Notes préliminaires

Tout ce qui a été conservé, ou du moins tout ce qui a été retrouvé, jusqu’à présent, des écrits de sainte Marguerite-Marie, peut se diviser en quatre parties : I. Les Documents autobiographiques. II. Les Lettres. III. Les Avis, Défis et Instructions. IV. Les Prières et les Cantiques Vie et Œuvres, T. II, Préface, p. 5. .

I. Les documents autobiographiques

La Vie de sainte Marguerite-Marie écrite par elle-même. — C’est un Mémoire — selon l’expression du temps — écrit de la main de la Servante de Dieu par ordre d’un de ses directeurs, le R. P. Ignace-François Rolin, de la Compagnie de Jésus. Ce religieux fut envoyé à Paray, une première fois, à l’automne de l’année 1683 ; ensuite, à l’automne de l’année suivante, il alla faire son troisième an de probation à Lyon, d’où il revint à Paray à la fin de l’année 1685 et y demeura en 1686. C’est pendant ce second séjour qu’il ordonna à Marguerite-Marie d’écrire sa vie.

Elle y avait une répugnance extrême et, déjà plus d’une fois, elle avait écrit par obéissance, puis brûlé les pages qu’on lui avait laissées. Elle fit donc d’abord de la résistance ; mais elle en fut reprise par Notre-Seigneur et dut se soumettre, comme aussi il lui fut défendu de détruire ce qu’elle aurait écrit avant qu’on l’eût examiné.

Dans sa Vie par elle-même, Marguerite-Marie remonte à son enfance et raconte sa jeunesse dans le monde. Cette partie est extrêmement intéressante. À son défaut, nous ne saurions presque rien de la jeunesse de la Sainte. Il n’y a pas, d’ailleurs, à chercher un ordre chronologique dans son récit.

La Vie par elle-même fut publiée pour la première fois par le P. de Gallifet, à la fin de 1726, et dédiée au Pape Benoît XIII. « Ce livre, dit-il dans la Préface, traitant d’un culte qui paraissait nouveau, fut examiné avec beaucoup de rigueur. D’abord trois théologiens de notre Compagnie l’examinèrent. De là il fut porté au Maître du Sacré-Palais, lequel le remit à deux censeurs, célèbres théologiens, l’un Dominicain et l’autre Barnabite Le R. P. Bernardin Membrive, Provincial d'Écosse, consulteur de la S. C. des Rites, et le R. P. Marius Maccabei, Procureur général des Barnabites, consulteur des S. C. de l'Index et des Rites, Qualificateur du Saint-Office, et plus tard confesseur du Pape Benoît XIV. . Il fut enfin porté au Pape lui-même et il resta longtemps entre les mains de son confesseur. Dans tous ces tribunaux il fut approuvé et Dieu inspira à un grand cardinal de le faire imprimer à ses frais, par l’imprimeur du Vatican. Il fut ensuite distribué dans tout Rome, et de là répandu dans toutes les provinces du christianisme, jusque dans les régions les plus reculées Cfr. t. II, p. 23-25. . »

Des écrits composés par ordre de la Mère de Saumaise.

La Mère de Saumaise fut supérieure du Monastère de Paray de 1672 à 1678. Elle reçut Marguerite-Marie à la profession religieuse, le 6 novembre 1672. Au mois d’avril de l’année suivante, elle lui donna l’ordre que la Sainte rapporte ainsi qu’il suit : « Le sixième mois après ma profession, l’on me commanda d’écrire ce qui se passait dans mon intérieur, et j’y sentais de la difficulté. Mon Dieu me dit : « Pourquoi refuses-tu d’obéir à ma voix et d’écrire ce qui vient de moi et non de toi qui n’y as aucune part qu’une simple adhérence ? » »

Sans doute la Mère de Saumaise prit la précaution de garder par devers elle les feuillets que la Servante de Dieu lui remettait, sans quoi elle les aurait brûlés comme elle fit pour d’autres écrits.

Trois lignes, inédites jusqu’à ces dernières années, nous apprennent que ces écrits furent faits à diverses reprises : « Quoique avec une répugnance mortelle je ne laisse d’écrire par obéissance les grâces que mon Dieu m’a faites, la troisième et quatrième année de religion » ; ce qui se rapporte aux années 1675 et 1676. Marguerite avait commencé d’écrire au mois d’avril 1673 T. II, p. 119. .

Les fragments. — On a réuni, sous ce titre, des morceaux épars dans les divers manuscrits. Ce sont probablement des lambeaux sauvés du feu, des divers écrits qu’elle dut faire par ordre de ses directeurs T. II, p. 167. .

