Je me sentais aigrie à cause de l’absence de mon éminent et unique Dieu. J’avais le sentiment que tout était fini pour moi, que celui qui est toute ma vie ne reviendrait plus, et que tout le passé n’avait été qu’illusion. Oh ! si cela avait été en mon pouvoir, j’aurais brulé tous les écrits afin qu’aucune trace ne reste à mon sujet.
Ma nature aussi ressentait l’effet douloureux de cela, mais il est inutile de mettre sur papier tout ce que je traversais parce que, cruel, le papier non plus n’a pas un mot de réconfort pour moi et ne me redonne pas celui après qui je languis tant
Au contraire, en racontant ces choses, mes douleurs deviennent encore plus amères.
Ceci dit, je poursuis. Pendant que j’étais dans cet état si lamentable, mon toujours aimable Jésus se montra avec un bâton de feu à la main, me disant :
« Ma fille, où veux-tu que Je te frappe avec ce bâton ? Je veux frapper le monde et, par conséquent, Je viens à toi pour voir combien de coups tu veux recevoir, le reste devant aller aux créatures. Alors, dis-moi où veux-tu que Je te frappe ?»
Aigrie comme je l’étais, je répondis : « Frappe-moi où Tu veux, je ne veux rien savoir d’autre que ta Volonté. »
Il reprit : « Je veux que tu me dises où tu veux que Je te frappe. » Je poursuivis : « Non, non, je ne Te dirai jamais cela Je veux que tu me frappes là où Toi Tu le veux. »
Jésus me redemanda encore la même chose et, voyant que je continuais à répondre : « Je ne veux que ta Volonté », Il me dit : « Tu ne veux même pas me dire où tu veux que Je te frappe ?»
Puis, sans plus, Il me frappa. Ses coups étaient douloureux mais, comme ils provenaient des mains de Jésus, ils infusaient en moi Vie, Force et Confiance.
Après qu’Il m’eût frappée et que je me fusse sentie toute tabassée, je m’accrochai à son cou et, approchant ma bouche de la Sienne, j’essayai de sucer. Alors un très doux liquide vint dans ma bouche qui me réconforta beaucoup.
Mais ce n’était pas ce que je cherchais, je voulais plutôt son amertume. Il en avait tellement dans son très saint Cœur.
Après, je lui dis : « Mon Amour, quel sort difficile est le mien, ton absence me tue et la crainte que je puisse m’éloigner de ta Volonté m’écrase.
Dis-moi : en quoi T’ai-je offensé ? Pourquoi me quittes-Tu ? Et même si Tu es avec moi en ce moment, je ne pense pas que Tu sois venu pour demeurer avec moi comme auparavant, mais que Tu n’es que de passage. Ah ! comment puis-je être sans Toi, ma Vie ? Dis-le-moi !» Puis j’éclatai en sanglots.
Me pressant contre Lui, Il me dit : « Ma pauvre fille, ma pauvre fille, courage, ton Jésus ne te quitte pas.
Tu ne dois pas craindre non plus que tu puisses sortir de ma Volonté, car ta volonté est enchaînée à mon Immutabilité.
Au plus, ce sont des pensées, des impressions que tu ressens, mais pas de vrais actes. En fait, puisque l’Immutabilité de ma Volonté est en toi,
- si ta volonté était sur le point de quitter la Mienne, tu ressentirais la Fermeté et la Force de mon Immutabilité et ta volonté serait encore plus enchaînée à la Mienne.
D’ailleurs, aurais-tu oublié que Je ne suis pas seulement dans ton cœur, mais dans le monde entier, et que, de ton intérieur, Je dirige la destinée de toutes les créatures ?
Ce que tu ressens n’est rien d’autre que la manière dont le monde se comporte avec Moi et les douleurs qu’il Me donne. Puisque Je suis en toi, ces choses se réfléchissent sur toi. Ah ! ma fille, combien le monde nous donne à souffrir !
Mais viens, courage ! Lorsque Je vois que tu ne peux plus en prendre, Je laisse tout et Je viens auprès de ma fille pour la réconforter et Me réconforter des peines que le monde Me donne. »
Ayant dit cela, Il disparut. J’étais fortifiée, oui, mais avec tant de mélancolie, au point de me sentir mourir. Je me sentais comme plongée dans un bain d’amertume et d’afflictions, tellement que je n’avais pas la force de dire à Jésus : « Reviens. »
Ensuite, pendant que je faisais mes prières habituelles, mon bien-aimé Jésus revint et Il me dit : « Ma fille, dis-moi pourquoi tu es si mélancolique.
Vois, Je reviens du milieu des créatures avec des larmes dans les yeux, le cœur percé, trahi par beaucoup, et Je me disais :
”Allons vers ma fille, ma petite nouvelle-née de ma Volonté, afin qu’elle assèche mes larmes. Par ses actes faits dans ma Volonté, elle Me donnera de l’amour et tout ce que les autres ne Me donnent pas. Je Me reposerai en elle et la réconforterai par ma Présence.” Mais Je te trouve si mélancolique que Je dois mettre mes douleurs de côté pour m’occuper de soulager les tiennes.
Ne sais-tu pas que la gaieté est pour l’âme ce que sont
- le parfum pour les fleurs,
- les condiments pour les aliments,
- la bonne mine pour les gens,
- la maturité pour les fruits,
- le soleil pour les plantes ?
Aussi, par cette mélancolie, tu ne M’as pas laissé trouver
- un parfum qui puisse Me réconforter,
- ni un aliment savoureux,
- ni un fruit mûr. Plutôt, tu es blême à M’émouvoir de pitié. Pauvre fille, courage, accroche-toi à Moi, n’aie pas peur !»
Je m’accrochai à Lui. J’aurais voulu éclater en larmes et je sentais ma voix suffoquer. Mais je m’armai de force, contins mes larmes et je lui dis :
« Jésus, mon Amour, mes douleurs ne sont rien comparé aux Tiennes. Alors penchons-nous sur tes douleurs, si Tu ne veux pas ajouter plus d’amertume aux miennes. Laisse-moi sécher tes larmes et fais-moi partager les douleurs de ton Cœur. »
Il me fit partager ses douleurs et, me montrant les graves péchés présents dans le monde et ceux à venir. Il disparut.