Sa supérieure la mortifie et lui refuse tout
Et pendant tout ce temps je ne me sentais pas, ni ne savais plus où j’en étais, lorsqu’on vint me retirer de là ; et voyant que je ne pouvais répondre, ni même me soutenir qu’avec grand’peine, l’on me mena à notre Mère ; laquelle me trouvant comme tout hors de moi-même, toute brûlante et tremblante, me jetant par terre à genoux, où elle me mortifia et humilia de toutes ses forces ; ce qui me faisait un plaisir et me donnait une joie incroyable. Car je me sentais tellement criminelle et remplie de confusion, que, quelque rigoureux traitement qu’on m’eût pu faire, il m’aurait semblé trop doux. Et après lui avoir dit, quoique avec une extrême confusion, ce qui s’était passé, elle se prit encore à m’humilier davantage, sans me rien accorder, pour cette fois, de tout ce que je croyais que Notre-Seigneur me demandait de faire, et ne traitant qu’avec mépris tout ce que je lui avais dit. Cela me consola beaucoup, et je me retirai avec une grande paix T. II, p. 72, 73. .
Et le feu qui me dévorait me jeta d’abord dans une grande fièvre continue ; mais j’avais trop de plaisir à souffrir, pour m’en plaindre, n’en parlant point jusqu’à ce que les forces me manquèrent, que le médecin connut qu’il y avait fort longtemps que je la portais ; et elle me dura encore plus de soixante accès. Et jamais je n’ai tant senti de consolation ; car tout mon corps souffrant d’extrêmes [douleurs], cela soulageait un peu l’ardente soif que j’avais de souffrir. Car ce feu dévorant ne se nourrissait ni contentait que du bois de la croix, de toute sorte de souffrances, mépris humiliations et douleurs, et jamais je ne sentais de douleur qui pût égaler celle que j’avais de ne pas assez souffrir : l’on croyait que j’en mourrais.
Les trois Personnes de la Sainte Trinité lui apparaissent. — Mais Notre-Seigneur me continuant toujours ses grâces, je reçus celle incomparable qu’i[l] me sembla pendant une défaillance qui m’avait pris, que les trois Personnes de l’adorable Trinité se présentèrent à moi, qui firent sentir de grandes consolations à mon âme.
Mais ne pouvant m’expliquer de ce qui se passa alors, sinon qu’il me sembla que le Père éternel, me présentant une fort grosse croix toute hérissée d’épines, accompagnée de tous les autres instruments de la Passion, il me dit :
« Tiens, ma fille, je te fais le même présent qu’à mon Fils bien aimé. » Et moi », me dit mon Seigneur Jésus-Christ :
« je t’y attacherai comme j’y ai été attaché, « et je t’y tiendrai fidèle compagnie. » Et la troisième de ces adorables Personnes me dit : « Que lui qui n’était qu’amour m’y consommerait en me purifiant. » Mon âme demeura dans une paix et joie inconcevable, car l’impression qu’y firent ces divines Personnes ne s’est jamais effacée. Ils me furent représentés sous la forme de trois jeunes hommes vêtus de blanc, tout resplendissants de lumière, de même âge, grandeur et beauté. Je ne compris pas alors, comme je l’ai fait dans la suite, les grandes souffrances que cela me signifiait T. II, p. 74. .
On l’oblige à demander la santé comme preuve de ses révélations. — Et comme l’on m’ordonnait de demander la santé à Notre-Seigneur, je le faisais, mais avec crainte d’être exaucée. Mais l’on me dit que l’on connaîtrait bien si tout ce qui se passait en moi venait de l’esprit de Dieu, par le rétablissement de ma santé ; après quoi l’on me permettrait ce qu’il m’avait commandé, tant au sujet de la communion des premiers vendredis, que pour veiller l’heure qu’il souhaitait la nuit du jeudi a[u] vendredi. Ayant représenté toutes ces choses à Notre-Seigneur par obéissance, je ne manquai pas de recouvrer aussitôt la santé. Car la très sainte Vierge, ma bonne Mère, m’ayant gratifiée de sa présence, me fit de grandes caresses, et me dit après un assez long entretien :
« Prends courage, ma chère fille, dans la santé que je te donne de la part de mon divin [Fils], car [tu as] encore un long et pénible chemin à faire, toujours dessus la croix, percée de clous et d’épines, et déchirée de fouets ; mais ne crains rien, je ne t’abandonnerai et te promets ma protection. » Promesse qu’elle m’a fait bien sentir depuis, dans le grand besoin que j’en ai eu.