Le Chrisme à la lance. Clé de voûte de la première église de la Grande Chartreuse. 1375.

Bandeau décoratif avec ostensoir

III — Les grandes Révélations du Sacré-Cœur.

1673-1675

Dans la direction ordinaire du monde, la Providence semble s’être fixé une loi qu’elle n’enfreint jamais. Du commencement à la fin, ou d’une frontière à l’autre, selon l’énergique expression du livre de la Sagesse (VIII, 1), elle atteint toutes choses avec force, et pourtant les conduit avec douceur. Tout se tient dans son œuvre, tout s’y enchaîne, sans rupture, ni heurt. Cette loi providentielle, on la retrouve dans la suite des Révélations faites à sainte Marguerite-Marie. Le Cœur sacré de Jésus ne se manifeste que peu à peu. Durant près d’un an et demi, de la fin de décembre 1673 au mois de juin 1675, Notre-Seigneur apparut à plusieurs reprises à l’humble Visitandine, ajoutant chaque fois quelque trait, quelque couleur nouvelle au tableau qu’il lui avait d’abord présenté. Et comme ces apparitions successives forment un tout homogène et font corps les unes avec les autres, comme elles se complètent, se précisent et s’éclairent par leur rapprochement, il a semblé bon de les grouper toutes ensemble sous les yeux du lecteur et de les exposer sans interruption.

Les principales apparitions, relatives à la dévotion ou au culte du Sacré Cœur, eurent lieu à la chapelle, c’est-à-dire, tandis que Sœur Marguerite-Marie, en adoration devant le saint Sacrement, était en prières, derrière la grille des religieuses. Parfois, le saint Sacrement était alors exposé sur l’autel.

Dès 1633, la Mère de Lingendes avait entrepris de bâtir l’église du couvent, qui fut alors dédiée à saint Joseph. Elle est la même encore aujourd’hui, pour la plus grande joie des yeux et du cœur des pèlerins. D’habiles remaniements ont bien pu lui donner un air de jeunesse, mais c’est toujours le cher monument de 1633 et de 1673, avec ses murs antiques et les vénérables souvenirs qu’ils rappellent.

Une petite cour close et dallée conduit à la porte de la chapelle. Quatre colonnes soutiennent le cintre. Un linteau formant cordon porte la Cène sculptée en bas-relief dans le développement du tympan ; au-dessus l’inscription suivante : En cette église, Notre-Seigneur révéla son Cœur à la B. Marguerite-Marie. Au-dessus, une rosace à huit baies présente les armoiries de la Visitation telles qu’elles furent reçues et enregistrées en 1698 à l’armorial général de Bourgogne. Plus haut, au point de jonction des arcatures, une grande statue du Sacré Cœur est placée dans une niche. Du sommet du fronton s’élève dans les airs une croix couronnée.

La nef de la chapelle est divisée en trois travées. De chaque côté, deux pilastres et deux demi-pilastres portent toute l’architecture. Deux chapelles latérales situées en haut de la nef, à droite et à gauche de la table de communion, et un peu au-dessous, sont dédiées, celle de gauche à saint Joseph et celle de droite à saint François de Sales.

L’humble autel des divines apparitions, devant lequel notre Sainte a tant prié, n’existe plus. On en perd la trace depuis l’époque des grandes réparations faites à l’intérieur de la chapelle, vingt ans environ après la mort de Marguerite-Marie. Il fut alors remplacé par un autre autel, orné d’un immense rétable en bois doré et sculpté, dans le goût du XVIIIe siècle. La Révolution mit aux enchères cette superbe boiserie et l’adjugea, pour un prix dérisoire, à un acquéreur qui s’en dessaisit ensuite. Elle remplit aujourd’hui le sanctuaire de l’église paroissiale de Saint-Aubin-en-Charolais. Le splendide autel en marbre blanc richement sculpté que l’on voit actuellement, a été consacré le 17 septembre 1856, par Mgr de Dreux-Brézé, évêque de Moulins. Cet autel est à jour : les petits arcs vides qui garnissent le devant sont munis de grillages fleuris qui s’enlèvent à volonté et laissent voir la châsse de la Sainte qui y repose du 18 octobre jusqu’à Pâques de chaque année.

La grande grille des religieuses — laquelle n’est plus la même qu’au temps de Marguerite-Marie, mais se trouve toujours à la même place — supporte un nombre considérable de petits cœurs en vermeil, disposés sur plusieurs lignes. Une inscription en lettres rouges, placée au-dessus de la grille, rappelle en ces termes les grandes choses qui s’y sont accomplies : En ce saint lieu Notre-Seigneur révéla les richesses et les désirs de son Cœur à notre Bienheureuse Sœur Marguerite-Marie.

En face du chœur des religieuses s’ouvre la chapelle de la Sainte-Vierge. Elle remplace l’ancienne chapelle du Sacré-Cœur élevée en 1721 par la Mère Anne-Élisabeth de la Garde et renversée à l’époque de la Révolution. Elle avait été bénie le 20 juin 1721, jour où le diocèse d’Autun célébrait sa première fête du Sacré Cœur. Le tableau placé au-dessus de l’autel est encore conservé à l’intérieur du monastère.

Dans la même chapelle, appliqués aux murs de droite et de gauche, deux autres autels ont été disposés pour la plus grande commodité des prêtres-pèlerins. Celui de droite, adossé au mur de la sacristie, est dédié à Saint-Paul, patron de l’apostolat de la Presse ; il a été offert par la Presse catholique, sur l’initiative de M. le chanoine Schorderet, fondateur de la Société de Saint-Paul, éditrice du présent opuscule : il fut consacré par Mgr Mermillod, alors Vicaire apostolique de Genève et ensuite cardinal. L’autre autel, placé sous le vocable de Saint-Jean, est le don de l’Association de la Communion réparatrice, et a eu pour consécrateur le Cardinal Boyer, archevêque de Bourges, enfant de la cité du Sacré Cœur Cfr. Vie et Œuvres, t. III, p. 181. — Hamon, Vie, 1909, p. 74. — Vie, Paray. 1914. — Letierce, 1890, t. I, p. 331. — Châtelet, Guide, 1897, p. 38, 52. — Chaumont, Guide 1890, p. 5, 8. — Cucherat, Les saints pèlerinages. — Huguet, Guide, 4e éd. — L. Aubineau, Paray-le-Monial, 1873. — Berry, 1897, p. 117, 140. .