Elle devra s’offrir comme victime pour une Communauté

« Mais auparavant, il faut que tu te rendes sa victime d’immolation, pour [que], avec son entremise, tu détournes les châtiments que la divine justice de mon Père armé de colère veut exercer sur une Communauté religieuse, [pour la] reprendre et corriger en son juste courroux. » Et me la faisant voir à la même heure avec les défauts particuliers qui l’avaient irrité et tout ce qu’il me fallait souffrir pour apaiser sa juste colère, ce fut lors que tout frémit en moi, et n’eus pas le courage de me sacrifier ; mais je dis que n’étant pas à moi, je ne pouvais le faire sans le consentement de l’obéissance. Mais la crainte que j’avais qu’on me le fît faire, me fit négliger de le dire ; mais il me poursuivait sans cesse et ne me donnait point de repos. Je me fondais en larmes, et me voyant enfin contrainte de le dire à ma supérieure, laquelle voyant ma peine, me dit de me sacrifier à tout ce qu’il désirait de moi, sans réserve. Mais, mon Dieu, ce fut alors que ma peine se redoubla encore plus fort, car je n’avais point le courage de dire oui, et je résistais toujours Il n'y a pas à le cacher, ni à l'atténuer. — c'est un fait historique, qui, d'ailleurs, tournera plus tard à la gloire du sacré Cœur — cette communauté pour laquelle Dieu exigeait que Marguerite-Marie s'offrît en victime, c'était la Visitation Sainte-Marie de Paray-le-Monial. Bien que régulière et « très observante », de graves défauts s'y étaient glissés : entre autres, on n'y pratiquait plus la charité et l'humilité au degré voulu pour les âmes religieuses. Et voilà pourquoi le rôle de celle que Notre-Seigneur choisissait pour apaiser sa colère devenait doublement délicat… surtout quand on songe qu'elle s'adresse à une communauté composée de Sœurs, issues en grand nombre de familles très illustres selon le monde. — Ceci se passa le soir du samedi 20 novembre 1677. Or, le 21 novembre, fête de la Présentation de la très sainte Vierge, les religieuses de la Visitation renouvellent leurs vœux solennellement : c'est par trois jours de retraite qu'elles se préparent à cette rénovation. — Cfr. Vie, Paray, 1914, p. 135-137. .

Quelques inconstances de ce fait. — Mais la veille de la Présentation, cette divine justice me parut armée d’une manière si terrible que j’en demeurai tout hors de moi ; et ne pouvant me défendre il me fut dit comme à saint Paul :

« Il t’est bien dur de regimber contre les traits de ma justice ! mais puisque tu m’as tant fait de résistance pour éviter les humiliations qu’il te conviendra souffrir par ce sacrifice, je te les donnerai au double ; car je ne te demandais qu’un sacrifice secret, et maintenant je le veux public et d’une manière et dans un temps hors de tout raisonnement humain, et accompagné de circonstances si humiliantes, qu’elles te seront un sujet de confusion pour le reste [de] ta vie, et dans toi-même, et devant les créatures, pour te faire comprendre ce que c’est que de résister à Dieu. »

