J’étais hors de mon corps et je prenais une longue marche pendant laquelle je marchais un bout avec Jésus et un bout avec ma Reine Maman. Quand Jésus disparaissait, je me trouvais avec Maman et, quand elle disparaissait, je me trouvais avec Jésus.

Jésus et Marie étaient très affables et me disaient beaucoup de choses. J’avais tout oublié : mes souffrances et même mes privations. Je pensais que je n’allais plus jamais perdre cette compagnie enchanteresse. Oh ! comme il est facile d’oublier le mal quand on est en face du bien !

À la fin de la marche, la céleste Maman me prit dans ses bras. J’étais très petite.

Elle me dit : « Ma fille, je veux te renforcer en tout. » Il me sembla que, de ses saintes mains,

  • elle écrivait sur mon front et y mettait un sceau ; de même,
  • elle écrivit sur mes yeux, ma bouche, mon coeur, mes mains et mes pieds en mettant un sceau à chaque endroit.

Je voulais savoir ce qu’elle écrivait sur moi, mais je n’arrivais pas à le lire. Cependant, sur ma bouche, j’ai compris quelques lettres qui disaient “annihilation de tout goût” Immédiatement, j’ai dit : « Merci, ô Maman, de m’enlever tout goût qui n’est pas de Jésus. »

Je voulais comprendre le reste, mais ma Mère me dit :

« Il n’est pas nécessaire que tu le saches. Aie confiance en moi. J’ai fait le nécessaire. » Elle me bénit et disparut, après quoi je me retrouvai dans mon corps.

Plus tard, mon doux Jésus revint. Il était un tendre petit bébé pleurant et grelottant de froid. Il se jeta dans mes bras pour être réchauffé. Je l’ai serré sur moi et je me suis fondue dans sa Volonté

  • afin de prendre les pensées de tous,
  • de les ajouter aux miennes et d’en entourer Jésus grelottant. Je Lui présentai aussi les adorations de toutes les intelligences créées.

Ensuite, je me suis emparé des regards de tous

  • et je les ai dirigés vers Jésus pour le distraire de ses pleurs.

Je m’emparai également des bouches, des paroles et des voix de toutes les créatures, afin que toutes le baisent pour qu’Il ne pleure plus et qu’Il soit réchauffé par leur haleine.

L’enfant Jésus cessa de pleurer puis, comme s’Il se sentait réchauffé, Il me dit :

« Ma fille, as-tu compris ce qui Me faisait trembler de froid et pleurer ? C’était l’abandon des créatures. Tu les as toutes placées autour de Moi et J’ai senti que toutes Me regardaient et m’embrassaient. C’est ainsi que J’ai cessé de pleurer.

Sache que ce que Je souffre dans mon sacrement d’Amour est plus dur encore que ce que Je souffrais dans la crèche en tant qu’enfant.

  • La grotte, quoique froide, était spacieuse. J’y trouvais de l’air pour respirer. L’hostie est froide elle aussi, mais elle est si petite que J’y manque d’air.

  • Dans la grotte, J’avais une mangeoire et un peu de paille comme lit. Dans ma vie sacramentelle, même la paille Me manque et, pour lit, Je n’ai qu’un dur et froid métal.

  • Dans la grotte, J’avais ma chère Maman qui Me prenait très souvent avec ses mains très pures et me couvrait de ses chaleureux baisers afin de Me réchauffer et d’apaiser mes pleurs. Elle Me nourrissait de son lait très doux.

Dans ma vie sacramentelle, c’est tout l’opposé : Je n’ai pas ma Maman et, si on Me prend, Je ressens souvent la touche de mains indignes qui sentent la terre et le fumier. Oh ! comme Je sens leur puanteur plus que le fumier que Je sentais dans la grotte ! Plutôt que de Me couvrir de baisers, ils Me couvrent d’actes irrévérencieux. Plutôt que du lait, ils Me donnent l’amertume

  • de leurs sacrilèges, de leur indifférence et de leur froideur.

  • Dans la grotte, saint Joseph ne me privait jamais d’un peu de lumière ou d’une petite lampe pendant la nuit. Dans le sacrement, combien de fois Je reste dans le noir, même la nuit !

Oh ! comme ma situation sacramentelle est souffrante ! Combien de larmes cachées qui ne sont vues de personne ! Combien de gémissements qui ne sont pas entendus !

Si ma situation comme nourrisson te porte à la pitié, combien devrais-tu être émue de pitié pour ma situation sacramentelle. »