J.M.J.

Cracovie, le 10 janvier 1938

Ma préparation à la sainte Communion

Sœur Marie Faustine du Saint Sacrement Congrégation des Sœurs de Notre-Dame de la Miséricorde

Le moment le plus solennel de ma vie est celui où je reçois la sainte Communion. Mon âme soupire après chaque communion, et, pour chacune d’elles, je rends grâce à la Très Sainte Trinité.

Si les anges pouvaient nous envier, ce serait pour deux choses : l’une est la sainte Communion, l’autre, la souffrance.

1805 1. + Aujourd’hui, je me prépare à ta venue comme une épouse attendant son Époux. C’est un grand Seigneur que celui que mon cœur aime ! Les cieux ne peuvent le contenir. Les Séraphins qui L’entourent voilent leur face en sa présence et répètent sans cesse : « Saint, Saint, Saint ! »

Ce grand Seigneur est mon Époux. C’est pour lui que les Chœurs des anges chantent, c’est devant lui que les Trônes se prosternent, devant son éclat le soleil pâlit. Et pourtant ce grand Seigneur est mon Époux. Ô mon cœur, sors de ta profonde méditation sur la manière dont les autres l’adorent, parce que tu n’en as plus le temps : Le voilà qui approche, il est déjà devant ta porte !

Je vais à sa rencontre et je l’invite dans la demeure de mon cœur en m’abaissant profondément devant sa majesté. Mais le Seigneur me relève de la poussière et m’invite comme son épouse à m’asseoir à ses côtés et à lui dire tout ce que j’ai dans le cœur. Et moi, enhardie par sa bonté, je pose ma tête sur sa poitrine et je lui confie tout. D’abord, je lui dis tout ce que je n’aurais jamais dit à aucune créature. Ensuite, je lui parle des besoins de l’Église, des âmes des pauvres pécheurs : elles ont tellement besoin de sa miséricorde ! Mais le temps passe vite. Jésus, il faut que je parte, que j’aille accomplir les tâches qui m’attendent ! Jésus me dit de rester encore un moment, le temps de nous dire au revoir. Nous échangeons un profond regard et nous voilà séparés pour un moment, mais seulement en apparence, jamais en réalité, car nos cœurs sont constamment unis. Même si, à l’extérieur, je suis accaparée par mes diverses tâches, la présence de Jésus me plonge sans cesse dans un profond recueillement.

1807 2. + Aujourd’hui, ma préparation à la venue de Jésus est brève, mais pleine d’un amour ardent. La présence de Dieu me pénètre et m’enflamme d’amour pour lui. Il n’y a pas de mots, il n’y a qu’une compréhension intérieure. Je m’abîme complètement en Dieu par amour. Le Seigneur s’approche de la demeure de mon cœur. Après avoir communié, j’ai juste assez de conscience pour revenir m’agenouiller sur mon prie-Dieu. À cet instant, mon âme s’abîme complètement en Dieu et je ne sais pas ce qui se passe autour de moi. Dieu me donne la connaissance intérieure de son Être Divin. Ces moments sont brefs, mais pénétrants. Quand je quitte la chapelle, mon âme est profondément recueillie et rien ne peut la distraire. À cet instant-là, j’ai l’impression d’effleurer à peine le sol. Aucun sacrifice ne m’est difficile ou pénible tout au long de la journée. Tout ce qui advient est l’occasion d’un nouvel acte d’amour.

1808 3. + Aujourd’hui, j’invite Jésus dans mon cœur comme l’amour. Tu es l’amour-même. Tu embrases le ciel tout entier et tu remplis d’amour. Mon âme te désire, comme la fleur le soleil. Jésus, viens vite dans mon cœur, car, tu le vois, comme la fleur se tourne vers le soleil, ainsi mon cœur s’élance vers toi. Je déploie la corolle de mon cœur pour recevoir ton amour.

Lorsque Jésus est venu dans mon cœur, tout dans mon âme a frémi de vie et de chaleur. Ô Jésus, prends l’amour qui est dans mon cœur et verses-y le tien : un amour ardent et rayonnant qui sait s’offrir en sacrifice et s’oublier totalement.

Aujourd’hui, ma journée est marquée par le sacrifice…

4. + Qui suis-je, Seigneur, et qui es-tu, ô Roi de gloire, de gloire éternelle ? Ô mon cœur, réalises-tu qui vient aujourd’hui chez toi ? Je le sais, mais, étrangement, je n’arrive pas à le concevoir. Ah ! s’il s’agissait seulement d’un roi, mais c’est le Roi des rois, le Seigneur des seigneurs ! Devant lui tremblent toute puissance et tout pouvoir. Et aujourd’hui, il vient dans mon cœur ! Mais je l’entends s’approcher, je vais à sa rencontre et je l’invite. Au moment où il entre dans la demeure de mon cœur, mon âme est saisie d’une telle vénération qu’elle défaille d’effroi et tombe à ses pieds. Jésus lui tend la main et lui permet avec bonté de prendre place à côté de lui. Il la rassure : « Vois donc, j’ai quitté mon trône céleste pour venir m’unir à toi. Ce que tu vois est à peine un coin du voile soulevé, et déjà ton âme défaille d’amour ; mais quel éblouissement pour ton cœur quand tu me contempleras dans toute ma gloire ! Cependant, je veux te dire que la vie éternelle doit déjà commencer sur cette terre avec la sainte Communion.

Chaque Communion te rendra plus apte à être en union avec Dieu pendant toute l’éternité. »

Ainsi donc, mon Roi, je ne te demande rien, bien que je sache que tu peux tout me donner. Je te demande une seule chose, c’est de rester pour les siècles le Roi de mon cœur. Cela me suffit.

Aujourd’hui, je renouvelle mon allégeance à mon Roi par la fidélité aux inspirations intérieures.

1813 5. + Aujourd’hui, je ne m’efforce à aucune préparation spéciale. Je suis incapable de penser, alors que je ressens beaucoup de choses. Mon cœur soupire après le moment où Dieu viendra le visiter. Quand le Seigneur arrive, je me jette dans ses bras et je lui dis mon insuffisance et ma misère. Je lui confie toute la douleur de mon cœur - celle de ne pas pouvoir l’aimer autant que je le désire. J’éveille en mon âme des actes de foi, d’espérance et de charité, et je passe ma journée ainsi.

1814 6. + Aujourd’hui, ma préparation est courte. Une foi forte et vivante déchire presque le voile de l’amour. La présence de Dieu pénètre mon cœur comme un rayon de soleil pénètre le cristal. Au moment où je reçois Dieu, tout mon être s’abîme en lui. Je suis pleine de stupéfaction et d’émerveillement quand je vois la souveraine majesté divine s’abaisser jusqu’à moi, qui suis la misère même. Mon âme déborde d’une immense gratitude envers lui pour toutes les grâces dont il me comble, en particulier pour la grâce de la vocation religieuse.

1815 7. + Aujourd’hui, je désire m’unir à Jésus dans la sainte Communion le plus étroitement possible par l’amour. Je désire Dieu avec tant d’ardeur qu’il me semble que le moment où le prêtre me donnera la sainte Communion n’arrivera jamais. Ce désir de Dieu est tellement fort que mon âme est prête à défaillir.

Quand j’ai reçu le Seigneur dans mon cœur, le voile de la foi s’est déchiré. Jésus m’est apparu et m’a dit : « Ma fille, ton amour me console de la froideur de nombreuses âmes. » Après ces paroles, je suis restée seule, mais j’ai passé tout le reste de la journée en esprit de réparation.