Hélas ! je le compris bien en effet, car jamais je ne me vis en tel état : en voici quelque petite chose, mais non pas tout. Après donc l’oraison du soir Environ à cinq heures trois quarts. je ne pus sortir avec les autres, et je demeurai au chœur jusqu’au dernier coup du souper Environ six heures. dans des pleurs et gémissements continuels. Je m’en allai faire collation, car c’était la veille de la Présentation ; et, m’étant traînée à vive force à la Communauté Pendant les petites retraites qui précèdent les grandes fêtes, la récréation du soir est remplacée par une assemblée plus sérieuse. — Vie, Paray, 1914, p. 138. , je m’y trouvai si fortement pressée de faire ce sacrifice tout haut, en la manière que Dieu me faisait connaître le vouloir de moi, que je fus contrainte de sortir pour aller trouver ma supérieure, qui était malade pour lors. Mais je confesse que j’étais tellement hors de moi, que je me voyais comme une personne qui aurait pieds et mains liés, et à qui il ne resterait plus rien de libre en l’intérieur ni pour l’extérieur que les larmes que je versais en abondance, pensant qu’elles étaient la seule expression de ce que je souffrais ; car je me voyais comme la plus criminelle du monde, traînée à force de cordes au lieu de mon supplice. Je voyais cette sainteté de Dieu, armée des traits de sa juste colère, prête à les lancer pour m’abîmer, si me semblait, dans cette gueule béante de l’enfer que je voyais ouvert, prêt à m’engloutir. Je me sentais brûlée d’un feu dévorant qui me pénétrait jusqu’à la moelle des os, et tout mon corps dans un tremblement étrange ; et ne pouvais dire autre chose, sinon : « Mon [Dieu], ayez pitié de moi selon la grandeur de vos miséricordes ! » Et tout le reste du temps, je gémissais sous le poids de ma douleur, sans pouvoir trouver le moyen de me rendre vers ma supérieure que sur les huit heures, qu’une Sœur m’ayant trouvée, me conduis[it] vers elle ; et elle fut bien surprise de me voir en cette disposition, laquelle je ne pouvais pour lors exprimer ; mais je croyais, par surcroît de peine, que l’on la connaissait en me voyant, ce qui n’était pas.

Ma supérieure, qui savait qu’il n’y avait que la seule obéissance qui avait tout pouvoir sur cet esprit qui me tenait en cet état, m’ordonna de lui dire ma peine. Et aussitôt je lui dis le sacrifice que Dieu voulait que je lui fisse de tout mon être, en présence de la Communauté, et le sujet pour quoi il me le demandait ; lequel je n’exprimerai point, crainte de blesser la sainte charité, et en même temps le Cœur de Jésus-Christ, dans lequel cette chère vertu prend sa naissance ; c’est pourquoi il ne veut point qu’on l’intéresse tant soit peu sous quel prétexte que ce puisse être. Enfin, ayant fait et dit ce que mon Souverain désirait de moi, on en parlait et jugeait diversement C'est cette dernière phrase qui, dans sa concision, est le nœud de toute la question. Car, selon toute vraisemblance, elle signifie que Sœur Marguerite-Marie étant rentrée dans la chambre où la Communauté se trouvait réunie, avant de se séparer à huit heures demi-quart, et, en l'absence de la supérieure malade, l'assistante ayant posé la question d'usage : « Vos Charités ont-elles quelque chose à dire ? » à ce moment, quelque chose d'extraordinaire eut lieu. On vit sans doute la jeune et timide Sœur Alacoque tomber à genoux, et déclarer à haute voix qu'elle était chargée, de par la volonté divine, de réparer les fautes de toutes ses Sœurs. — Cfr. Vie, Paray, p. 140. ; mais je laisse toutes ces circonstances à la miséricorde de mon Dieu. Et je puis assurer, si me semble, que je n’avais jamais tant souffert ; non pas même quand j’aurais pu rassembler toutes les souffrances que j’avais eues jusqu’alors, et toutes celles que j’ai eues depuis et que toutes ensemble m’auraient été continuelles jusqu’à la mort, cela ne me semblerait pas comparable « par le sacrifice que tu m’as fait, pour rendre hommage à ce que j’endurai cette nuit Mgr Languet dit que la Mère de Saumaise, supérieure, avertie de tout, « envoya la Sœur assistante ordonner de sa part à toutes les religieuses, qui étaient encore assemblées pour réciter les Matines, — elles commencent à huit heures et demie — de faire la nuit même une certaine pénitence qu'elle leur prescrivit, — prendre la discipline — parce que Dieu était fort irrité. » Il ajoute que, tandis que les plus vertueuses se retiraient dans leurs cellules pour y pratiquer ce que la supérieure avait ordonné, les autres accoururent à l'infirmerie, où était encore la Sœur Alacoque, et il dépeint leur indignation sous de fortes couleurs. — Languet-Gauthey, p. 254. , de laquelle Notre-Seigneur voulut gratifier sa chétive esclave, pour honorer la nuit douloureuse de sa Passion, quoique ce n’en fût qu’un petit échantillon. L’on me traînait de lieu en lieu, avec des confusions effroyables Du temps de Marguerite-Marie, la Chambre des Assemblées était dans un corps de logis attenant au bâtiment de la chapelle et séparé des quatre côtés du cloître. On accédait à cette chambre, à la hauteur du premier étage, par quelques degrés et une petite galerie couverte, jetée comme un pont au-dessus de la petite cour des Séraphins. L'infirmerie était alors tout à l'opposé, au premier étage du cloître régulier ; il fallait donc descendre quelques degrés pour s'y rendre, en sortant de la chambre des assemblées. Ces détails topographiques, très gracieusement communiqués par la Visitation de Paray, aideront à mieux comprendre le récit de la Sainte. .

