• Je termine l’année par des souffrances, et je commence la nouvelle année également par des souffrances. Deux jours avant le Jour de l’An, j’ai dû m’aliter, parce que je me sentais extrêmement mal. J’étais affaiblie par une violente toux et épuisée par des douleurs ininterrompues de l’intestin et des nausées. Bien que je n’aie pas pu prendre part aux offices de la communauté, je me suis unie en esprit à toute la Congrégation. Lorsque les sœurs se sont levées à onze heures du soir pour veiller et saluer le Nouvel An, j’étais en proie à des douleurs atroces qui avaient commencé au crépuscule et ont duré jusqu’à minuit. J’ai joint mes souffrances aux prières des sœurs qui veillaient dans la chapelle, afin de réparer les offenses commises envers Dieu par les pécheurs.

Lorsque minuit a sonné, mon âme s’est plongée dans un recueillement plus profond et j’ai entendu une voix dans mon âme : « N’aie pas peur, mon enfant, tu n’es pas seule. Lutte avec courage, parce que mon bras te soutient. Lutte pour le salut des âmes en les incitant à avoir confiance en ma miséricorde, car c’est là ta mission dans cette vie et dans l’autre. » Après ces paroles, j’ai mieux compris la miséricorde de Dieu. Seule l’âme qui le veut elle-même sera damnée, parce que Dieu ne damne personne.

C’est aujourd’hui le Nouvel An. Ce matin, je me suis sentie si mal que c’est à grand peine que je me suis rendue dans la cellule voisine pour communier. Comme je n’ai pu aller à la sainte messe à cause de mes nausées, j’ai fait l’action de grâce dans mon lit. Je désirais tant assister à la sainte messe et me confesser ensuite au père Andrasz ! Mais je me sentais si mal que je n’ai pu faire ni l’un, ni l’autre, et cela a été une grande souffrance pour mon âme.

Après le petit déjeuner, la sœur infirmière La sœur infirmière, sœur Chryzostoma Korczak. est venue et m’a demandé pourquoi je n’étais pas allée à la sainte messe. J’ai répondu que je n’avais pas pu. Elle a hoché la tête avec dédain et m’a dit : « C’est une si grande fête et tu n’es pas à la messe ! » Puis elle est sortie de ma cellule. Deux jours durant, je suis restée alitée, me tordant de douleur, sans qu’elle vienne me voir, et, quand elle est venue, le troisième jour, elle ne m’a même pas demandé si je pouvais me lever, mais elle m’a tout de suite demandé, en élevant la voix, pourquoi je ne m’étais pas levée pour aller à la sainte messe. Lorsque je suis restée seule, je me suis efforcée de me lever, mais j’ai eu à nouveau de telles nausées que j’ai dû me recoucher, la conscience tranquille. Mon cœur avait pourtant beaucoup de choses à offrir au Seigneur quand je me suis unie à lui en esprit pendant la seconde sainte messe. Après cette deuxième messe, la sœur infirmière est revenue me voir, mais cette fois comme infirmière, avec un thermomètre. Je n’avais pas de fièvre, et pourtant je suis gravement malade et incapable de me lever. J’ai donc dû écouter un nouveau sermon, selon lequel je ne devais pas capituler devant la maladie. J’ai répondu que je savais que, chez nous, il fallait être à l’agonie pour être considérée comme gravement malade. Puis, comme elle continuait à me faire la morale, je lui ai dit qu’en ce moment, je n’avais pas besoin que l’on m’exhorte au zèle, et je suis à nouveau restée seule dans ma cellule.

La douleur a étreint mon cœur, l’amertume a inondé mon âme, et j’ai répété ces mots : « Sois la bienvenue, Année Nouvelle, sois la bienvenue, coupe d’amertume. Ô mon Jésus, mon cœur s’élance vers toi, mais la gravité de ma maladie ne me permet pas de participer physiquement aux offices et l’on me soupçonne de paresse ! » Ma souffrance a augmenté. Après le déjeuner, la mère supérieure est venue me voir un instant, mais elle est repartie aussitôt. J’avais eu l’intention de lui demander de faire venir le père Andrasz dans ma cellule pour me confesser, mais je m’en suis abstenue, pour deux raisons : d’abord, pour ne pas provoquer de commentaires désobligeants, comme ceux que j’avais entendus à propos de la messe ; ensuite, parce que je sentais que je ne pourrais pas me confesser sans pleurer comme un enfant. Peu après, une sœur est venue et m’a fait à nouveau une remarque : « Il y a du lait avec du beurre sur le poêle : pourquoi ne le buvez-vous pas ? » J’ai répondu qu’il n’y avait personne pour me l’apporter.