Elle garde l’ânesse et l’ânon pendant sa retraite de profession

Je ne me souciais plus ni du temps ni du lieu, depuis que mon Souverain m’accompagnait partout. Je me trouvais indifférente à toutes les dispositions que l’on pût faire de moi, étant bien sûre que s’étant ainsi donné à moi sans aucun mien mérite de ma part, mais par sa pure bonté, et que, par conséquent, on ne me le pourrait pas ôter, cela me rendait contente partout. Ce que j’expérimentai lorsqu’on me fit faire la retraite de ma profession A la Visitation, l'usage est de faire précéder la Profession d'une retraite ou solitude de dix jours. — II, 127. , en gardant une ânesse avec son petit ânon dans le jardin La Mère de Saumaise, d'une santé délicate, avait besoin de lait d'ânesse. — Hamon, Vie, p. 94. , laquelle ne me donnait pas peu d’exercice, car on ne me permettait pas de l’attacher, et on voulait que je la retinsse dans un petit coin que l’on m’avait marqué, crainte qu’elle ne fît du mal ; et ils ne faisaient que courir. Je n’avais point de repos jusqu’aux Angelus du soir, que je venais souper : et puis je retournais pendant une partie de Matines dans son étable pour les faire manger. Et je me trouvais si contente dans cette occupation, que je ne me serais point souciée quand elle aurait duré toute ma vie ; et mon Souverain m’y tenait une si fidèle compagnie, que toutes ces courses qu’il me fallait faire ne m’empêchaient point ; car ce fut là que je reçus de si grandes grâces, que jamais je n’en avais expérimenté de semblables ; surtout ce qu’il me fit connaître sur le mystère de sa sainte mort et Passion Une tradition orale du monastère a conservé un souvenir précieux qui donne lieu d'admirer la familière bonté du divin Maître pour son humble servante : Un jour, comme Marguerite-Marie allait interrompre l'entretien dont Notre-Seigneur la favorisait, pour courir après l'ânesse et l'ânon, le Sauveur lui dit : « Laisse-les faire, ils ne feront point de mal. » Elle obéit, pleine de foi. On vit de notre communauté les animaux à travers le potager ; mais quand on voulut se rendre compte du dégât, il fut impossible de reconnaître aucune trace de leur passage.

Plus tard, montrant à la Sœur Claude-Marie Billet le bosquet de noisetiers, près duquel elle se tenait en veillant sur l'ânesse et l'ânon, elle lui dit simplement : « Voilà un endroit de grâces pour moi, car Dieu m'a fait connaître ici l'avantage qu'il y a à souffrir, par les connaissances et lumières qu'il m'a données de sa Passion. » — Le bosquet de noisetiers existe toujours, il se trouve pour ainsi dire à l'entrée du jardin — du côté de la Basilique, dont la curieuse abside, avec ses quatre étages superposés sur un plan différent, offre de cet endroit une vue superbe. — Pour perpétuer le souvenir des visites du divin Maître à l'humble Visitandine, on a placé dans ce bosquet un groupe commémoratif qui permet de reconstituer la scène dans son imagination. Le Sauveur, debout, tient la main droite étendue, comme pour bénir ; de la main gauche il presse une couronne d'épines sur son cœur. Marguerite-Marie, à genoux, fixe sur son adorable Maître des regards de séraphin. — Cfr. Vie et Œuvres, t. I, p. 66, — Hamon, Vie, p. 95. — Huguet, Guide.
, mais c’est un abîme à écrire, et la longueur m’a fait tout supprimer : mais seulement que c’est ce qui m’a donné tant d’amour pour la Croix, que je ne peux vivre un moment sans souffrir : mais souffrir en silence, sans consolation, soulagement ni compassion ; et mourir avec ce Souverain de mon âme, accablée sous la croix de toutes sortes d’opprobres, de douleurs, d’humiliations, d’oublis et de mépris ; ce qui m’a duré toute ma vie, laquelle par sa miséricorde s’est toute passée dans [ces] sortes d’exercices, qui sont celles du pur amour, qui a toujours pris soin de me fournir abondamment de ces sortes de mets, si délicieux à son goût, que jamais il ne dit : c’est assez.