Pénitences corporelles
Pour me venger, en quelque façon, sur moi, des injures que je lui faisais, et reprendre cette ressemblance et conformité avec lui, en soulageant la douleur qui me pressait, je liais ce misérable corps criminel de cordes avec des nœuds, et le serrais si fort, qu’à peine pouvait-il respirer et manger, et les laissais si longtemps, ces cordes, qu’elles étaient comme tout enfoncées dans la chair, laquelle venant à croître dessus, je ne pouvais les arracher qu’avec de grandes violences et cruelles douleurs ; et de même qu’aux petites chaînettes dont je serrais mes bras, lesquelles emportaient la pièce en sortant. Et puis je couchais sur un ais, ou sur des bâtons avec des nœuds pointus, dont je faisais mon lit de repos ; et puis je prenais la discipline, tâchant de chercher quelque remède à mes combats et douleurs que je souffrais au dedans de moi-même, au regard desquelles tout ce que je pouvais souffrir au dehors bien que toutes les humiliations et contradictions, dont j’ai parlé ci-devant, fussent toujours continuelles et s’augmentassent plutôt que de diminuer ; tout cela, dis-je, ne me semblait qu’un rafraîchissement au prix de mes peines intérieures…
Les craintes où j’étais d’offenser mon Dieu me tourmentaient encore plus que tout le reste, car il me semblait mes péchés être continuels ; et me paraissaient si grands, que je m’étonnais comme l’enfer ne s’ouvrait pas sous mes pieds pour ensevelir une si misérable pécheresse. J’aurais voulu me confesser tous les jours, et cependant je ne pouvais que rarement…