

II — Marguerite-Marie à la Visitation de Paray-le-Monial.
La novice. — La jeune professe.
1671-1673
Le monastère de la Visitation de Paray-le-Monial, vingt-sixième de l’Ordre, avait été fondé par celui de Lyon-en-Bellecour qui était le premier issu de la Sainte-Source d’Annecy, pour la fondation duquel saint François de Sales avait employé, comme il le dit, toute la fleur de sa petite Congrégation et à l’ombre duquel il était venu mourir en 1622. En l’année 1626, la Mère Marie-Aimée de Blonay était supérieure du couvent en-Bellecour ; c’est elle, autorisée par sainte Chantal, qui passa le contrat avec les principaux habitants de la petite cité de Paray encouragés et soutenus par les Pères Jésuites dudit lieu.
Par une harmonieuse disposition de la Providence qu’il est intéressant de remarquer, c’est un premier vendredi du mois — 4 septembre 1626 — que les Sœurs fondatrices, au nombre de sept, vinrent s’installer dans cette nouvelle ruche. Les six premières années, — de 1626 à 1632 — les Visitandines n’occupèrent qu’une demeure provisoire, rue du Général Petit. La communauté s’augmentant toujours, le local devint forcément trop étroit. Elles firent alors échange avec les Pères Jésuites des maisons qu’ils habitaient et vinrent s’établir dans le monastère actuel qui, pendant quinze ans, avait servi de résidence aux fils de saint Ignace.
Peu à peu, avec les années, le monastère s’éleva, à mesure que les ressources le permettaient et qu’on pouvait étendre la clôture. A l’époque où Marguerite-Marie entra dans cette solitude (1671) le couvent était achevé depuis un peu plus de vingt ans et la propriété, entourée de solides murailles garnies de vignes et d’espaliers. On peut les voir encore aujourd’hui dans toute leur simplicité primitive, car ils n’ont pas changé. On dirait un vaste et magnifique reliquaire, tout plein, si j’ose le dire, des apparitions de Notre-Seigneur et des vestiges sacrés de sa fidèle servante. Mgr Bougaud, qui, à différentes reprises, avait eu la grande faveur de visiter le couvent, en a laissé cette intéressante description : « Ce sont quatre grands corps de bâtiments reliés ensemble, avec une cour au milieu. Un cloître règne sous les bâtiments, et ouvre ses vastes arcades sur la cour, au milieu de laquelle se trouve la fontaine, traditionnelle et symbolique. Le long des murs d’une blancheur irréprochable, et dans l’arc formé par la naissance des voûtes, on lit encore les sentences que saint François de Sales avait recommandé d’écrire partout, afin qu’on ne pût lever les yeux sans trouver une pensée pour l’esprit et un aliment pour le cœur. Les salles de communauté, la chapelle, la sacristie, le noviciat, le réfectoire, s’ouvrent sur ce cloître, et deux escaliers placés aux angles conduisent aux cellules qui sont au premier étage. Celle de la Bienheureuse subsiste toujours. On l’a convertie en chapelle ; mais je l’ai encore vue dans son état primitif : étroite, blanchie à la chaux, sans autre meubles qu’un lit, une table, une chaise ; sans autres ornements qu’un crucifix de bois et une image en papier du Sacré Cœur. Elles sont toutes semblables à celle-là : simples, pauvres et propres. De vastes jardins, semés de statues et de chapelles, enveloppent tout le monastère de verdure, de silence et de paix. »
N. B. — M. Bougaud dit ici ce qu’il a vu et ce qui existe de nos jours. Pendant la Révolution, un étage d’une aile du cloître ayant été démoli, il fallut forcément, à la restauration du monastère en 1823, répartir les offices et les cellules un peu différemment qu’autrefois. Nous en reparlerons plus loin.
Si l’on suppose que les Visitandines de Paray ont demandé à Marguerite Alacoque la même dot que sollicitaient les Ursulines de Mâcon, c’est-à-dire quatre mille livres, on peut conclure que la fortune personnelle de la jeune fille devait être à peu près de dix mille livres. C’était pour l’époque une fort jolie fortune. — Hamon, Vie, p. 69. — Cfr. t. III, p. 181-186. — Bougaud, Histoire, 1875, p. 87. — L. Aubineau, Paray, 1873. — Chaumont — Cucherat — Huguet : Guides.