Entretiens avec Dieu pendant la nuit
Et comme il n’y avait point de temps qui me fût plus agréable que celui de la nuit, comme étant plus propre à m’entretenir avec mon Bien-Aimé, je priais quelquefois mon bon ange qu’il m’éveillât. Je sentais mon cœur tout rempli de Dieu, dont l’entretien m’était si doux, que, souvent, j’y passais des trois heures, sans autres mouvements ni sentiments que d’amour, sans qu’il fût à mon pouvoir de me rendormir.
Une fois, me voulant tourner pour me soulager une épaule qui me faisait mal, il me dit ces paroles que : lorsqu’il portait sa Croix, il ne la changeait pas de côté pour se soulager. Cela me fit bien voir qu’il me fallait retrancher toutes sortes de commodités T. II, p. 130, 131. .
On a des craintes sur sa vocation. Notre-Seigneur se fait sa caution. — L’on m’attaqua encore, proche le temps de ma profession, me disant que l’on voyait bien que je n’étais pas propre à prendre l’esprit de la Visitation, qui craignait toutes ces sortes de voies sujettes à la tromperie et illusion. Ce que je représentai d’abord à mon Souverain, en lui en faisant mes plaintes : « Hélas ! mon Seigneur, vous serez donc la cause que l’on me renverra ? » Sur quoi il me fut répondu : « Dis à ta Supérieure qu’il n’y a rien à craindre pour te recevoir, que je réponds pour toi, et que, si elle me trouve solvable, je serai ta caution. » Et [lui ayant] fait ce rapport, elle m’ordonna de lui demander, pour marque de sûreté, qu’il me rendît utile à la sainte religion par la pratique exacte de toutes ses observances. Sur quoi, son amoureuse bonté me répondit : « Eh bien, ma fille, je t’accorde tout cela, car je te rendrai plus utile à la religion qu’elle ne pense, mais d’une manière qui n’est encore connue que de moi ; et désormais j’ajusterai mes grâces à l’esprit de ta règle, à la volonté de tes supérieures et à ta faiblesse ; en sorte que tu tiennes suspect tout ce qui te retirera de l’exacte pratique de ta règle, laquelle je veux que tu préfères à tout le reste. De plus, je suis content que tu préfères la volonté de tes supérieures à la mienne, lorsqu’elles te défendront de faire ce que je t’aurai ordonné. Laisse-les faire tout ce qu’elles voudront de toi : je saurai bien trouver le moyen de faire réussir mes desseins, même par des moyens qui y semblent opposés et contraires. Et je ne me réserve que la conduite de ton intérieur, et particulièrement de ton cœur, dans lequel ayant établi l’empire de mon pur amour, je ne le céderai jamais à d’autres. »
Notre Mère et Maîtresse sont demeurées contentes de tout cela, dont les effets parurent si sensiblement, qu’elles ne pouvaient plus douter que ces paroles ne vinssent de la vérité : car je [ne] sentais point de trouble en mon intérieur, et je ne m’attachais qu’à faire l’obéissance, quelque peine qu’il me fallût souffrir pour cela En cette année 1672, c'était la Mère Marie-Françoise de Saumaise, professe du monastère de Dijon, que les religieuses de Paray — usant de la liberté donnée par saint François de Sales à ses filles d'élire leurs supérieures parmi les Sœurs des divers monastères — avaient élue pour prendre le gouvernement de leur communauté. Elle était entrée en charge quelques jours après la fête de l'Ascension. Cette religieuse, apparentée aux plus illustres familles de Bourgogne, occupe une place d'honneur dans les origines de la grande dévotion du Sacré Cœur. Elle avait alors 52 ans dont 36 de vie religieuse : on peut dire qu'elle était dans la pleine maturité de l'âge et de l'intelligence. Prudente jusqu'au bout, elle voulut s'éclairer de toutes les lumières possibles, divines et humaines, et lorsqu'elle eut acquis la conviction que tout ce qui se passait dans la Sœur Marguerite-Marie était du bon esprit, une sincère humilité, une vraie abnégation et passion de souffrir, elle lui prêta tout son appui et la défendit contre de pénibles attaques. — Cfr. F. de Curley, M.-Françoise de Saumaise. 1884. — Hamon, Vie et Œuvres. — L. Aubineau, passim. …