Cette nuit s’était donc passée dans les tourments que Dieu connaît, et sans repos jusqu’environ la sainte Messe, où il me semble que j’y entendis cette parole :

« Enfin la paix est faite, et ma sainteté de justice est satisfaite à celui que je fis au moment de mon Incarnation dans le sein de ma mère ; le mérite duquel j’ai voulu joindre et renouveler par celui que tu m’as fait La tradition du monastère de Paray-le-Monial est que, le matin du 21 novembre 1677, il n'y avait pas assez de confesseurs pour satisfaire à l'impérieux besoin qu'éprouvèrent les religieuses de se purifier sous l'absolution, avant de renouveler solennellement leurs vœux. — Vie, Paray, 1914, p. 144. , afin de l’appliquer en faveur de la charité, comme je te l’ai fait voir. C’est pourquoi tu ne dois plus rien prétendre en tout ce que tu pourras faire et souffrir, ni pour accroissement de mérite, pour satisfaction de pénitence ou autrement, tout étant sacrifié à ma disposition pour la charité. C’est pourquoi, à mon imitation, tu agiras et souffriras en silence, sans autre intérêt que la gloire de Dieu dans l’établissement du règne de mon sacré Cœur dans celui des hommes, auxquels je le veux manifester par ton moyen T. II, p. 84-87. . »

Mon Souverain [m’a] donné ces saints enseignements après l’avoir reçu ; mais il ne me sortit point de mon état souffrant, dans lequel je sentais une paix inaltérable, dans l’acceptation de tout ce que je souffrais et qui m’était montré que je devais souffrir jusqu’au jour du jugement, si c’était la volonté de mon Dieu, qui ne me fit plus paraître que comme un objet de contradiction, un égout de rebut, de mépris et d’humiliation, lesquels je voyais avec plaisir venir fondre sur moi de toute part, et sans recevoir aucune consolation du ciel ni de la terre.

Il semblait que tout conspirait à m’anéantir. J’étais continuellement interrogée, et le peu de réponse que l’on tirait de moi, comme par force, ne laissait pas de servir d’instrument pour augmenter mon supplice. Je ne pouvais ni manger, ni parler, ni dormir ; et tout mon repos et occupation n’était que de demeurer prosternée devant mon Dieu, dont la souveraine grandeur me tenait toute anéantie dans le plus profond abîme de mon néant, toujours pleurant et gémissant, pour lui demander miséricorde et détourner les traits de sa juste colère.

Et l’emploi où j’étais pour lors fournissant de continuelle occupation à mon corps et à mon esprit, me causait un tourment insupportable ; d’autant que, nonobstant toutes mes peines, mon souverain Maître ne me permettait pas d’en omettre la moindre, ni de m’en faire dispenser, non plus que de tous les autres devoirs et observances de mes règles, dans lesquels je sentais que la force de sa souveraine puissance me traînait comme une criminelle dans le lieu d’un nouveau supplice. Car j’en trouvais en tout lieu ; et je me trouvais tellement engloutie et absorbée dans ma souffrance, que je ne me sentais plus d’esprit ni de vie que pour voir et sentir ce qui se passait de douloureux à mon égard. Mais tout cela ne me causait pas le moindre mouvement d’inquiétude ni de chagrin, bien que parmi toutes ces peines l’on me conduisait toujours par ce qui était la plus opposé à la nature immortifiée et contraire à mes inclinations T. II, p. 87. .

