Ingratitude du « peuple choisi » — Jubilé 1675-1676

Lorsque l’on eut fait l’ouverture du jubilé Le Jubilé de l'Année sainte, qu'on célébra à Rome en 1675, fut étendu au monde chrétien l'année suivante. — II, 141-43. , mon Jésus me faisant voir dans une sévérité de juge que ce n’était pas tant à cause des infidèles que sa justice était irritée que parce que son peuple choisi s’était révolté contre lui, et qu’il se servait de la privauté qu’il avait proche de lui pour le persécuter ; et que pendant qu’il lui avait été fidèle il avait toujours lié les mains de sa justice pour laisser agir [celles] de sa miséricorde. « Mais, s’il ne s’amende, je leur ferai sentir le poids de ma justice vengeresse, puisque une âme juste peut obtenir le pardon pour mille criminelles. »

Pendant Matines, il me disait continuellement : « Pleure et soupire sans cesse mon Sang répandu inutilement sur tant d’âmes qui en font un si grand abus dans ces indulgences ; qui se contentent de couper les mauvaises herbes qui sont crues dans leurs cœurs, sans jamais en vouloir ôter la racine. Mais, malheur à ces âmes qui demeurent souillées et altérées au milieu de la source des eaux vives, puisqu’[elles] ne seront jamais purgées ni désaltérées ! »

Et m’adressant à son sacré Cœur, je lui dis : « Mon Seigneur et mon Dieu, il faut que votre miséricorde loge ici toutes ces âmes infidèles, afin qu’elles s’y justifient pour vous glorifier éternellement. » Et il me dit intérieurement : « Oui, je le ferai, si tu m’en veux promettre un parfait amendement. — Mais, vous savez bien, mon Dieu, que cela n’est pas à mon pouvoir, si vous-même ne le faites, en rendant efficaces les mérites de votre sainte Passion. »

Il me fit connaître que la plus agréable prière que je pouvais faire pendant ce saint temps de jubilé c’était de demander trois choses en son nom.

La première : d’offrir au Père éternel les amples satisfactions qu’il a faites à sa justice pour les pécheurs sur l’arbre de la Croix, en le priant de rendre efficace le mérite de son Sang précieux à toutes les âmes criminelles à qui le péché a donné la mort afin que, ressuscitant à la grâce, elles le glorifient éternellement.

La deuxième : lui offrir les ardeurs de son divin Cœur pour satisfaire à la tiédeur de tant d’âmes lâches de son peuple choisi, en lui demandant que, par l’ardent amour qui lui a fait souffrir la mort, il lui plaise échauffer leur cœur tiède à son service et les embraser de son amour, afin qu’il en soit aimé éternellement.

La troisième : d’offrir la soumission de sa volonté à son Père éternel pour lui demander, par les mérites d’icelle, la consommation de ses grâces et l’accomplissement de toutes ses volontés II, p. 141-143. .