C’est par obéissance qu’elle entreprend cet écrit

Les lettres italiques sont des repères qu'on a trouvés utiles pour faciliter les recherches et soulager l'attention, en groupant chaque alinéa autour d'une idée centrale, comme le ferait un titre.

Les références que nous donnons se rapportent au texte cité dans la troisième édition de Vie et Œuvres, totalement refondue par Monseigneur Gauthey, en 1915. En novembre 1918, la Visitation de Paray-le-Monial ayant publié le texte authentique de l'Autobiographie de la Sainte, nous avons confronté avec soin les deux éditions. — Cfr. Autobiographie, p. 29-54.
. — C’est donc pour l’amour de vous seul, ô mon Dieu, que je me soumets d’écrire ceci par obéissance, en vous demandant pardon de la résistance que j’y ai faite. Mais comme il n’y a que vous qui connaissiez la grandeur de la répugnance que j’y sens, aussi n’y-a-t-il [que] vous seul qui me puissiez donner la force de la surmonter, ayant reçu cette obéissance comme de votre part, voulant punir par là le trop de joie et de précaution que j’avais pris pour suivre la grande inclination que j’ai toujours eue de m’ensevelir dans un éternel oubli des créatures : et une fois, après

avoir tiré des promesses des personnes que je croyais y pouvoir contribuer, et brûlé les écrits que j’avais faits par obéissance, c’est-à-dire, ceux qu’on m’avait laissés, cette ordonnance m’a été faite. Faites, ô mon souverain Bien ! que je n’écrive rien que pour votre plus grande gloire, et ma plus grande confusion.

Son horreur du péché. — Ô mon unique Amour ! combien vous suis-[je] redevable de m’avoir prévenue dès ma plus tendre jeunesse en vous rendant le maître et le possesseur de mon cœur, quoique vous connussiez bien les résistances qu’il vous ferait !

Aussitôt que je me sus connaître, vous fîtes voir à mon âme la laideur du péché, qui en imprima tant d’horreur dans mon cœur, que la moindre tache m’était un tourment insupportable ; et pour m’arrêter dans la vivacité de mon enfance, l’on n’avait qu’à me dire que c’était offenser Dieu : cela m’arrêtait tout court et me retirait de ce que j’avais envie de faire.

Vœu de chasteté. — Et sans savoir ce que c’était, je me sentais continuellement pressée de dire ces paroles : « Ô mon Dieu, je vous consacre ma pureté et je vous fais vœu de perpétuelle chasteté. » Et je les dis, une fois, entre les deux élévations de la sainte messe, que, pour l’ordinaire, j’entendais les genoux nus, quelque froid qu’il fît. Je ne comprenais point ce que j’avais fait, ni que voulait dire ce mot de vœu, non plus que celui de chasteté ; mais toute mon inclination n’était que de me cacher dans quelque bois Ce bois de chênes existe encore : à deux cents mètres de la maison paternelle, descendant une toute petite colline pour s'arrêter au bord de la vallée, contre un gros bloc de granit étalé sur le sol. En s'y rendant, elle voyait, détachée sur le ciel, l'église de Verosvres, et sans doute, dès lors, le Dieu du Tabernacle lui faisait sentir toute la tendresse de son Cœur.

Mme de Fautrières avait pris sa petite filleule en grande affection et elle obtint de l'emmener avec elle au château de Corcheval situé dans la commune de Beaubery qui touche celle de Verosvres, à cinq kilomètres de Lhautecour. Marguerite avait alors environ quatre ans. Une chapelle, encore debout, existait sur la terrasse du château. La sainte enfant pouvait ainsi satisfaire à son aise son amour précoce pour le saint Sacrement. C'est là que, cédant aux attraits de l'Esprit-Saint, elle fit pour la première fois le vœu de chasteté perpétuelle. Elle y demeura trois ou quatre ans, de 1652 à 1655, sans qu'on puisse préciser ni le commencement ni la fin de ce séjour. Vers le milieu de 1654, M. de Fautrières mourut, et, dans le courant de l'année suivante, sa veuve épousa en secondes noces Jean de Chapon, seigneur de la Bouthière, et elle suivit son mari dans le Beaujolais où il était gouverneur de Belleville. Elle mourut en 1679, le 9 décembre. Outre quatre fils voués au métier des armes, elle avait deux filles : Marie-Bénigne, l'aînée, née en 1630, était entrée en 1645 au monastère de la Visitation de Paray-le-Monial.

Il est hors de doute que Mme de Fautrières, en attirant la petite Marguerite chez elle, avait en vue de concourir à son éducation ; mais, ne pouvant y prendre une part aussi personnelle et immédiate qu'elle l'eût désiré, soit à cause de ses devoirs de famille et de société, soit par suite de la faiblesse de sa santé qui l'obligea toujours à de grands ménagements, elle confia Marguerite à deux de ses femmes, spécialement chargées de lui apprendre, avec les prières ordinaires du chrétien, les éléments du catéchisme. Ces deux femmes étaient fort différentes de manières et d'humeur. Nous lisons à ce sujet, dans le Mémoire de la Mère Greyfié, que « par un instinct secret, elle fuyait autant qu'il lui était possible l'une de ces personnes et s'allait rendre aux soins de l'autre, dont elle aimait mieux souffrir les rebuts que recevoir les caresses de la première. Elle sut, étant plus grande, que son instinct l'éloignait d'une personne qui ne vivait pas bien selon Dieu et lui faisait rechercher celle de qui il était servi chrétiennement. » — Cfr. T. I, p. 348 ; t. III, p. 664-666. — Hamon, Vie, p. 12. — Deminuid, La Bienheureuse, p. 11, 13.
et rien ne m’empêchait, que la crainte de trouver des hommes.