Appendice I
Le Divin Rendez-vous
Il peut arriver que de bonnes raisons vous empêchent d’aller visiter Jésus-Christ dans les églises, où l’amour de son divin Cœur le fait habiter. En ce cas, il faut au moins y aller en esprit et par désir, imitant en cela le prophète Daniel qui, pendant la captivité de Babylone, ouvrait les fenêtres de sa chambre du côté de Jérusalem et fléchissait les genoux chaque jour à trois différentes heures, adorant son Dieu et lui rendant ses actions de grâces. (Dan., VI, 10.)
Quoique les visites spirituelles puissent se faire en tout temps, il est pourtant deux moments spécialement recommandés pour cela : c’est d’abord neuf heures du matin, en souvenir de l’entrée de Jésus dans la voie douloureuse de la Passion ; c’est ensuite quatre heures du soir, en mémoire du coup de lance qui nous ouvrit l’arche du divin Cœur. Cette pieuse pratique remonte à sainte Marguerite-Marie, comme ses écrits l’insinuent ; elle lui fut, sans aucun doute, demandée par Notre-Seigneur. Le premier écrit qui parut sur ce sujet fut publié du vivant de la sainte Visitandine, par une religieuse du monastère de la Visitation de Dijon, la Sœur Jeanne-Madeleine Joly, parente du vénérable chanoine Bénigne Joly (1644- 1694), surnommé le Père des pauvres. Enthousiasmée par les récits de la Mère de Saumaise, revenue de Paray après six années de supériorité (1672-1678) et ensuite définitivement fixée à Dijon après les trois années de son gouvernement à Moulins (1672-1682), la Sœur Jeanne-Madeleine avait été du premier coup gagnée à la chère dévotion et c’est à elle que la supérieure de Dijon s’était adressée pour obtenir une esquisse de l’image du Sacré Cœur, instamment sollicitée par Marguerite-Marie. Le 14 avril 1689, écrivant au P. Croiset, la Sainte de Paray lui disait : « Je ne sais si vous agréerez le mouvement dont [le sacré Cœur de notre Sauveur] me presse, qui est de vous présenter de sa part un petit livre, dont on nous a fait présent, que quelque personne fort zélée à sa gloire a fait imprimer, et il me semble vouloir que je m’en dépouille en votre faveur T. II, p. 519. . » Ce petit livre était celui de la Sœur Joly, imprimé à Dijon dès 1686 et distribué en peu de temps à des milliers d’exemplaires. La pieuse pratique recommandée dans ce petit livret a pour titre Le Divin Rendez-vous. C’est court, c’est clair et à la portée de tous, c’est la bonne et substantielle doctrine de saint François de Sales, si éloignée des mièvreries dont surabondent certains livres soi-disant ascétiques ; c’est la vraie et solide piété.
« Par ces petites pratiques, disait la sainte Maîtresse à ses novices, vous vous êtes gagné les bonnes grâces du sacré Cœur de Notre-Seigneur Jésus-Christ ; et en vous y rendant fidèles vous lui faites tant de plaisir que vous vous rendez l’objet de ses amoureuses complaisances ; et que cela le contente plus que tout ce que vous pourriez faire au reste, parce qu’il désire que cet adorable Cœur soit connu, aimé et honoré. C’est pourquoi vous ne lui sauriez faire plus de plaisir que de vous y employer de tout votre pouvoir T. II, p. 759. . »
Le Divin Rendez-vous.
Les Associés à l’Adoration perpétuelle du Sacré-Cœur de Notre-Seigneur Jésus-Christ sont invités de se trouver tous les jours ensemble, sur les neuf heures du matin, ou sur les quatre heures du soir, dans ce Sacré Cœur, comme dans un divin Rendez-vous, pour y rendre leurs hommages, chacun selon son attrait, et la mesure de sa grâce ; les uns pleureront leurs péchés ; les autres brûleront de l’amour de Dieu ; les autres adoreront par ce seul et unique Adorateur, pour ceux qui ne connaissent et n’adorent point Dieu ; d’autres chanteront les louanges divines, par ce Cœur adorable, en réparation de toutes les injures et les outrages des pécheurs ; d’autres s’uniront à la très sainte Vierge, à saint Joseph, aux saints Anges, ou à d’autres Saints, pour glorifier et aimer Dieu par son Fils unique ; tous s’uniront à aimer et à prier les uns pour les autres, et dans l’union de ce Sacré Cœur, prieront pour les nécessités de la sainte Eglise, [pour la prospérité des nations chrétiennes, et pour l’entière victoire de ce divin Cœur sur ses ennemis].
Tout cela fort simplement, sans aucune contrainte, ni assujettissement pour l’extérieur ; n’étant besoin que d’une élévation d’esprit et union de cœur à celui de Jésus-Christ et en son amour, à tous ceux qui sont à Lui et qui l’honorent.
Dieu soit béni !