Saint François de Sales la fait méditer sur l’humilité et la charité

Au troisième mois après ma profession, un peu avant la fête de notre saint Fondateur Par conséquent, en janvier 1673, t. II, p. 139. , il me fit voir, pendant mon oraison, que les vertus qu’il avait toujours souhaitées à ses filles c’étaient celles qui l’avaient toujours tenu uni avec Dieu, qui est la charité et l’humilité ; et que l’on était déchu de l’une et de l’autre : de la charité envers Dieu, lorsque nous ne regardons que les créatures en nos actions, ne cherchant que leur approbation, sans nous soucier que nous nous rendons de très mauvaise odeur devant Dieu, qui détourne sa face de peur de voir ces actions. Et à l’égard du prochain, les amitiés particulières détruisent la charité commune et le silence. Quant à l’humilité, c’était faute de se tenir en soi-même sur la vue de ses propres défauts que l’on jugeait mal des intentions du prochain au moindre signe de l’action que l’on voyait… Et comme c’était la trop grande douceur qui, s’étant glissée à la complaisance des créatures, c’était la cause de ces manquements et de beaucoup d’autres et qu’il fallait que ce fût par l’esprit d’une aimable rigueur et vigilance continuelle que tous ces défauts fussent réparés…

Guérison d’une extinction de voix. — Après avoir demeuré longtemps sans pouvoir chanter à l’office Les Visitandines ne se servent que de trois notes de la gamme pour chanter leur office. (Berry. Les monastères de la Visitation dans le diocèse d'Autun, 1897, p. 23.) Le 8 juin 1610, lendemain du jour où sainte Chantal, avec deux compagnes, avait revêtu l'habit religieux, dans la petite maison de la Galerie, saint François de Sales « étant retourné voir ses petites colombes, il fallut consulter sur quel chant elles répandraient leur ramage et divine louange. » Après qu'on eut essayé quelques-uns des chants des autres religieuses, le Saint, ne les trouvant pas assez simples, prit lui-même les notes et composa avec la Mère de Chantal le chant que suivent encore aujourd'hui les filles de la Visitation : chant simple, grave, presque uni, semé çà et là de quelques inflexions faciles, où la vanité ne peut se satisfaire, et qui, ne préoccupant pas l'esprit, lui laisse toute liberté pour s'entretenir avec Dieu. (Bougaud, Histoire de Sainte Chantal. Paris, Lecoffre, 1861. T. I, p. 328.) , ce qui ne m’était pas une petite peine, tant à cause de la joie que j’avais à chanter les louanges de mon Dieu que par [ce] que je regardais cette impuissance comme un juste châtiment à ma négligence, ce qui me cause beaucoup d’humiliation… Et la veille de la Visitation 1er juillet 1673. T. II, p. 137. , à Matines, ayant fait plusieurs efforts inutiles pour chanter à l’Invitatoire, ayant même peine à suivre le chœur en psalmodie ; au premier verset du Te Deum, je me sentis toute pénétrée d’une puissance à laquelle toutes les miennes s’appliquèrent d’abord en esprit d’hommage et d’adoration. Et ayant mes bras croisés dans nos manches, une divine lumière s’y vint poser en la figure d’un petit enfant, ou plutôt d’un soleil éclatant qui me fit dire dans un profond silence : « Mon Seigneur et mon Dieu, [par] quel excès d’amour abaissez-vous ainsi votre [infinie grandeur] ? — Je viens, ma fille, te demander pourquoi tu me dis si souvent de ne me point approcher de toi. — Vous le

savez, ô mon Souverain, que c’est que je suis indigne de m’approcher de vous, et, bien moins de vous toucher ! — Apprends que, plus tu te retires dans ton néant, plus ma grandeur s’abaisse pour te trouver. » Mais, craignant que ce ne fût un ange de Satan, je lui fis cette demande : « Si c’est vous, ô mon Dieu, faites donc que je chante vos louanges à cette heure ! »

Et me mettant à poursuivre le Te Deum avec le chœur, je sentis ma voix libre et plus forte qu’elle n’avait jamais été…

Ayant gardé ma voix assez longtemps, je la perdis une seconde fois. Et l’ayant demandée à Notre-Seigneur, il me fut répondu qu’elle n’était pas à moi et qu’il me l’avait prêtée pour m’obliger à croire et que je devais demeurer contente en la perdant comme en la possédant. Et j’en suis demeurée depuis dans l’indifférence.

Saint François d’Assise est donné à Marguerite-Marie comme conducteur. 4 octobre 1673. — Vive Jésus ! Un jour de saint François, à mon oraison, Notre-Seigneur me fit voir ce grand Saint revêtu d’une lumière et splendeur incompréhensibles et élevé en un très haut et éminent degré de gloire, au-dessus des autres saints, à cause de la conformité qu’il a eue à la vie souffrante de notre divin Sauveur, la vie de nos âmes et l’amour de nos cœurs, et de l’amour qu’il avait porté à sa sainte Passion, qui avait attiré ce divin amant crucifié à s’imprimer en lui par l’impression de ses plaies sacrées, ce qui l’avait rendu un des plus aimés favoris de son sacré Cœur, qui lui a donné un grand pouvoir d’obtenir l’application efficace du mérite de son sang précieux, le rendant, en quelque façon, distributeur de ce divin trésor. Il lui donne un grand pouvoir d’apaiser la divine justice, lorsqu’étant irritée contre les pécheurs, il s’expose à cette divine colère d’un Dieu irrité comme un autre lui-même, dedans son Fils crucifié, pour l’amour duquel il fait souvent céder la rigueur de sa justice à la douce clémence de sa miséricorde ; mais, tout particulièrement pour les religieux déchus de leur régularité, pour lesquels il était prosterné et gémissait sans cesse

Après m’avoir fait voir toutes ces choses, ce divin Époux de mon âme me le donna pour conducteur, comme un gage de son divin amour, pour me conduire dans les peines et souffrances qui m’arriveraient T. II, p. 161. .