Prise d’habit — Mardi 25 août 1671
Ayant passé mon essai avec un ardent désir de me voir tout à Dieu, qui me fit la miséricorde de me poursuivre continuellement, pour me faire arriver à ce bonheur, étant donc revêtue de notre saint habit La cérémonie de vêture eut lieu le jour de la fête de saint Louis, le mardi 25 août 1671. Sa mère, ses deux frères Chrysostome et Jacques, y assistaient et signèrent avec elle l'acte de sa prise d'habit, où elle déclare que c'est « de son propre mouvement et sans aucune contrainte », qu'elle fait cette démarche (T. I, p. 325). — Mme Alacoque vécut encore cinq ans après l'entrée de sa fille à la Visitation. Elle mourut le 27 juillet 1676, à l'âge de 64 ans. C'est alors que Chrysostome quitta Lhautecour et transféra son domicile au Bois Sainte-Marie. (T. I, p. 588.) , mon divin Maître me fit voir que c’était là le temps de nos fiançailles, lesquelles lui donnaient un nouvel empire sur moi, qui recevais aussi un double engagement de l’aimer d’un amour de préférence. Ensuite il me fit comprendre qu’à la façon des amants les plus passionnés, il ne me ferait goûter pendant ce temps que ce qu’il y avait de plus doux dans la suavité des caresses de son amour Le mot caresses n'a pas toujours, au XVIIe siècle et à la Visitation, le sens que nous lui donnons aujourd'hui : Les principales caresses que la Directrice peut faire à ses novices, c'est de les traiter doucement et cordialement… Les caresses des novices à leur maîtresse doivent être principalement de lui avoir une entière et parfaite confiance… La Sainte parle de caresser la croix. Ailleurs, elle dit encore : « Les plus fréquentes caresses de ce divin Epoux de mon âme, c'est de me demander si je l'aimais. » Ses novices devaient tour à tour porter une image du Sacré Cœur de Jésus, et, disent les Contemporaines, « celle qui l'avait prenait soin de bien caresser ce divin Cœur ». — Cfr. Hamon, Vie. 1909, p. 98, 99. , qui, en effet, furent si excessives, qu’elles me mettaient souvent toute hors de moi-même, et me rendaient incapable de pouvoir agir. Cela me jetait dans un si profond abîme de confusion que je n’osais pas paraître ; de quoi l’on me reprit, en me faisant entendre que cela n’était pas l’esprit des filles [de] Sainte-Marie, qui ne voulait rien d’extraordinaire, et que si je ne me retirais pas de tout cela, on ne me recevrait pas.
On essaie de la retenir dans les voies ordinaires de la vie spirituelle. — Cela me mit dans une grande désolation, dans laquelle je fis tous mes efforts et je n’épargnais rien pour me retirer de cette voie ; mais tous mes efforts furent inutiles. Et notre bonne maîtresse y travaillait de son côté, sans que pourtant je le comprisse… L’on m’ordonna d’aller entendre les points d’oraison du matin, après quoi je sortirais pour aller balayer le lieu qu’on me dirait, jusqu’à Prime, après laquelle on me faisait rendre compte de mon oraison, ou plutôt de celle que mon souverain Maître faisait en moi et pour moi, qui n’avais d’autre vue en tout cela que d’obéir ; en quoi je sentais un plaisir extrême, quelque peine que souffrît mon corps en le faisant. Je chantais après :
Plus l’on contredit mon amour, Plus cet unique bien m’enflamme. Que l’on m’afflige nuit et jour, On ne peut l’ôter à mon âme. Plus je souffrirai de douleur, Plus il m’unira à son Cœur.
Avidité pour les humiliations et mortifications. — Je me sentais une faim insatiable des humiliations et mortifications, bien que mon naturel sensible les ressentît vivement. Mon divin Maître me pressait sans cesse d’en demander, ce qui m’en procurait de bonnes ; car quoiqu’on me refusât celles que je demandais, comme indigne de les faire, on m’en donnait d’autres que je n’attendais pas, et si opposées à mes inclinations, que j’étais obligée de dire à mon bon Maître, dans l’effort de la violence qu’il me fallait [faire] : « Hélas, venez à mon secours, puisque vous en êtes la cause ! » Ce qu’il faisait, en me disant : « Reconnais donc que tu ne peux rien sans moi, qui ne te laisserai point manquer de secours, pourvu que tu tiennes toujours ton néant et ta faiblesse abîmés dans ma force. »