parole ! » — Et, l’oraison, offrir les dispositions que la Sainte Vierge avait lorsqu’elle fut présentée au temple T. II, p. 155. .

Lorsque j’étais devant le Saint Sacrement, jouissant de la présence de mon Bien-Aimé et de ses divines caresses, si l’obéissance m’ordonnait de sortir, je le quittais sans résistance. « Peu m’importe, lui disais-je, à quoi vous m’occupiez, tout le temps est à vous et non à moi. C’est à vous de me le faire employer selon votre désir ; mais je laisse mon cœur en présence de votre divin Sacrement, pour aller faire votre volonté en vous sacrifiant la mienne. Oui, mon Souverain, il demeurera devant vous comme une lampe ardente qui se consume en vous honorant. Je supplie les ardents séraphins d’offrir à mon Dieu les saintes ardeurs dont ils brûlent, pour réparer mon peu d’amour, et celui de toutes les créatures. »