Les sentiments de ses retraites. — Ce sont des pages admirables qu’on a réunies, pour en donner le texte plus exact et plus complet T. II, p. 185. .

II. Les Lettres

La correspondance de la Servante de Dieu est la partie la plus considérable et la plus remarquable de ses œuvres. Durant douze ans, c’est-à-dire depuis la sixième année après sa profession religieuse jusqu’aux semaines qui ont précédé sa mort, on y voit cette sainte âme se manifester dans toute sa candeur, sa droiture, sa simplicité ; comme aussi avec sa force, sa persévérance, son zèle infatigable. Toutes les vertus brillent en elle, quoi qu’elle fasse pour s’humilier et se rabaisser aux yeux de ses correspondants. Dans les cent quarante-deux lettres que l’on possède, on chercherait en vain l’expression d’un sentiment purement humain. C’est toujours la Sainte qui ne vit que pour Dieu et ne sait parler que selon son Esprit T. II, p. 207. .

III. Les Avis, Défis et Instructions

Ce sont des avis particuliers, selon les besoins spirituels de chacune des novices ou des Sœurs qui les sollicitaient ; d’autres, sauf quelques défis Selon l'usage de l'Institut, la sainte Directrice donnait le nom de défi à différentes pratiques qu'elle proposait de temps en temps. Elle les exposait sous cette forme, afin qu'à l'envi les unes des autres ses novices s'excitassent à croître en vertu et à se surpasser réciproquement en attention et en fidélité. — T. III, p. 717. personnels, donnés au moment des retraites ou « solitudes », s’adressent à tout le noviciat. Ce qu’il importe de signaler comme le caractère particulier de ces écrits, c’est l’autorité qui s’y fait sentir. La Servante de Dieu, si humble, si défiante d’elle-même, parle à ses chères enfants avec une assurance étonnante, une précision, une force d’affirmation qui s’impose. C’est surtout au cœur qu’elle frappe pour toucher les fibres vives de l’âme T. II, p. 629. .

IV. Les Prières et les Cantiques

Les prières de la Servante de Dieu, outre qu’elles offrent des formules très pieuses, présentent à un autre point de vue un grand intérêt ; car elles sont les premières prières adressées au Sacré Cœur après la révélation de Paray et, par suite, les premières manifestations de la dévotion au Sacré Cœur, telle que Notre-Seigneur l’avait enseignée à sa « disciple bien-aimée » Le petit Livret de l'Hôpital de Paray, que les pèlerins aiment à emporter comme souvenir, est un petit livre de prières, d'environ vingt-huit feuillets, écrits de la propre main de sainte Marguerite-Marie. Il fut donné, presque aussitôt après la mort de la Servante de Dieu, à Sœur Delorme, la première supérieure de l'Hôpital de Paray. Il a été imprimé, pour la première fois, en entier, en 1864. Depuis lors, on l'a souvent réédité, en un petit livre in-32, que l'on peut se procurer chez les Sœurs de l'Hôpital de Paray-le-Monial (Saône-et-Loire). .

Si, dans les cantiques de Marguerite-Marie on rencontre plus d’une strophe bien venue, au point de vue littéraire et poétique, on y trouve partout l’expression pieuse, parfois naïve, toujours sincère et ardente de son amour pour le divin Cœur T. II, p. 771. .

La vie de la Sainte par les Contemporaines

On appelle Contemporaines deux religieuses de la Visitation de Paray : Sœur Françoise-Rosalie Verchère et Sœur Péronne-Rosalie de Farges. La Sainte les avait distinguées parmi ses novices et leur avait annoncé qu’elle mourrait entre leurs bras, ce qui fut vérifié par l’événement. Ce Mémoire — on appelait ainsi, jadis, la plupart des documents historiques ou biographiques — est écrit de la main de Sœur Françoise-Rosalie Verchère ; mais sa jeune compagne travailla constamment avec elle, à rechercher les sources d’informations, à recueillir les textes, à les assembler et à les coordonner. Elles se mirent à l’œuvre, dès le lendemain de la mort de leur sainte maîtresse.

Ce travail des Contemporaines manque d’ordonnance. La chronologie n’y est pas observée. Elles reviennent parfois sur des sujets déjà traités. C’est, à vrai dire, une compilation, mais combien pieuse, sincère et naïve ! Le style est simple, de bon aloi. S’il y a des tournures irrégulières ou du moins vieillies et tombées en désuétude, il y en a qui sentent leur grand siècle et plairont singulièrement au lecteur fatigué du style trop souvent compliqué et recherché de notre temps T. I, p. 33. .