Elle se laisse aller à la dissipation
Ayant recouvert (sic) la santé, je ne pensais plus qu’à chercher du plaisir dans la jouissance de ma liberté, sans me soucier beaucoup d’accomplir ma promesse. Mais, ô mon Dieu, je ne pensais pas alors, ce que vous m’avez bien fait connaître et expérimenter du depuis, qui est que votre sacré Cœur, m’ayant enfantée sur le Calvaire, avec tant de douleur, que la vie que vous m’y aviez donnée ne pouvait s’entretenir que par l’aliment de la croix, laquelle serait mon mets délicieux…
Persécution domestique. — Car ma mère s’était dépouillée de son autorité dans sa maison, pour la remettre à quelqu’autres Mme Alacoque, par une convention avec son beau-frère Toussaint Delaroche, lui avait confié l'administration et l'exploitation de ses propriétés et elle s'était réduite à la condition de pensionnaire dans les domaines possédés en commun depuis longtemps par les Delaroche et les Alacoque. — T. I, p. 63. qui s’en prévalurent de telle manière, que jamais elle ni moi ne furent en si grande captivité ; non que je veuille blâmer ces personnes en ce que je vais dire, ni croire qu’elles fissent mal en me faisant souffrir ; mon Dieu ne me permettait pas cette pensée, mais seulement de les regarder comme instruments dont il se servait pour accomplir sa sainte volonté. Nous n’avions donc plus aucun pouvoir dans la maison, et n’osions rien faire sans permission. C’était une continuelle guerre, et tout était fermé sous la clef, en telle sorte que souvent je ne me trouvais pas même de quoi m’habiller pour aller à la sainte messe, que je n’empruntasse coiffe et habits. Ce fut pour lors que je commençai à sentir ma captivité, à laquelle je m’enfonçai si avant, que je ne faisais rien, et ne sortais point sans l’agrément de trois personnes Ces trois personnes que Marguerite, dans son parfait esprit de charité, se garde bien de nommer, étaient : 1° sa grand'mère paternelle, Jeanne Delaroché, veuve de Claude Alacoque ; 2° sa tante paternelle, Benoîte Alacoque, femme de Toussaint Delaroche ; 3° sa grand'tante paternelle, Benoîte de Meulin, veuve de Simon Delaroche et mère de Toussaint. — (Texte authentique. 1918, p. 14.) .
Ce fut dès lors que toutes mes affections se tournèrent à chercher tout mon plaisir et consolation dans le très saint Sacrement de l’autel. Mais me trouvant dans un village éloigné de l’église, je n’y pouvais aller qu’avec l’agrément de ces personnes ; et il se trouvait que quand l’une le voulait, l’autre ne l’agréait pas ; et souvent lorsque j’en témoignais ma douleur par mes larmes, l’on me reprochait que c’est que j’avais donné quelque rendez-vous à quelques garçons…
C’était pour lors que, ne sachant où me réfugier, sinon en quelque coin de jardin, ou d’étable, ou autre lieu secret, où il me fût permis de me mettre à genoux pour répandre mon cœur par mes larmes devant mon Dieu, par l’entremise de la très sainte Vierge, ma bonne Mère, à laquelle j’avais mis toute ma confiance ; et je demeurais là des journées entières, sans boire ni manger. Mais cela était ordinaire, et quelquefois quelques pauvres gens du village me donnaient par compassion un peu de lait ou de fruit sur le soir. Et puis, lorsque je retournais au logis, c’était avec une si grande crainte et tremblement, qu’il me semblait être une pauvre criminelle qui venait recevoir sa sentence de condamnation ; et je me serais estimée plus heureuse d’aller mendier mon pain, que de vivre comme cela, car souvent je n’en osais prendre sur table. Car du moment que j’entrais à la maison, la batterie recommençait plus fort, sur ce que je n’avais pas pris soin du ménage et des enfants de ces chères bienfaitrices de mon âme ; et sans qu’il me fût loisible de dire un seul mot, je me mettais à travailler avec les domestiques. Ensuite de quoi, je passais les nuits comme j’avais passé le jour, à verser des larmes, au pied de mon crucifix, lequel me fit voir, sans que j’y comprisse rien, qu’il voulait se rendre le maître absolu de mon cœur, et qu’il voulait me rendre en tout conforme à sa vie souffrante ; que c’était pourquoi il se voulait rendre mon maître, en se rendant présent à mon âme, pour me faire agir comme il agissait parmi ses cruelles souffrances, qu’il me faisait voir avoir souffert pour mon amour.