Le Créateur et les créatures. Je t’adore, Créateur et Seigneur, caché dans le Très Saint Sacrement. Je t’adore pour toutes les œuvres de tes mains, qui me révèlent tant de sagesse, de bonté et de miséricorde. Ô Seigneur, tu as semé tant de beauté par toute la terre, et cette beauté me parle de ta splendeur, bien qu’elle ne soit qu’un faible reflet de toi, ô Beauté inconcevable ! Et, bien que tu te sois caché et que tu aies caché ta beauté, mon regard, éclairé par la foi, parvient jusqu’à toi. Mon âme reconnaît son Créateur, son bien suprême, et mon cœur tout entier se plonge dans une prière d’adoration. Mon Créateur et mon Seigneur, ta bonté m’encourage à te parler. Ta miséricorde abolit entre nous l’abîme qui sépare le Créateur de sa créature. Parler avec toi, Seigneur, fait les délices de mon cœur. En toi, je trouve tout ce que mon cœur peut désirer. Là, ta lumière éclaire mon intelligence et la rend apte à te connaître toujours plus profondément. Là, des torrents de grâces se répandent dans mon cœur. Là, mon âme puise la vie éternelle. Mais, par-dessus tous ces dons, toi, ô mon Créateur et Seigneur, tu te donnes toi-même à moi, tu viens t’unir étroitement à ta misérable créature. Ici, nos cœurs se comprennent au-delà des mots. Ici, personne n’est en mesure d’interrompre notre conversation. Ce dont je parle avec toi, ô Jésus, c’est notre secret. Les créatures ne le sauront jamais et les anges n’osent pas le demander. Ce sont des pardons secrets que Jésus et moi seuls connaissons, c’est le mystère de sa miséricorde qui embrasse chaque âme en particulier. Je t’adore, ô Créateur et Seigneur, de tout mon cœur et de toute mon âme pour ton inconcevable bonté. Et, quoique mon adoration soit si pauvre et si insignifiante, je suis en paix, car je sais que tu vois qu’elle est sincère, malgré son insuffisance…
Pendant que j’écrivais ces mots, j’ai vu le Seigneur. Il était penché sur moi et il m’a demandé : « Ma fille, qu’écris-tu ? » J’ai répondu : « Je parle de toi, Jésus, de toi caché dans le Très Saint Sacrement, de ton amour inconcevable et de ta miséricorde envers les hommes. » Jésus m’a dit : « Secrétaire de mon plus profond mystère, sache que tu es dans une intimité exclusive avec moi. Ta mission est d’écrire tout ce que je te fais connaître de ma miséricorde pour le profit des âmes, afin qu’en lisant cet écrit, elles se sentent réconfortées et qu’elles aient le courage de s’approcher de moi. Je veux donc que tu consacres tous tes moments libres à écrire. » J’ai demandé : « Ô Seigneur, mais aurai-je toujours, ne serait-ce qu’un moment, pour écrire ? » Jésus m’a répondu : « Ce n’est pas à toi d’y penser ; fais seulement tout ce que tu peux. Je disposerai toujours les circonstances de façon que tu puisses accomplir sans difficulté ce que j’exige de toi… »
Aujourd’hui, une personne laïque est venue me voir. Elle a été pour moi une source de grands désagréments : elle a abusé de ma bonté et a proféré beaucoup de mensonges. Lorsque je l’ai aperçue, mon sang s’est d’abord glacé dans mes veines, car tout ce que j’ai dû souffrir à cause d’elle s’est présenté à mes yeux, bien qu’un seul mot eût suffi à m’en libérer. L’idée m’est venue de lui faire savoir la vérité immédiatement et sans appel. Mais, soudain, la miséricorde de Dieu est apparue devant mes yeux et j’ai résolu de me comporter envers cette personne comme Jésus l’aurait fait à ma place. J’ai commencé à lui parler avec douceur et, quand elle a exprimé le désir de me parler seul à seul, je lui ai clairement, mais très délicatement fait connaître le triste état de son âme. J’ai vu sa profonde émotion, bien qu’elle me la cachât. C’est alors qu’une tierce personne est entrée, mettant fin à notre conversation en tête-à-tête. Cette personne m’a demandé un verre d’eau et deux autres choses, et je lui ai volontiers donné satisfaction. Mais, sans la grâce de Dieu, je n’aurais pas été capable de me comporter ainsi envers elle. Quand elles sont parties, j’ai remercié Dieu de m’avoir soutenue de sa grâce pendant tout ce temps.
J’ai alors entendu ces mots : « Je me réjouis que tu aies agi comme ma véritable fille. Sois toujours miséricordieuse, comme moi je suis miséricordieux. Aime tout le monde, même tes plus grands ennemis, pour l’amour de moi, afin que ma miséricorde puisse se refléter dans ton cœur dans toute sa plénitude. »
Ô Christ, cela exige d’immenses efforts, mais, avec ta grâce, on peut tout.
Je me sens assez bien aujourd’hui, et je me réjouissais de pouvoir faire l’Heure sainte, mais lorsque je l’ai commencée, mes souffrances physiques ont augmenté au point que je n’étais pas capable de prier. Quand l’Heure sainte fut achevée, mes souffrances se sont également terminées. Je me suis plainte au Seigneur, parce que j’avais tant désiré me plonger dans son amère Passion, mais mes souffrances m’en avaient empêchée. Alors Jésus m’a dit : « Sache, ma fille, que lorsque je te permets de ressentir et de connaître plus profondément ma souffrance, c’est par un effet de ma grâce. Mais lorsque ton esprit est obscurci et que tes souffrances sont très grandes, tu prends véritablement part à ma Passion et je te rends entièrement semblable à moi. Il t’appartient de te soumettre à ma volonté, dans ces moments-là plus qu’à tout autre moment… »
J’accompagne souvent les âmes des agonisants C'était la pratique préférée de sœur Faustine bien avant son entrée dans la Congrégation. et j’obtiens par mes prières qu’elles aient confiance en la miséricorde divine. Je supplie Dieu de leur accorder son immense grâce, qui triomphe toujours. La miséricorde divine atteint parfois le pécheur au dernier moment, d’une manière singulière et mystérieuse. À l’extérieur, il nous semble que tout est perdu, mais il n’en est pas ainsi : l’âme, illuminée par le puissant rayon de la grâce suprême de Dieu, se tourne vers lui avec un tel élan d’amour qu’en un instant, elle reçoit de Dieu le pardon de ses fautes et la remise de leurs peines. À l’extérieur, elle ne nous donne aucun signe de regret ou de repentir, car elle ne réagit plus aux choses extérieures. Ah ! que la miséricorde divine est impénétrable ! Mais, horreur ! il y a aussi des âmes, qui, volontairement et consciemment, rejettent cette grâce et la méprisent. Et pourtant, même au moment de l’agonie, Dieu, dans sa miséricorde, donne à l’âme ce moment de clarté intérieure, si bien que l’âme a la possibilité de revenir à Dieu, si elle le veut. Mais il y a parfois des âmes tellement endurcies qu’elles choisissent consciemment l’enfer. Elles font échouer toutes les prières que d’autres âmes adressent à Dieu à leur intention, et les efforts de Dieu lui-même…