La toile d’attente

Et comme je la priais de m’apprendre à faire l’oraison dont mon âme avait une si grande faim,… elle me dit pour la première [fois] : « Allez vous mettre devant Notre-Seigneur comme une toile d’attente devant un peintre Cette expression était familière au couvent de Paray. On lit dans l'Année sainte que la Sœur Marie-Marguerite Fontaney, une des sept premières religieuses fondatrices, souffrant vers la fin de sa vie (1628) de violentes douleurs, s'écriait au milieu de ses souffrances : « O douce main de mon Jésus, crayonnez, crayonnez en moi, selon votre volonté. » Et comme la supérieure lui demandait une fois ce qu'elle voulait dire par là. « C'est que, répondit-elle, je me tiens devant Dieu comme une toile d'attente devant son peintre. Mon Dieu est mon peintre ; je le supplie de crayonner en moi l'image parfaite de mon Jésus crucifié. » — Cité par Hamon, Vie, p. 78, 79. . »

Mais j’aurais voulu qu’elle m’eût expliqué ce qu’elle me disait, ne le comprenant pas, et je ne lui osais pas dire ; mais il me fut dit : « Viens, je te l’apprendrai. » Et d’abord que je fus à l’oraison, mon souverain Maître me fit voir que mon âme était cette toile d’attente, sur laquelle il voulait peindre tous les traits de sa vie souffrante, qui s’est toute écoulée dans l’amour et la privation, séparation, dans le silence et le sacrifice, dans sa consommation ; qu’il ferait cette impression, après l’avoir purifiée de toutes les taches qui lui restaient… Mais il me dépouilla de tout en ce moment, et après avoir vidé mon cœur et mis mon âme toute nue, il y alluma un si ardent désir de l’aimer et de souffrir, qu’il ne me donnait point de repos ; me poursuivant de si près, que je n’avais de loisir que pour penser comme c’est que je le pourrais aimer en me crucifiant ; et sa bonté a toujours été si grande à mon égard, que jamais il n’a manqué de m’en fournir les moyens.

Leçon de saint François de Sales sur l’obéissance. — Et quoique je ne cachais rien à ma maîtresse, j’avais pourtant formé le dessein de faire étendre ses permissions sur les pénitences plus loin que son intention. De quoi m’étant mise en devoir, mon saint Fondateur me reprit si fortement, sans me laisser passer outre, que jamais depuis je n’ai eu le courage d’y retourner. Car ses paroles sont toujours demeurées gravées dans mon cœur : « Eh quoi ! ma fille, penses-tu pouvoir plaire à Dieu en passant les limites de l’obéissance, qui est le principal soutien et fondement de cette Congrégation, et non pas les austérités ? »