L’agonie au Jardin des Oliviers
Considérant attentivement mon Sauveur au jardin des Olives, dans une de mes oraisons, plongé dans la tristesse et agonie d’une douleur rigoureusement amoureuse, et me sentant fort pressée du désir de participer à ses angoisses douloureuses, il me dit amoureusement :
« C’est ici où j’ai plus souffert qu’en tout le reste de ma Passion, me voyant dans un délaissement général du ciel et de la terre, chargé de tous les péchés des hommes. J’ai paru devant la sainteté de Dieu qui, sans avoir égard à mon innocence, m’a froissé en sa fureur, me faisant boire le calice qui contenait tout le fiel et l’amertume de sa juste indignation, et, comme s’il eût oublié le nom de Père, pour me sacrifier à sa juste colère. Il n’y a point de créature qui puisse comprendre la grandeur des tourments que je souffris alors. C’est cette même douleur que l’âme criminelle ressent, lorsqu’étant présentée devant le tribunal de la sainteté divine qui s’appesantit sur elle, la froisse et l’opprime et l’abîme en sa juste fureur. »
Me disant ces paroles ensuite :
« Ma justice est irritée et prête de punir, par des châtiments manifestes, des pécheurs cachés, s’ils ne font pénitence ; et je te veux faire connaître lorsque ma justice sera prête à lancer ses coups sur ces têtes criminelles. Ce sera lorsque tu sentiras appesantir ma sainteté sur toi qui dois élever ton cœur et tes mains au ciel, par prières et bonnes œuvres, me présentant continuellement à mon Père, comme une victime d’amour, immolée et offerte pour les péchés de tout le monde ; me mettant comme un rempart et un fort assuré entre sa justice et les pécheurs, afin d’obtenir miséricorde, de laquelle tu te sentiras environnée lorsque je voudrai faire grâce à quel[ques]-uns de ces pécheurs. Ce sera pour lors que tu me dois offrir à mon Père éternel comme l’unique objet de ses amoureuses complaisances, en action de grâces de la miséricorde qu’il exerce envers les pécheurs. Tu connaîtras encore lorsque cette âme persévérera pour le Ciel, car je te ferai part de quelque petit échantillon de la joie que les Bienheureux en reçoivent dans le Ciel ; et le tout, par la communication de mon pur amour II, p. 162-63. .
Faveur extraordinaire. — Un vendredi, ayant reçu mon Sauveur, il mit ma bouche sur la plaie de son sacré Côté, m’y tenant serrée fortement l’espace de trois ou quatre heures avec des délices que je ne puis exprimer, entendant continuellement ces paroles : « Tu vois maintenant que rien ne se perd dans la puissance, et que tout se trouve dans ma jouissance. » Et je lui disais : « O mon amour ! je quitte de bon cœur tous ces plaisirs extrêmes pour vous aimer pour l’amour de vous-même, ô mon Dieu ! » les lui répétant autant de fois qu’il renouvelait ces divines caresses II, p. 174. .