Le réfectoire lui est un lieu de supplice. — Et l’on s’aperçut que je ne mangeais pas : l’on m’en fit des réprimandes, et ma supérieure et mon confesseur, lesquels m’ordonnèrent de tout manger ce que l’on me donnerait à table : obéissance qui me semblait bien au-dessus de mes forces ; mais Celui qui ne m’en laissait pas manquer dans le besoin me donna celle de m’y soumettre et de la faire [sans] excuse ni réplique, bien que je me visse contrainte d’aller rendre après le repas ce que j’avais pris de nourriture. Et comme cela dura fort longtemps, il me causa un si grand dévoiement d’estomac, avec beaucoup de douleur, que je ne pouvais plus rien garder du peu que je prenais, après que l’on eût trouvé bon de me changer [l’obéissance] que j’avais, en celle de ne manger que selon que je le pourrais. Et le manger, je l’avoue, m’a causé de rudes tourments depuis ce temps-là, allant au réfectoire comme à un lieu de supplice auquel le péché m’avait condamnée. Et quelque effort que je me sois fait pour manger indifféremment ce qui m’était présenté, je ne pouvais me défendre de prendre ce que je croyais le moindre, comme le plus conforme à ma pauvreté et mon néant, qui me représentaient continuellement que le pain et l’eau m’étant suffisant, tout le reste était superflu T. II, p. 88. .

On la tient pour possédée du démon. — Et pour en revenir à cette disposition souffrante qui ne discontinuait point, et qui s’augmentait toujours par des surcroîts fort sensibles et humiliants, — car l’on crut que j’étais possédée ou obsédée, et l’on me jetait force eau bénite dessus avec des signes de croix, avec d’autres prières pour chasser le malin esprit — mais Celui dont je me sentais possédée, bien loin de s’enfuir, me serrait tant plus fort à lui, en me disant : « J’aime l’eau bénite, et je chéris si fort la croix, que je ne peux m’empêcher de m’unir étroitement à ceux qui la portent comme moi et pour l’amour de moi. » Ces paroles rallumèrent tellement en mon âme le désir de souffrir, que tout ce que je souffrais ne me semblait qu’une petite goutte d’eau, qui allumait plutôt la soif insatiable que je sentais, que de la désaltérer…

Enfin ma supérieure ne sachant plus que faire de moi, me fit communier pour demander à Notre-Seigneur, par obéissance, de me remettre en ma première disposition. M’étant donc présentée à lui comme son hostie d’immolation, il me dit :

« Oui, ma fille, je viens à toi comme souverain sacrificateur, pour te donner une nouvelle vigueur, afin de t’immoler à de nouveaux supplices. » Ce qu’il fit, et je trouvai tout tellement changé, que je me sentais comme une esclave à qui l’on vient de redonner la liberté. Mais cela ne dura guère, car l’on commença à me dire que c’était le diable qui était l’auteur de tout ce qui se passait en moi, et qu’il me perdrait, si je n’y prenais garde, par ses ruses et illusions T. II, p. 89. .

Elle-même essaie de se soustraire à l’esprit qui la conduit. — Ce fut ici un terrible coup pour moi, qui avais eu toute ma vie crainte d’être trompée et de tromper les autres, sans pourtant le vouloir. Ce qui me faisait beaucoup pleurer, car je ne pouvais en aucune façon me retirer de la puissance de cet esprit souverain qui agissait en moi… Et je combattais quelquefois si fort que j’en restais tout épuisée de force ; mais mon Souverain se jouait de tout cela, et me rassurait si fort, qu’il dissipait toutes mes craintes au premier abord, me disant :

« Qu’as-tu à craindre entre les bras du Tout-Puissant ? Pourrait-il bien te laisser périr en t’abandonnant à tes ennemis, après m’être rendu ton père, ton maître et ton gouverneur dès ta plus tendre jeunesse, en te donnant de continuelles preuves de l’amoureuse tendresse de mon divin Cœur, dans lequel même j’ai établi ta demeure actuelle et perpétuelle ? Pour plus grande assurance, dis-moi quelle plus forte preuve tu souhaites de mon amour, et je te la donnerai. Mais pourquoi combats-tu contre [moi], qui suis ton seul, vrai et unique ami ? » Ces reproches de ma défiance me jetèrent dans un si grand regret et confusion, que je me proposai dès lors de ne jamais rien contribuer aux épreuves que l’on ferait de l’esprit qui me conduisait, me contentant d’accepter humblement et de bon cœur tout ce que l’on me voudrait faire T. II, p. 90. .

