Plaintes de Jésus sur l’infidélité du peuple choisi

Un jour, comme je me levais du lit, il me semblait entendre une voix qui me disait : « Le Seigneur se lasse d’attendre ; il veut entrer dans ses greniers pour cribler son froment et séparer le bon grain d’avec le chétif… Mon peuple choisi me persécute secrètement et ont irrité ma justice, mais je manifesterai ses péchés secrets par des châtiments visibles, car je les criblerai dans le crible de ma sainteté pour les séparer d’avec mes bien-aimées. Et, les ayant séparées, je les environnerai de cette même sainteté qui se met entre le pécheur et ma miséricorde ; et depuis que ma sainteté l’a une fois environné, il lui est impossible qu’il se reconnaisse ; sa conscience demeure sans remords et l’entendement sans lumière et le cœur sans contrition, et meurt enfin dans son aveuglement. »

Me découvrant son Cœur amoureux tout déchiré et transpercé de coups :

« Voilà les blessures que je reçois de mon peuple choisi. Les autres se contentent de frapper sur mon corps ; mais ceux-ci attaquent mon Cœur qui n’a jamais cessé de les aimer. Mais mon amour cédera enfin à ma juste colère pour les châtier ces orgueilleux attachés à la terre, qui me méprisent et n’affectionnent que ce qui m’est contraire, me quittant pour les créatures, fuyant l’humilité pour ne chercher que l’estime d’eux-mêmes, et leur cœur restant vide de charité, il ne leur reste plus que le nom de religieux. » Et pendant ce temps je ne cessais de demander à mon Dieu une véritable conversion pour toutes ces âmes contre lesquelles sa justice était irritée, lui offrant les mérites de la vie, mort et passion de son Fils, mon Sauveur Jésus-Christ, pour satisfaction des injures qu’il avait reçues de nous, m’offrant à sa divine bonté pour souffrir toutes les peines qu’il lui plairait m’envoyer et même d’être anéantie et abîmée plutôt que de voir périr ces âmes qui lui ont coûté si cher II, p. 173. .

Une couronne de dix-neuf épines. — Mon Seigneur me fit voir un jour, après la sainte communion, une rude couronne composée de dix-neuf épines très piquantes qui perçaient son sacré Chef, ce qui me causa une si vive douleur que je ne pouvais lui parler que par mes larmes. Il me dit qu’il m’était venu trouver pour lui arracher ces rigoureuses épines, qui lui avaient été ainsi enfoncées par une épouse infidèle « qui me perce le cerveau d’autant d’épines autant de fois que par l’orgueil elle se préfère à moi ». Et ne sachant comment faire pour les tirer,… il me dit que ce serait par autant d’actes d’humilité, pour honorer ses humiliations. Mais n’étant qu’une orgueilleuse, je priai la supérieure d’offrir à Notre-Seigneur les pratiques d’humilité de la communauté, ce qui lui fut fort agréable ; car, après cinq jours passés, il m’en fit voir trois de qui il était beaucoup soulagé, et les autres demeurèrent encore fort longtemps T. II, p. 177. .

Rigueurs de la sainteté de justice. — Une fois, après avoir longtemps souffert sous le poids de la sainteté de Dieu, elle m’ôta la voix et les forces. J’avais tant de confusion de paraître devant les créatures, que la mort m’aurait été plus douce… Le Saint Sacrement, qui était tout mon refuge, me traitait avec tant d’indignation que j’y souffrais une espèce d’agonie ; et je n’y pouvais demeurer qu’en me faisant une extrême violence. Et si, hors les temps d’obligation, je m’en allais me présenter devant lui en disant : « Où voulez-vous que j’aille, ô divine Justice, puisque vous m’accompagnez partout ? J’entrais et sortais sans savoir ce que je devais faire et sans trouver de repos que celui de la douleur T. II, p. 180. .

Ecce Homo. — Après la sainte communion, il se présenta à moi comme un Ecce Homo, tout déchiré et défiguré, disant : « Je n’ai trouvé personne qui m’ait voulu donner un lieu de repos en cet état souffrant et douloureux. » Cette vue m’imprima une si vive douleur que la mort m’eût été plus douce mille fois que de voir mon Sauveur en cet état. Et il me dit : « Si tu savais qui m’a mis en cet état, ta douleur serait bien plus grande. Cinq âmes consacrées à mon service m’ont ainsi traité ; car j’ai été tiré à force de cordes dans des lieux fort étroits, garnis de tous côtés de clous et d’épines qui m’ont réduit de la sorte. »

Je sentis un grand désir de savoir l’explication de ces paroles, sur lesquelles Notre-Seigneur me fit entendre que la corde était la promesse qu’il nous avait faite de se donner à nous ; la force était son amour ; ces lieux étroits étaient ces cœurs indisposés ; ces pointes étaient l’orgueil. Je lui offris le cœur qu’il m’avait donné pour lui servir de repos. Dans ses lassitudes, il se présentait à moi dès que j’avais un moment, me disant de baiser ses plaies pour en adoucir la douleur II, p. 178. .

Religieux désunis. — Il me dit… Écoute bien ces paroles de la bouche de la vérité :

« Tous religieux séparés et désunis de leurs supérieurs se doivent regarder comme des vases de réprobation, dans lesquels toutes les bonnes liqueurs sont changées en corruption sur lesquelles le divin soleil de justice venant à darder, opère le même effet que le soleil luisant sur la boue. Ces âmes sont tellement rejetées de mon Cœur que plus elles tâchent d’en approcher par le moyen des sacrements, oraison et autres exercices, plus je m’éloigne d’elles, pour l’horreur que j’en ai. Elles iront d’un enfer à l’autre, car c’est cette désunion qui en a tant perdu et qui en perdra toujours davantage, puisque tout supérieur tient ma place, qu’il soit bon ou mauvais. C’est pourquoi l’inférieur pensant le heurter se fait autant de blessures mortelles en l’âme ; et après tout c’est en vain qu’il gémira à la porte de ma miséricorde ; il ne sera point écouté si je n’entends la voix du supérieur II, p. 175. . »