Avant-propos

Cette nouvelle édition, comme les précédentes, n’est qu’un extrait des grandes publications faites par le monastère de la Visitation de Paray-le-Monial. Elle a, toutefois, le précieux avantage d’avoir été inspirée et dirigée par l’important et très judicieux travail du vénérable Archevêque de Besançon Mgr François-Léon Gauthey, qui fut pendant de longues années « l’apôtre et le propagateur de la doctrine et de la dévotion du Sacré Cœur dans le sanctuaire même de Paray-le-Monial », puis ensuite Vicaire général d’Autun. C’est là, en effet, qu’il faut étudier les Révélations du divin Cœur pour en avoir une connaissance approfondie Vie et Œuvres de la Bienheureuse Marguerite-Marie Alacoque. Troisième édition totalement refondue et notablement augmentée par les soins de Mgr Gauthey, archevêque de Besançon. 3 forts vol. in-8°, Paris. De Gigord, 1915. . Mais comme cette étude n’est possible qu’à un petit nombre de personnes, il a semblé utile de mettre à la portée de tous un recueil de dimensions et de prix très réduits, contenant ce qu’il y a de principal dans l’ouvrage complet.

Si donc, dans les pages qui vont suivre, on n’entend pas tout ce qu’a dit la sainte Visitandine, du moins on n’entendra que ce qu’elle a dit, et on l’entendra à peu près dans l’ordre où les faits sont arrivés. Le lecteur qui désirerait identité absolue dans la reproduction, pourra recourir à l’édition originale, soigneusement indiquée au bas de chaque page.

En félicitant le docte auteur de l’œuvre monumentale qu’il venait de conduire à une si grande perfection, N. S. P. le Pape Benoît XV formait le vœu « que désormais, en ces temps profondément troublés par les plus tragiques événements, son ouvrage soit un appel aux âmes pour les convier à la conversion, à l’amende honorable, à la réparation sociale, en vue du relèvement de la famille humaine, en vue de l’extension de la religion de Notre-Seigneur Jésus-Christ, dans toute la pureté et l’opulence de sa doctrine, dans toute la tendresse de son amour Lettre autographe du 29 janvier 1916. ».

La mission principale de sainte Marguerite-Marie a été de montrer le Sacré Cœur de Jésus, de redire ses promesses et d’attirer beaucoup d’âmes à lui. Elle n’y a pas failli durant son existence terrestre. Ses écrits la continueront avec une merveilleuse efficacité. On ne résiste pas, en les lisant, à son apostolat entraînant. Il semble qu’ils contiennent une vertu de grâce qui s’en exhale suavement pour les lecteurs sincères et vraiment désireux de faire des progrès dans l’amour de Dieu. Les paroles des saints, et celles de la « Disciple bien-aimée » du divin Cœur, tout particulièrement, ont cette propriété qu’elles renferment, pour l’esprit et pour le cœur, des richesses qu’on ne découvre qu’en les lisant et les méditant plus d’une fois. Une nouvelle lecture, si elle est accompagnée d’un désir surnaturel et de la prière, fait soudain jaillir des lumières qui illuminent l’âme, au point qu’on est étonné et qu’on ne peut pas toujours retenir des cris de joie et d’admiration. C’est le privilège des écrits inspirés par l’Esprit de Dieu. Nous ne craignons pas de promettre aux lecteurs assidus de la Bienheureuse Marguerite-Marie, des découvertes spirituelles qui les réjouiront et seront pour eux, aux heures marquées par Dieu, selon leurs besoins, de vrais jaillissements de grâces, de forces et de consolations. Prenez et lisez : vous serez toujours réconfortés, excités à la piété et à la confiance. Vous pourrez y revenir souvent sans épuiser la fécondité divine de ces écrits tout pleins de la moelle de la vraie dévotion T. I, Préface, p. 28. .

