Étant très affligée à cause de mon pauvre état, je me sentais dégoûtée à mes propres yeux et abominable aux yeux de Dieu. Je me sentais comme si le Seigneur m’avait laissée à mi-chemin et que, sans Lui, je ne pouvais aller plus loin.
J’avais le sentiment
- qu’Il ne voulait plus se servir de moi pour épargner au monde des châtiments
- que c’était pourquoi Il avait éloigné de moi les croix, les épines et mis fin à toute participation à sa Passion et à ses communications.
La seule chose que je voyais,
- c’était qu’Il veillait à ce que je demeure dans la paix.
« Mon Dieu, quelle douleur ! Si Tu ne me distrayais pas de ma perte de la croix, de Toi et de tout, j’en mourrais de douleur. Ah ! si ce n’était de ta Sainte Volonté, dans quel océan de difficultés je serais noyée ! Oh ! garde-moi toujours dans ta Sainte Volonté et cela me suffit. »
J’étais dans mon état habituel et, en pleurant, je me disais « Le bon Jésus n’a aucunement tenu compte de moi, ni de mes années passées au lit, ni de mes sacrifices, de rien Sinon Il ne m’aurait pas laissée. » Et je pleurais et pleurais.
À un moment, j’ai senti qu’Il bougeait en moi et j’ai perdu conscience. Cependant, même hors de mon corps, je continuais à pleurer. Puis, comme si une porte s’était ouverte en moi, j’ai vu Jésus. Je me sentais si irritée que je ne Lui ai rien dit et je n’ai fait que continuer à pleurer.
Il m’a dit : « Calme-toi, calme-toi, ne pleure pas. Si tu pleures, Je sens qu’on Me touche le Cœur et Je M’évanouis d’Amour pour toi ! Veux-tu donc accroître mes Souffrances à cause de ton amour ?»
Puis, en prenant un air majestueux et comme assis sur un trône dans mon cœur, il sembla tenir une plume et écrire. Se tournant vers moi, Il me dit :
« Vois si Je ne tiens pas compte de tes choses,
- non seulement de tes années passées au lit,
- de tes sacrifices,
- mais encore des pensées que tu as eues pour Moi : J’écris tes affections, tes désirs, tout, et même ce que tu voudrais faire et souffrir mais que tu ne peux pas parce que Je ne te le permets pas.
Je compte tout, pèse tout et mesure tout afin que rien ne soit perdu et que tu sois récompensée pour tout.
Toutes ces choses que J’écris, Je les garde dans mon Cœur. »
Ensuite, je ne sais comment, je me suis retrouvée en Jésus alors qu’auparavant je me trouvais dans mon propre intérieur. Ma tête semblait être à la place de la Sienne Et tous mes membres former son Corps.
Il me dit : « Vois comment Je te garde, comme mon propre corps. »
Puis, Il disparut. Un peu plus tard, comme je continuais d’être affligée et que je fondais en larmes à tout moment,
Il me dit : « Courage, ma fille, Je ne t’ai pas laissée. Je reste caché parce que si Je me montrais comme auparavant, tu Me garderais continuellement attaché et Je ne pourrais plus châtier le monde.
Je ne t’ai pas non plus laissée à mi-chemin. As-tu oublié ce que sont ces dernières années de ta vie ? Ce sont des années voulues par ton confesseur. Ne te rappelles-tu pas que, à quatre ou cinq reprises,
- tu t’es trouvée en lutte contre Moi,
Moi qui voulais t’emmener
- alors que tu me disais que ton confesseur ne le voulait pas. Ainsi, Moi qui t’avais préparée pour te prendre avec Moi, J’étais obligé de te laisser. En conséquence, tu vis des années de pause et de patience.
La charité et l’obéissance ont leurs propres épines qui
- ouvrent de grandes blessures et font saigner le cœur, mais qui font éclore des roses vermeilles des plus odoriférantes et belles.
En percevant chez ton confesseur
- sa bonne volonté, sa charité et
- sa crainte que le monde soit châtié, J’ai coopéré avec lui en quelque sorte.
Mais, si personne ne s’était interposé, tu ne serais certainement pas ici. Allons, courage, l’exil ne sera quand même pas si long. Et Je te promets que le jour vient où Je ne me laisserai vaincre par personne. »
Qui pourrait dire dans quelle mer d’amertume je nage.
Je suis réconfortée, oui, mais attristée jusqu’à la moelle de mes os. Je ne peux me rappeler tout cela sans pleurer,
- à tel point qu’en disant cela à mon confesseur, mes larmes coulaient avec tant d’abondance que je semblais être fâchée contre lui. Je lui ai vraiment dit : « Vous êtes la cause de mes maux. »