Le 10 mars . Souffrances physiques continuelles; je suis sur la croix avec Jésus. Un jour, la mère supérieure m’a dit : « Cela aussi est un manque d’amour du prochain chez vous, ma sœur :

vous mangez, puis vous souffrez et vous dérangez les autres pendant la nuit. » Or, je sais avec certitude que ces douleurs dans mes entrailles ne sont pas du tout causées par la nourriture. D’ailleurs, le médecin l’a dit aussi. Ce sont les douleurs qui viennent de l’organisme, ou plutôt, de la volonté de Dieu. Cependant, quand j’ai entendu cette remarque, j’ai décidé de souffrir plus souvent en secret et de ne plus demander d’aide ; d’abord, parce qu’elle est inefficace, car je rends avec des vomissements les médicaments que l’on me donne, ensuite, parce que j’ai réussi à surmonter plusieurs crises que Jésus seul connaît. Ces douleurs sont si violentes et si intenses qu’elles me font perdre connaissance, et c’est seulement lorsque je suis évanouie et couverte de sueur froides qu’elles s’estompent progressivement. Elles durent parfois trois heures et même plus. Ô mon Jésus, que ta sainte volonté soit faite ! J’accepte tout ce qui vient de ta main. Puisque j’accepte les ravissements et les transports d’amour jusqu’à oublier ce qui se passe autour de moi, il est juste que j’accepte aussi avec amour ces souffrances qui me font perdre conscience.

Quand le médecin est venu, je n’ai pas pu descendre au parloir comme les autres sœurs, et il a demandé à me voir, car, pour une certaine raison, il ne m’était pas possible de descendre. Un peu plus tard, le médecin est entré dans ma cellule, il m’a examinée et il m’a dit : « Je dirai tout à la sœur infirmière. » Quand le médecin est parti, la sœur infirmière est venue et je lui ai dit la raison pour laquelle je n’étais pas descendue au parloir. Elle m’a manifesté son vif mécontentement. Je lui ai demandé : « Ma sœur, qu’a dit le médecin au sujet de ces douleurs ? » Elle m’a répondu qu’il n’avait rien dit, que je n’avais rien , qu’il avait dit que la malade faisait des caprices. Puis elle est partie. Alors, j’ai dit à Dieu : « Ô Christ, donne-moi l’endurance et la force de souffrir, donne à mon cœur un amour pur envers cette sœur ! » Après cela, elle n’est plus venue me voir pendant toute une semaine, et pourtant ces douleurs sont revenues et ont duré presque toute la nuit, au point qu’il me semblait que ma fin était venue. Les supérieures ont décidé de consulter un autre médecin, qui, lui, a constaté que mon état était grave. Il m’a dit : « On ne peut pas vous refaire une nouvelle santé. On peut remédier à une petite chose ici et là, mais il n’est plus question pour vous de recouvrer la santé. » Il m’a prescrit un médicament contre ces douleurs et les crises ne se sont plus reproduites. Il a ajouté : « Et si vous venez ici, eh bien ! nous allons essayer de vous réparer un peu la santé, si c’est encore possible. » Ce médecin voulait absolument que j’aille faire une cure là-bas. Ô mon Jésus, comme tes desseins sont étranges !

C’est Jésus qui m’ordonne d’écrire tout ceci pour la consolation d’autres âmes qui seront parfois en proie à des souffrances semblables.

Bien que je me sente très faible, je suis allée chez ce médecin, car telle était la volonté des supérieures. La sœur qui devait m’accompagner était très mécontente et me l’a montré à de nombreuses reprises. Elle a fini par me dire: « Qu’allons-nous faire ? Je n’ai pas assez d’argent pour prendre un fiacre. » Je n’ai rien répondu. – « Peut-être n’y aura-t-il même pas de fiacre. Comment ferons-nous ce long chemin ? » Elle disait cela, et beaucoup d’autres choses, uniquement pour m’inquiéter, car nos chères supérieures lui avaient donné assez d’argent pour tout et il n’en manquait

pas. Quand j’eus débrouillé cette affaire dans mon esprit, j’ai ri et j’ai dit à la sœur que j’étais tout à fait tranquille et que nous devions mettre notre confiance en Dieu, mais j’ai vu que mon calme l’agaçait. J’ai alors commencé à prier à son intention.

Ô mon Seigneur, tout cela pour toi, afin d’obtenir ta miséricorde pour les pauvres pécheurs. Quand je suis rentrée, j’étais si fatiguée que j’ai dû me coucher immédiatement, mais c’était le jour de la confession trimestrielle et je me suis efforcée d’y aller, parce que j’avais besoin non seulement de me confesser, mais aussi de demander conseil à mon directeur. J’ai commencé à me préparer, mais je me sentais si faible que j’ai décidé de demander à la mère supérieure l’autorisation de passer avant les novices Il était d'usage dans la Congrégation que les novices se confessaient avant les sœurs professes. C'est pourquoi la supérieure a conseillé à sœur Faustine de demander à la maîtresse des novices l'autorisation de se confesser avant les novices. . La mère supérieure m’a répondu : « Allez voir la sœur maîtresse La maîtresse des novices était sœur Kaliksta Piekarczyk. . Si elle vous permet de passer avant les novices, c’est bien. » Cependant, comme il n’y avait plus que trois sœurs avant moi pour la confession, j’ai attendu, parce que je n’avais pas la force de chercher la sœur maîtresse. Au moment où mon tour est venu, je me sentais si mal que je n’ai pas pu rendre compte de l’état de mon âme : c’est à peine si je me suis confessée. C’est là que j’ai compris combien l’esprit est nécessaire; la lettre seule ne fait pas grandir l’amour.

Ce jour-là, il y a eu quelques malentendus entre la supérieure et moi. Ce n’était ni sa faute, ni la mienne, mais la souffrance morale demeure. Je n’ai pas pu expliquer cette chose, parce que c’est un secret. C’est pourquoi j’ai souffert, alors que, d’un seul mot, j’aurais pu prouver la vérité.