Voici la méthode employée dans cette publication : — elle est identique à celle de la grande édition de 1915. — Les autographes ont été scrupuleusement reproduits, à un mot près ; on s’est borné à donner aux textes l’orthographe moderne. S’il a fallu suppléer quelques termes oubliés par la Servante de Dieu — ce qui n’étonnera pas, si on se rappelle qu’il lui était défendu de se relire — ces mots ont été mis entre crochets [ ]. Quant aux phrases incomplètes ou boiteuses, on les a laissées telles quelles, s’interdisant d’amender le style, par crainte de lui ôter quelque chose de sa vérité et de son charme.

Pour les autres manuscrits, qui sont des copies, faites peu après la mort de la Servante de Dieu, par des religieuses de la Visitation, on les a aussi reproduits très exactement, en reconstituant le meilleur texte.

Il ne sera pas inutile de noter ici que si la Servante de Dieu emploie souvent des formules de doute ou d’hésitation, ce n’est pas qu’il y ait incertitude dans son esprit ; mais elle obéissait à la recommandation de son directeur et de la Mère Greyfié qui lui avaient conseillé d’user de ces manières de parler humbles et modestes T. II, p. 12 et 18. .

Comme dans les précédentes éditions, le lecteur trouvera dans celle-ci un très grand nombre de passages soulignés. L’intégrité du texte primitif a toujours été constamment respectée, mais cette méthode a pour but d’attirer l’attention sur des choses qui, sans cela, passeraient peut-être inaperçues et de mettre ainsi en relief l’esprit des révélations du Sacré-Cœur. De plus, elle rappelle l’origine et le but de cet humble travail conçu il y a plus de quarante ans, dans la ville de Dijon, où venait de prendre naissance la Confrérie de prière et de pénitence, maintenant érigée en Archiconfrérie universelle et dont le siège a été fixé par le Souverain Pontife dans le sanctuaire national de Montmartre. Les révélations du Sacré Cœur ont, en effet, pour caractère dominant un amour ardent et sans mesure, mais un amour inséparablement uni à l’immolation, au sacrifice, à la pénitence ; amour qui a fait de la confidente par laquelle le divin Maître a voulu se révéler à nous, le type le plus achevé de victime.

Le Cœur de Jésus embrasé d’amour pour nous : voilà l’objet du culte que le Sauveur demande. La réparation du mépris qu’on fait de cet amour, surtout dans l’Eucharistie : en voilà la fin. Un amour très ardent pour le Sauveur et des grâces sans nombre : voilà quels en seront le fruit et la récompense.

Notre-Seigneur, qui se plaignait à Marguerite-Marie de ne recevoir des hommes, en réponse à son amour, que des ingratitudes et des froideurs, ne pourrait-il pas se plaindre aujourd’hui de recevoir d’un grand nombre, hélas ! une haine positive ? D’autre part, on ne peut nier que pour beaucoup de chrétiens de notre temps, la pénitence n’est plus qu’un souvenir et un mot. N’est-il pas facile de constater, pour peu qu’on réfléchisse, qu’entre tous les points de la vie chrétienne, elle est celui que nous avons le plus abandonné ? Nous ne voulons point renoncer à nos satisfactions de sensualité et d’amour-propre, nous manquons de cette générosité que l’amour divin réclame de nous pour le sacrifice, nous n’avons pas l’esprit habituel de pénitence pour nos propres fautes, et l’esprit de réparation pour les péchés d’autrui. Nous oublions facilement que si Notre-Seigneur a un grand désir que son Cœur soit honoré, c’est afin de renouveler

Sacré-Cœur avec couronne d'épines

dans les âmes les effets de sa Rédemption, et afin d’établir son nouveau règne parmi nous. « Aimons donc ce Sacré-Cœur qui sera l’autel de nos sacrifices. Oh ! qu’il est puissant ce divin Cœur pour apaiser la colère de Dieu, que la multitude de nos péchés a irritée, et a attiré sur nous toutes ces calamités dont nous nous trouvons affligés ! Mais il faut prier afin qu’il ne nous arrive pis. Les prières communes ont grand pouvoir auprès de ce Sacré Cœur, lequel détournera les rigueurs de la divine justice, se mettant entre elle et tous les pécheurs pour obtenir miséricorde. » (Lettre 112.)

A. Dubois, B.