Nouvelle expression de sa répugnance à écrire sa vie. — O mon Seigneur et mon Dieu, qui seul connaissez la peine que je souffre en accomplissant cette obéissance, et la violence qu’il me faut faire pour surmonter la répugnance et confusion que je sens en écrivant tout ceci, accordez-moi la grâce de mourir plutôt que d’y mettre aucune chose que ce qui vient de la vérité de votre esprit, et qui vous donner[a] de la gloire, et à moi de la confusion. Et par miséricorde, ô mon souverain Bien ! qu’il ne soit jamais vu de personne que de celui que vous voulez qui l’examine, afin que cet écrit ne m’empêche pas de demeurer ensevelie dans un éternel mépris et oubli des créatures. O mon [Dieu] ! donnez cette consolation à votre pauvre chétive esclave. En même temps, ma demande reçut cette réponse :

« Abandonne tout à mon bon plaisir, et me laisse accomplir mes desseins sans te mêler de rien, car j’aurai soin de tout T. II, p. 90. »… Comme je me suis toujours sentie portée à aimer mon souverain Seigneur pour l’amour de lui-même, ne voulant ni désirant que lui seul, je ne me suis jamais attachée à ses dons, pour grands qu’ils fussent à mon égard ; et ne les prisais que parce qu’ils venaient de lui ; et je n’y faisais que le moins de réflexion que je pouvais, tâchant de tout oublier pour ne me souvenir que de lui, hors duquel tout le reste ne m’est rien. Et quand donc il a fallu accomplir cette obéissance, je croyais m’être la chose impossible de ne pouvoir parler de choses passées depuis tant de temps ; mais il m’a bien fait voir le contraire. Car, pour me donner facilité, il me fait ressentir sur chaque article la même disposition dont je parle. C’est ce qui me convainc qu’il le veut.

— Grâce à ses talents, à ses vertus, à son zèle, le P. de la Colombière avait fait beaucoup de bien dans l’ancienne Ile des Saints et gagné des âmes au culte du Sacré Cœur. Mais, au bout d’environ trois ans, l’ardeur et les succès de son zèle ayant provoqué les ombrages des protestants anglais, il se vit enveloppé dans un prétendu complot contre la sûreté de l’État, arrêté vers la fin du mois de novembre 1678, dans le palais même du duc d’York et conduit en prison. Il y passa tout un mois, durant lequel il contracta la maladie qui allait bientôt l’emporter. Dans les derniers jours de décembre, il fut condamné au bannissement et reconduit en France, où il aborda le 29 ou le 30 du même mois. —

Après s’être arrêté quelque temps à Paris, puis à Dijon où il revit la Mère de Saumaise, il demeura une dizaine de jours à Paray où il ne vit Marguerite-Marie qu’une fois, et rentra à Lyon où ses supérieurs lui confièrent la conduite spirituelle des jeunes scolastiques de la Compagnie. Au mois d’août 1681, il fut envoyé de nouveau à Paray, dont on espérait que le climat, très égal et très doux, à la fin de l’été et au commencement de l’automne, pourrait calmer un peu ses souffrances. Mais le séjour de la petite ville ne produisit pas sur la santé du saint religieux l’effet qu’on s’en était promis. Un changement d’air fut jugé nécessaire, et on résolut de le conduire dans son pays natal, à Vienne, en Dauphiné. La veille du jour fixé pour le départ, la Sœur Alacoque en ayant été informée, lui fit parvenir un billet avec ces simples mots : « Il m’a dit qu’il veut le sacrifice de votre vie ici. » L’humble religieux resta donc à Paray. Deux semaines étaient à peine écoulées, qu’il y rendait le dernier soupir, le 15 février 1682, premier dimanche de Carême. Depuis treize jours il avait 41 ans accomplis. Le lendemain, sur les dix heures du matin, Marguerite-Marie envoya à Mlle de Bisefranc, une des pénitentes du défunt, un billet qui lui disait : « Cessez de vous affliger, invoquez-le, ne craignez rien ; il est plus puissant pour vous secourir que jamais. » — Cfr. Deminuid, La Bienheureuse, 1911, p. 197-211. — T. I, p. 151. — Hamon, Vie, passim.